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Les Etats-Unis n'arrivent pas à faire baisser la production de coca en Colombie

19/04/2006 - Libération, Whashington File, CM&, Courrier International, RFI

Les surfaces cultivées ont augmenté l'an dernier selon un rapport de la Maison Blanche • Les trafiquants replantent plus que ce qui a été détruit •

La stratégie américaine de lutte antidrogue fait du surplace en Amérique du Sud. Une étude de la Maison Blanche montre une augmentation des cultures de coca en Colombie l'an dernier, pour la première fois depuis quatre ans. Les observations par satellite de l'Office de contrôle des drogues des Etats-Unis (ONDCP) annoncent pour 2005 une superficie de 144.000 hectares plantés en coca, soit 25 % de plus que l'année précédente. La capacité de fabrication de cocaïne de la Colombie, de loin première productrice mondiale avec 430 tonnes en 2004, pourrait augmenter encore davantage : les cultivateurs auraient développé des espèces plus touffues ou plus riches en alcaloïde – substance active de la drogue.

Ces résultats contrastent avec les bilans record d'éradication établis l'an dernier par Bogota. Les avions de la police colombienne ont aspergé d'herbicide 130.000 hectares de coca, souvent au prix de la disparition des cultures vivrières adjacentes, et des bataillons de paysans encadrés par les forces de l'ordre en ont arraché 32 000 autres à la main.

Les trafiquants replantent donc plus que ce qui a été détruit. «Cette absurdité n'est soutenable que grâce au portefeuille du contribuable américain», estime dans le quotidien local «El Tiempo Alberto Rueda», ancien conseiller du ministère de l'Intérieur. Depuis 2000, Washington a en effet déboursé près de 4 milliards de dollars dans le Plan Colombie, stratégie antidrogue aujourd'hui étendue à la lutte contre les guérillas. Ces calculs n'affectent pas son ancien patron, le ministre Sabas Pretelt, qui estime que la politique de fumigation aérienne a au moins limité les dégâts : «S'il y a des difficultés avec tous ces efforts, imaginez si nous ne les faisions pas», se défend-il. Le directeur de l'ONDCP, John Walters, également inébranlable, explique que l'augmentation est due à la couverture par satellite du 80 % de territoire en plus que les années précédentes. «Nous avons trouvé de la coca dans des endroits que nous n'avions pas regardés auparavant.»

Mais cette «apparition», loin de rassurer, fait craindre aux analystes un effet «ballon de baudruche» : les champs de coca qui disparaissent dans certaines zones sous la pression des autorités réapparaissent plus loin dans la forêt amazonienne, sans affecter la superficie totale. «Il n'y a peut-être jamais eu de diminution» de la production depuis le début du Plan Colombie, avance l'analyste américain Adam Isaacson, dans la presse locale. Cela expliquerait aussi l'augmentation des surfaces cultivées de coca en Bolivie et au Pérou, où elles auraient progressé respectivement de 10 % et de 35 % en 2005. Ces deux pays accueillaient dans les années 1980 la majorité de la coca, avant que les trafiquants colombiens, qui importaient la matière première, ne décident de la planter chez eux...

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