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La Cour pénale internationale garantira qu'il n'y aura pas d'impunité en Colombie", a déclaréle procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo, mercredi 27 août à Bogota, au terme d'une visite de trois jours, la deuxième qu'il effectue en moins d'un an. "En termes de gravité, la Colombie est au même niveau que le Congo-Kinshasa, avec 5 000 morts depuis 2002", a précisé le procureur. Aussi bien les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, extrême gauche) que les groupes paramilitaires d'extrême droite ont commis des crimes contre l'humanité, a-t-il souligné.
L'extradition aux Etats-Unis de 13chefs paramilitaires, au mois de juin, est à l'origine de la visite de M. Moreno Ocampo. Ils y seront jugés pour trafic de drogue. La CPI veut en savoir plus sur les raisons ayant conduit Bogota à extrader ces hommes qui avaient sans doute beaucoup à dire à la justice colombienne sur les complicités dont ils ont bénéficié auprès du pouvoir.
Le scandale de la "parapolitique", sur les liens entre les milices paramilitaires et des élus de la majorité présidentielle, tourne à l'affrontement entre le président Alvaro Uribe et la Cour suprême. Lundi, son président, Francisco Ricaurte, a dénoncé "un complot d'un secteur du gouvernement colombien en alliance avec les paramilitaires pour discréditer la Cour suprême de justice".
Depuis des mois, la Cour mène l'enquête. Plus de trente élus ont été arrêtés et attendent, en prison, leur sentence. M. Uribe n'a de cesse de fustiger la partialité du haut tribunal. Le chef de l'Etat accuse certains juges de fabriquer des témoignages contre ses proches.
La presse a relancé l'affaire en révélant que deux émissaires des paramilitaires avaient été secrètement reçus au palais présidentiel. Cette annonce a suscité la vive réaction du président de la Cour suprême. M. Ricaurte est convaincu que des membres du gouvernement sont prêts à tout pour faire obstacle à la justice.
M. Uribe a admis que deux de ses proches collaborateurs avaient, avec son accord, rencontré les représentants des paramilitaires. Mais, a-t-il précisé, les preuves que ceux-ci disaient avoir contre la Cour n'ont pas été prises au sérieux.
Le président de la République s'est défendu de faire pression sur la justice en attaquant les magistrats "qui n'ont rien fait contre les paramilitaires avant 2002", date de son arrivée au pouvoir. Et il a réitéré ses accusations concernant le "trafic de témoignages" auquel se livrerait la Cour.
L'analyste Pedro Medellin estime néanmoins que "les révélations concernant les réunions entre des représentants des paramilitaires et des proches collaborateurs d'Alvaro Uribe tombent à un très mauvais moment". Pour échapper à la juridiction de la Cour suprême et passer aux mains de la justice ordinaire, plusieurs parlementaires ont choisi de démissionner de leur poste. Deux d'entre eux viennent d'être remis en liberté, dont Mario Uribe, cousin du chef de l'Etat.
La destitution et la mise en examen d'un ancien procureur régional, Guillermo Valencia Cossio, ne sont pas faites pour arranger l'image des institutions. Accusé de complicité avec un chef de la mafia, il est le frère de Fabio Valencia Cossio, le ministre de la justice. C'est, une fois encore, la presse qui a révélé des conversations téléphoniques compromettantes.
Pression sur la Colombie pour qu'elle juge les crimes contre l'humanité
Selon le procureur de la CPI, Luis Moreno, «la Cour pénale internationale garantira qu'il n'y aura pas d'impunité en Colombie».
Nous respectons les procédures judiciaires colombiennes, mais si les «responsables les plus importants» ne sont pas jugés, «la CPI interviendra», a-t-il ajouté, laissant entendre que la Cour pourrait prendre les investigations à sa charge.
«D'après nos informations, les FARC et les paramilitaires ont commis des crimes contre l'humanité. En terme de gravité, la Colombie est au même niveau que le Congo (Kinshasa), avec 5.000 morts depuis 2002», relève le procureur argentin.
Jusqu'ici, 30 députés ont été emprisonnés dans le cadre du scandale de «para-politique», pour leurs liens avec les groupes paramilitaires d'extrême-droite, récemment démobilisés à la suite d'un accord avec le gouvernement.
L'extradition de 13 chefs paramilitaires vers les États-Unis prive la justice colombienne de précieux témoignages, estime le procureur, «les personnes chargées des procédures judiciaires estiment que les extraditions sont un obstacle» à leur travail.
C'est la seconde visite en moins d'un an du procureur du CPI en Colombie, pays qui a ratifié en 2002 l'acte fondateur de la CPI.
Le président colombien Alvaro Uribe a lui-même été éclaboussé par le scandale de la para-politique. Son cousin, ancien président du Sénat, a été arrêté, puis remis en liberté trois plus tard, et la plupart des parlementaires incarcérés appartiennent aux partis de la coalition au pouvoir.
À l'issue d'un entretien avec M. Uribe, Luis Moreno a dit avoir reçu des assurances du «respect de l'indépendance du pouvoir judiciaire».
La Cour suprême de Colombie avait alerté lundi le procureur des difficultés qu'elle rencontrait dans l'instruction de dossiers liés à la «para-politique» et affirmé être victime d'un «complot» de la part du gouvernement d'Alvaro Uribe.
L'opposition affirme que les juges devraient enquêter jusqu'au sommet de l'État pour trouver les commanditaires des activités des paramilitaires, coupables de massacres de civils.
«Nombreux sont ceux qui ont très envie de me voir prisonnier ici, destitué ou prisonnier de la Cour pénale internationale (...). Mais nous avons agi avec honnêteté, dans un rigoureux respect de la constitution colombienne», leur a répondu Alvaro Uribe.
La guérilla des Forces armées révolutionnaires de colombie (FARC, marxiste) est également dans le colimateur de la CPI mais pour l'instant inaccessible, au coeur de la jungle colombienne.
La CPI souhaite la collaboration de pays comme le Venezuela, le Costa Rica et l'Equateur sur le territoire desquels elle soupçonne l'existence de structures d'appui aux FARC.
La fonction de la CPI est de juger les crimes contre l'humanité, crimes de guerre et génocide, dans les pays signataires où la justice ne semble pas pouvoir --ou vouloir-- poursuivre un de ses ressortissants. Les États-Unis refusent de reconnaître cette juridiction.