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DIPLOMATIE. Micheline Calmy-Rey se rend dimanche à Bogota pour une visite officielle. Elle y rencontrera le président Alvaro Uribe. La question de la médiation suisse dans le processus de paix et le dossier Gontard devraient être soulevés.
Micheline Calmy-Rey quittera la Suisse dimanche pour la Colombie, où elle passera deux jours avant de poursuivre son périple officiel au Brésil. Officiellement conçue pour coïncider avec le centenaire des relations diplomatiques et d'amitié entre les deux pays, la visite de la conseillère fédérale en Colombie intervient dans un contexte délicat.
Il y a à peine un mois, Berne et Bogota ont échangé des mots plus qu'acerbes. Début juillet, quelques jours après le spectaculaire retour à la liberté de 15 otages des Forces armées révolutionnaires de Colombie, dont Ingrid Betancourt, la Colombie a brutalement mis un terme à la mission de bons offices de la Suisse, l'Espagne et la France, pour faciliter ces libérations. Avec la brutalité rhétorique dont elle use parfois, elle s'en est dans le même élan durement prise à Jean-Pierre Gontard, émissaire mandaté par le DFAE pour rapprocher les parties dans le dossier des séquestrés. De hauts responsables colombiens ont non seulement reproché au professeur genevois son absence de résultat mais ont prétendu détenir des preuves de sa collusion avec la guérilla. Des accusations graves et répétées à laquelle Berne avait sommé mi-juillet Bogota de mettre un terme, tout en réitérant son soutien à son émissaire, objet d'une enquête de la justice colombienne.
Mission fructueuse
Les esprits semblent avoir cessé de s'échauffer depuis. Et côté Suisse, on veut croire que la mission de Micheline Calmy-Rey sera fructueuse. Pour preuve, il est confirmé qu'elle rencontrera bien le président Alvaro Uribe, lundi après-midi à Bogota, après s'être entretenue dans la matinée avec le tout nouveau ministre des Affaires étrangères, Jaime Bermudes. «La Colombie est un pays avec lequel la Suisse entretient des relations dans beaucoup de domaines, politiques, économiques et culturels, commente Raphaël Saborit, collaborateur de la cheffe du DFAE à la Mission permanente de la Suisse à Genève. Cette visite permettra de les intensifier.» Le programme s'articulera selon deux volets: le premier politique, lundi dans la capitale, et le second humanitaire à Medellin, où Micheline Calmy-Rey ira mardi.
A Bogota, il sera question de la mise en œuvre de l'accord de libre-échange entre la Colombie et l'Association européenne de libre-échange (AELE: Suisse, Irlande, Norvège et Liechtenstein). Les deux pays comptent sur l'accord, conclu en juin à Lugano, pour stimuler leurs relations économiques. La Colombie est le quatrième partenaire de la Suisse en Amérique latine. Le point sera également fait sur d'autres dossiers de coopération bilatérale moins avancés, en matière judiciaire, culturelle ou scientifique.
Questions embarrassantes
Il ne fait guère de doute que Micheline Calmy-Rey abordera aussi les questions plus embarrassantes, comme le rôle de la Suisse dans le processus de paix colombien, sèchement interrompu par Bogota. Elle pourrait confirmer qu'elle prend acte de ce changement, tout en réitérant la disponibilité de la Suisse. «Mais tout dépendra du ton des entretiens», confie une source de son entourage. De même, les sujets de l'usage abusif et délibéré de l'emblème du Comité international de la Croix-Rouge par un soldat de l'armée colombienne lors de la libération des otages, tout comme la procédure judiciaire visant Jean-Pierre Gontard, devraient être soulevés par la ministre. Le procureur général colombien, Mario Iguarán, a annoncé le 24 juillet que l'universitaire était convoqué à un premier interrogatoire - qui pourrait selon le Colombien se dérouler en Suisse.
Pour autant, la visite devrait «très bien se passer», estime le journaliste Jacques Pilet, connaisseur de la Colombie, dont il revient tout juste. «En Suisse, nous nous sommes braqués sur la question du médiateur. Mais la Colombie n'a pas le même cadrage de «l'affaire» Gontard, poursuit-il. Elle est très désireuse de resserrer ses liens avec la Suisse. Elle réservera un très bon accueil à Micheline Calmy-Rey.» «Cette visite, la première rencontre protocolaire depuis très longtemps, est une étape clé, abonde un Colombien résidant depuis des années à Berne. Elle intervient à un moment important. Il faut «dégontariser» les relations des deux pays. Ils ont plus que cela à partager.»Collaboration VdG et V.T.
Nouvelle «affaire» entre la Suisse et la Colombie
Le Ministère public de la Confédération (MPC) a ouvert une enquête à la demande de l'Etat colombien. En cause, la publication sur internet, à partir de la Suisse, d'une image «attentatoire à l'honneur» touchant le président colombien Alvaro Uribe.
La révélation de cette affaire intervient alors que la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey s'apprête à entamer dimanche une visite en Colombie et que les relations entre Berne et Bogota souffrent encore des suites de la libération agitée des otages des FARC et des accusations contre le négociateur helvétique Jean-Pierre Gontard.
Cette «enquête de police judiciaire contre inconnu» est menée depuis 2007, a indiqué vendredi soir Jeanette Balmer, porte-parole du MPC; confirmant une information de la Télévision suisse romande. La TSR fait état d'une enquête contre deux réfugiés colombiens, ce que le Ministère public de la Confédération refuse de commenter.
Comme il y a «présomption d'outrage à un Etat étranger», l'autorisation de poursuivre un délit politique a été octroyée, indique encore la porte-parole dans une déclaration lue.
«En raison de l'enquête en cours, il n'est en l'état pas possible au MPC d'informer le public de manière plus détaillée», conclut le texte.
swissinfo.ch