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La Colombie critique la Suisse

23/04/2006 - Swissinfo, TSR, Edicom

Le vice-président colombien accuse Berne de financer des organisations non gouvernementales qui aideraient les Forces armées révolutionnaires (FARC).

Pas de commentaire au Département des Affaires étrangères, mais Pain pour le Prochain, l'une des deux ONG, se défend: «En aucun cas nous ne soutenons les FARC».

«Il y a une campagne très agressive contre la Colombie à travers des organisations non gouvernementales (ONG) financées par la Direction de la coopération et du développement (DDC)», a déclaré vendredi à la presse le vice-président colombien Francisco Santos.

M. Santos a lancé un appel à la Suisse pour qu'elle «assume un certain degré de responsabilité» dans cette affaire.

Action de Carême (catholique) et Pain pour le prochain (protestante), qui jouissent d'une certaine influence en Amérique latine, sont accusées d'avoir milité en faveur des FARC, principale guérilla du pays, et contre le gouvernement du président Alvaro Uribe par le biais d'une campagne d'affichage et de porte-à-porte à Genève.

«Nous défendons les droits humains»

«En Colombie, nous appuyons différentes organisations qui se battent pour les droits humains», explique Action de Carême. Son secrétaire romand, Charles Sidoré, a précisé à swissinfo que la population est souvent prise en otage entre les guérrillas et les forces gouvernementales et paramilitaires.

«Mais en aucun cas nous soutenons les FARC», riposte-t-il, avant de préciser que «il est aussi vrai qu'un gouvernement a une responsabilité particulière dans le respect des droits humains».

Toute l'affaire repose sur la campagne annuelle lancée le 6 mars par Action de Carême et Pain pour le prochain dans toute la Suisse. Le thème de 2006 portait sur le respect des droits humains.

Une affiche de cette campagne concernait la Colombie. Elle présentait une boîte de conserve écrasée symbolisant la répression avec ce texte: «Une victime de la violence en Colombie - agissez avec nous pour les victimes».

Les FARC actives en Suisse?

Le 7 avril, dans une interview au journal «Le Temps», Elena Echavarria, ambassadeur de Colombie en poste à Berne depuis août 2005, avait indiqué que «la Suisse jouit d'une autorité morale très élevée».

Mais la diplomate avait, elle aussi, dénoncé l'«activisme des FARC en Suisse, notamment à travers leur site Internet hébergé par un serveur suisse». «Nous avons aussi souffert d'actes d'agression des FARC à Genève, sous la forme de graffitis sur notre mission auprès de l'ONU», a-t-elle précisé. Avant d'ajouter: «Nous n'allons pas rester passifs, car cela peut affecter le rôle de facilitateur de la Suisse.

La Suisse facilitatrice

En décembre, la Suisse, la France et l'Espagne avaient uni leurs efforts pour favoriser une rencontre directe entre la guérilla et les autorités colombiennes, afin de parvenir à un accord humanitaire sur les otages.

Mais les FARC refusent de négocier avec le président Alvaro Uribe, lequel avait pourtant accepté la proposition des trois pays facilitateurs de créer une zone de sécurité pour permettre les discussions.

A l'époque, le Ministère suisse des Affaires étrangères était resté discret. «La Confédération a pour rôle de faciliter les négociations entre Bogota et les guérillas», avait rappelé le porte-parole Jean-Philippe Jeannerat.

Cette nouvelle affaire intervient en pleine campagne électorale, l'élection présidentielle étant prévue pour le 28 mai prochain. Elena Echavarria avait indiqué, toujours dans «Le Temps», que «les FARC sont actuellement en train de terroriser la population civile pour saboter le processus électoral».

Ce qui explique, selon elle, leur refus de négocier.

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