|
||||||
La conseillère fédérale part dimanche pour Bogotá. Officiellement, pour célébrer le 100e anniversaire du traité d'amitié. Mais les relations sont au plus mal. Normal: fort de ses succès militaires, le président Alvaro Uribe coupe tous les ponts avec la guérilla. La Suisse des bons offices n'est que l'une des nombreuses cibles.
Etre Suisse à Bogotá par les temps qui courent, ce n'est pas une bonne idée. Non seulement le gouvernement accuse le médiateur Jean-Pierre Gontard de sympathies coupables avec la guérilla des FARC, mais on reproche également à notre pays d'héberger impunément le délégué en Europe des forces rebelles, un certain Omar Arturo Zabala Padilla, alias Lucas Gualdron. Difficile alors de ne pas avoir une pensée émue pour Micheline Calmy-Rey. La cheffe de la diplomatie suisse part dimanche pour Bogotá, où le président Alvaro Uribe l'attend lundi pour célébrer le 100e anniversaire du traité d'amitié entre les deux pays. Ça ne s'invente pas.
Maigre consolation: la Suisse n'est pas seule dans la ligne de mire de Bogotá. Surtout depuis la libération spectaculaire, le 2 juillet, d'Ingrid Betancourt et de 14 autres otages. Le président Uribe, qui n'a jamais caché sa préférence pour la manière forte, voit sa cote atteindre les 90% et en profite pour imposer une politique plus ferme.
Lui qui avait malgré tout toléré, depuis son élection en 2002, des initiatives prises pour relancer le dialogue avec les FARC saisit maintenant l'occasion d'anéantir cette voie qu'il juge mauvaise. Si officiellement il affirme vouloir le contact direct avec la guérilla, tous ceux qui pourraient le rendre possible sont systématiquement attaqués. L'un après l'autre, tous les ponts sont brisés. Voyez plutôt.
? La fin des facilitateurs
Que Jean-Pierre Gontard soit reconnu innocent ou non, une chose est sûre: il ne remettra pas les pieds en Colombie. Son collègue français Noël Saenz, aussi accusé de collusion, ne fera plus le médiateur. Tous deux avaient été officiellement mandatés par Bogotá en 2005.
Mais des facilitateurs colombiens sont également incriminés, comme Carlos Lozano, patron du quotidien de gauche Voz Proletaria (mandaté en 2002), l'ancien magistrat Lázaro Viveros Paniza, l'ancien ministre Alvaro Leyva et même la sénatrice Piedad Córdoba qui avait aidé le président vénézuélien Hugo Chavez à obtenir la libération d'otages en janvier et février.
Quant aux prêtres facilitateurs mandatés en 2006 par Bogotá, ils ont été jugés inefficaces et ont reçu d'autres fonctions dans l'Eglise catholique.
? La Croix-Rouge entravée
Le CICR s'est inquiété hier d'une vidéo montrant «l'usage abusif délibéré de l'emblème de la Croix-Rouge» par le commando colombien qui a libéré Ingrid Betancourt en trompant la guérilla. Cet emblème protecteur garantit la neutralité et donc la sécurité du personnel humanitaire qui porte secours depuis quarante ans aux populations victimes du conflit.
? Les journalistes en péril
Les journalistes, eux aussi, courent des risques accrus depuis que deux soldats du commando du 2 juillet se sont fait passer pour un journaliste et un cameraman arborant le logo de la chaîne TeleSUR. Par ailleurs, William Parra, qui fut journaliste de cette chaîne, est cité à comparaître le 20 août à cause de ses contacts avec la guérilla.
? Les interlocuteurs traqués
Dans une logique de dialogue, on préserve les interlocuteurs. Ce n'est évidemment plus nécessaire dans l'optique d'un affrontement. Bien au contraire. Voilà qui explique le lancement par Bogotá d'une vaste offensive pour démanteler le réseau des FARC en Europe. A commencer par la Suisse, où il n'existe aucune liste rouge d'organisations terroristes. La Colombie aimerait que la Suisse l'aide à faire arrêter Lucas Gualdron, considéré comme le délégué de la guérilla sur le Vieux-Continent. Il est accusé de trafic d'armes turques et de contact avec les terroristes basques.