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L'armée colombienne accusée d'«exécuter» des indigènes

14/08/2009 - La Tribune de Genève, Soitu.es

Genève : Des organisations non gouvernementales colombiennes ont dénoncé les «viols», «meurtres» et «exécutions extrajudiciaires» commises par l’armée contre les peuples indigènes de ce pays.

"L’armée se livre à des viols contre les femmes, des meurtres, des exécutions extrajudiciaires et des déplacements (de personnes)", s’est indigné un représentant de l’Organisation nationale indigène de Colombie (AICO), Luis Evelis Casama, pendant une conférence de presse à Genève.

Depuis le début de l’année, 64 indigènes ont été tués, selon les ONG présentes à Genève en marge de l’examen au Comité pour l’élimination de la discrimination raciale de l’ONU (CERD) de la situation des peuples indigènes en Colombie.

"Des civils sont tués et par la suite on nous dit qu’ils sont morts pendant les combats", a ajouté Edith Bastidas, également d’AICO.

Le représentant de l’etnie Wiwas (dans le nord du pays), Pedro Loperena, a admis le bien-fondé de ces accusations.

Le rapporteur du Comité de l’ONU sur le dossier colombien, Ion Diaconu, a de son côté fait état d’informations selon lesquelles des éléments de l’infanterie de marine colombienne auraient occupé une centaine de maisons civiles, obligeant 700 personnes à être déplacées.

Un autre membre du CERD, Régis de Gouttes, a demandé à la Colombie d’informer l’ONU des "instructions adressées à l’armée pour qu’elle respecte l’intégrité de ces communautés, notamment de ses lieux sacrés".

La Colombie a reconnu que certains de ses représentants des "forces publiques" avaient pu être impliqués dans des actes de violences. "Mais nous pratiquons une politique de tolérance zéro", a assuré l’un des membres de la délégation colombienne, Eduth Claudia Hernandez.

Bogota a estimé pour sa part que la plupart des violences contre les indigènes étaient attribuables aux "Forces armées révolutionnaires de Colombie" (Farc) ainsi qu’aux "nouveaux groupes armés étroitement liés au narcotrafic".

Les autochtones, qui affichent leur neutralité dans le conflit colombien, sont pris dans le feu croisé de l’armée, des guérillas d’extrême gauche et des paramilitaires de droite.

Une ONG demande à l'Union Européenne d'aider à protéger les droits des indigènes en Colombie

Le Bureau International des Droits de l'homme-Action Colombie (OIDHACO) a demandé à l'Union Européenne (UE) de collaborer à la protection des peuples indigènes, dont la situation est « grave, critique et profondément préoccupante ».

Ce sont les termes employés par le rapporteur spécial de l'ONU pour les droits humains et les libertés fondamentales des peuples indigènes, James Anaya, au terme de sa visite en Colombie fin juillet.

OIDHACO, qui représente une trentaine d'organisations de dix pays européens, se base sur le rapport d'Anaya pour demander au gouvernement colombien de protéger les ethnies indigènes « victimes d'une guerre dont elles ne sont pas une des parties », et demande également aux guérillas et aux groupes paramilitaires de respecter ses droits.

OIDHACO demande à l'UE qu'elle prenne part activement une « stratégie durable », à court et à long terme, pour protéger l'intégrité et le style de vie de ces groupes éthniques.

Comme l'a rappelé dans un communiqué le rapporteur de l'ONU, de nombreuses ethnies sont menacées d'extermination et beaucoup sont victimes de différents groupes armés ainsi que, dans certains cas, de l'armée colombienne.

Anaya, bien qu'il ait reconnu quelques avancées dans les domaines de la santé et de l'éducation ainsi que des progrès de l'Administration locale, a considéré que « les initiatives du Gouvernement colombien  en matière de droits des peuples indigènes « ont besoin d'être consolidées et leur mise en oeuvre doit être assurée de manière effective ».

Selon l'ONG, le rapporteur a pu constater « in situ » les « exactions» dont font l'objet les aborigènes et l'expulsion de leurs terres par les groupes paramilitaires, ainsi que le meurtre de leurs chefs dont sont accusées les guérillas, spécialement les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC).

OIDHACO montre sa préoccupation parce que « chaque jour les ethnies se trouvent en danger d'extinction », et parce que l'indice de mortalité infantile est « scandaleusement plus important » chez les indigènes que la moyenne nationale.

Comme l'indique cette organisation, la Cour Constitutionnelle colombienne considère que 34 tribus indigènes se trouvent dans des « conditions particulières de vulnérabilité ».

En outre, différentes ONG de ce pays signalent que, parmi les 102 villages indigènes existants, 60 d'entre eux comptent moins de 500 habitants et dix d'entre eux moins de cent.

Selon ces ONG, leur disparition est « imminente si l'Etat ne leur offre pas une protection spéciale ».

L'Organisation Indigène colombienne (ONIC), dans une étude qu'elles ont confiée à Anaya, a dénoncé qu'entre 2002 et 2009, mille indigènes avaient été assassinés, 176 avaient disparu et 187 avaient été des victimes violence sexuelle et de torture.

Des 13.750 faits violents contre les indigènes que ONIC a identifiés dans cette période, 48% sont attribué aux guérillas, 34% aux forces de sécurité et 13% à des groupes paramilitaires.

OIDHACO a aussi montré sa préoccupation concernant les traités de libre commerce que négocie la Colombie avec les Etats-Unis et l'UE, dont l'organisation estime qu'ils aggravent la situation des indigènes. Elle rappele que de rapporteur de l'ONU a plaidé pour harmoniser la politique publique de développement du pays avec les droits humains et individuels de ces peuples.


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