|
||||||
Micheline Calmy-Rey a calmé le jeu après un mois de turbulences. Berne reste pourtant exclue de toute nouvelle médiation.
C'est promis:les relations entre la Suisse et la Colombie ne se géreront plus à travers les caméras. C'est ce qu'aurait demandé Micheline Calmy-Rey au président Alvaro Uribe, lors de leur entrevue à Bogota avant-hier, et ce que le chef d'État aurait accepté de bonne grâce. La ministre espérait ainsi mettre un terme à plus d'un mois de turbulences entre les deux pays, après l'opération réussie de la libération de 15 otages de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), le 2 juillet.
Depuis, des sources non identifiées avaient permis aux médias suisses d'évoquer le retournement grassement rémunéré d'un des geôliers, torpillant la version colombienne d'une «opération parfaite». Jalousie de la Suisse, dont la médiation n'avait pas porté ses fruits? La cheffe du DFAE s'est fait un devoir de calmer le jeu à nouveau lundi, en «réitérant ses félicitations» au gouvernement colombien.
En retour, les bons offices de la Suisse avaient été suspendus, et des officiels colombiens avaient accusé Berne, via des fuites bien organisées, de protéger des activistes des FARC sur son sol. Enfin, le procureur général colombien avait annoncé par deux fois, devant les micros, l'ouverture d'une enquête contre le médiateur genevois Jean-Pierre Gontard. Après avoir défendu le professeur, Micheline Calmy-Rey a souligné que la Suisse, malgré le tapage médiatique, n'avait «pas reçu de demande d'entraide judiciaire concernant les FARC» de la part de la Colombie.
Cette semaine, les deux gouvernements se sont mis d'accord pour établir un «mécanisme de consultation» plus fluide et discret que les gros titres des médias. Pour le reste, l'essentiel des discussions a porté... sur tout autre sujet. «Nos relations sont très diverses», ont déclaré de concert la cheffe du DFAE et son homologue Jaime Bermúdez.
Echanges commerciaux
Place aux affaires, d'abord: après la conclusion, le mois dernier, d'un accord de libre-échange entre l'AELE (dont la Suisse) et la Colombie, les deux pays ont signé des accords fiscaux pour promouvoir les investissements mutuels. De quoi renforcer la présence des groupes suisses, déjà représentés entre autres par Holcim, Nestlé ou Glencore, et développer des échanges commerciaux qui se monteraient actuellement, selon Bogota, à plus d'un milliard de francs suisses. D'autres textes doivent renforcer la coopération en matière d'immigration et de trafic de biens culturels.
Un seul des sujets portait, indirectement, sur les FARC: la rédaction d'un traité de coopération juridique, pour renforcer notamment la lutte contre le trafic d'armes et de drogues.
Mais en matière de paix, les différences sont toujours là. Le rôle de la Suisse se limite désormais à financer et conseiller une Commission de réparation et réconciliation, créée pour les victimes de milices paramilitaires et débordée par l'ampleur de la tâche. La conseillère fédérale a bien redit la «disposition» de la Suisse à collaborer à nouveau pour tendre des ponts avec les FARC, mais en vain. «Le président Uribe a causé une telle radicalisation en Colombie que la simple neutralité suisse est ressentie comme une proximité avec les FARC», observe l'universitaire Alfonso Velásquez.
Aujourd'hui, le chef d'Etat conservateur est décidé à se passer de toute médiation étrangère, «sans doute parce qu'il pense que le rapport de force a changé» après une série de coups militaires et politiques portés aux FARC, ne peut que constater Micheline Calmy-Rey. Dans le meilleur des cas, la Suisse sera cantonnée, prévoit l'analyste Alfredo Rangel, «au rôle de témoin ou garant d'un accord de paix» préparé sans elle.