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Raul Reyes : "Les FARC pourraient participer à un gouvernement social-démocrate"

30/08/2007 - Le Courrier international, Clarin

Le Courrier International publie aujourd'hui la version intégrale de l'interview de Raul Reyes - le commandant en second des Farc - réalisée par un journaliste de Clarin, un journal argentin.

La première partie a été publiée sur ce site (27/08/2007 : Raul Reyes : "Nous ne délivrerons pas nos prisonniers au Vénézuéla"). Voici la fin de l'interview :

Vous continuez à croire que vous pouvez prendre le pouvoir ? On n'a pourtant pas l'impression que vous progressez...
Nous sommes tout à fait certains que nous pouvons arriver au pouvoir. Mais avant tout nous avons l'intention d'obtenir en Colombie une ouverture, ce qui passe par la formation d'un nouveau gouvernement, épris de paix et de justice sociale. Et, pour cela, nous rappelons la nécessité d'une équipe pluraliste, patriotique, démocratique, qui ne transige pas avec la paix, la défense de la souveraineté, l'indépendance, qui n'extrade plus de Colombiens, qui respecte la dignité de notre peuple.

Toutes ces caractéristiques pourraient être celles d'un gouvernement vaguement progressiste. Mais, s'il y avait un tel gouvernement en Colombie, les FARC ne perdraient-elles pas leur raison d'être ?
Nous exigeons la démission du gouvernement Uribe : il est illégitime, corrompu, responsable de la narco-parapolitique. Et nous pensons qu'il doit être remplacé par une coalition capable de former un gouvernement pluraliste, patriotique et démocratique, vraiment désireux de faire la paix. Ce serait le cas du Pôle démocratique alternatif [parti récent, rassemblant toutes les forces de gauche, auquel appartient le maire de Bogotá, et qui constitue la seconde force politique du pays].

Mais le Pôle est un parti social-démocrate...
Oui, mais il suffirait qu'il soit plus à l'écoute du peuple, que ce soit un parti de masse, qu'il propose un programme redonnant véritablement sa dignité au peuple colombien. Dans ce cas, les FARC seraient en mesure d'y participer, car nous ne faisons pas la guerre pour la guerre. Nous pensons qu'avec un tel gouvernement on pourrait ouvrir des espaces de participation qui bénéficient à la population, c'est là un des objectifs que nous poursuivons.

Mais vous, vous êtes marxistes-léninistes ?...
Bien sûr, mais ce n'est pas parce qu'on est marxistes-léninistes qu'on va refuser que le peuple vive mieux. Parce que ce que nous voulons, c'est qu'il y ait des progrès dans ce sens, même si l'on sait que ce n'est pas la solution définitive. Mais c'est un pas important, cela permettrait de régler certains problèmes et d'avancer dans la construction du socialisme.

Et qu'est-ce que le socialisme pour les FARC ?
C'est en terminer avec l'exploitation de l'homme par l'homme, mettre au service du peuple et des majorités toutes leurs richesses, leurs moyens de production, de développement, de façon que la population en général puisse bénéficier de cette construction. Le socialisme doit garantir à la population le droit à la vie, au travail, à la santé, à l'éducation, au logement.

Ce n'est pas nous qui avons commencé cette guerre, c'est une élite d'oppresseurs avares qui nous y a poussés. Mais le cas colombien n'est pas le seul où la guerre a conduit à des sociétés plus justes.

Suite à la publication de ce reportage, le Polo Democratico a publié le communiqué suivant :

À propos des déclarations données à un périodique étranger par un membre du Secrétariat des FARC, que le gouvernement, de manière maladroite mais astucieuse, a essayé de manipuler contre le PDA, nous nous permettons de manifester à l'opinión publique :

1. Le Polo a proclamé par tous les moyens à sa portée - et maintenant le réitère qu'il rejette, sans équivoques, l'utilisation des armes pour arriver au pouvoir et pour mettre en oeuvre les réformes profondes dont la société colombienne a besoin avec urgence. Il a choisi sans hésitation l'appel à la volonté populaire comme la seule voie qu'il estime viable et legítime pour les obtenir.

2. Nous serions heureux, évidemment, si un triomphe transparent obtenu par cette voie, apportait comme une conséquent benéfique, pour autant que cela ne se soit pas produit avant, l'abandon de la lutte armée par des groupes insurgés qui s'obstinent à la mener, alors que tout ce qu'elle apporte c'est plus de douleur et plus de misère pour le peuple peuple colombien qui dans son immense majorité répudie les crímes indignes qui sont commis dans cette entreprise absurde .

3. Nous rejetons de manière explicite et avec emphase les intrusions dont le Polo a été víctime dans le processus électoral, par des moyens violents ou vénaux , et cela, quel que soit le bénéficiaire d'une stratégie que l'on ne peut que repousser.

4. Nous espérons raisonnablement arriver au pouvoir, par des moyens justes et indiscutables, (...) mais nous n'accepterions pas - et encore moins nous ne solliciterions pas, que cela puisse se produire avec l'appui de groupes armés entachés par le crime, comme le fait l'actuel Président.


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