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l'Église Catholique se transforme en l'acteur principal pour la solution du conflit colombien.
Ces prêtres et ces évêques sont la preuve que l'Église catholique est plus impliquée que jamais dans le changement de la réalité sociale et politique du pays. Son rôle humanitaire est tellement crucial, qu'aucun effort de paix, de réhabilitaion ou de réparation aux victimes ne pourra de faire sans sa participation.
A côté du président Álvaro Uribe, qui a la réputation d'être un homme très énergique, apparaît au public un homme de même volonté, qui est disposé à le persuader de s'asseoir à la table de négociations avec la guérilla. Monseñor Luis Augusto Castro a pris l'initiative cette semaine en proposant qu'on organise des « prédialogues » à l'étranger pour trouver une issue politique. Mgr Castro avait qualifié de « cruelle » la prétention présidentielle d'arriver à la paix dans les 11 prochaines années.
Uribe, dans une visite inattendue à la Conférence Épiscopale, a autorisé le prélat à entamer des contacts avec la guérilla pour concrétiser ce prédialogue. Les observateurs les plus perspicaces craignent que la réponse présidentielle ne soit un défi pour l'Église Catholique, parce que les sujets qui séparent le gouvernement et la guérilla sont encore figés. Les plus optimistes croient que monseñor Castro pourra donner les premières impulsions pour faire évoluer la situation. Et le rôle de l'Église sera crucial dans le processus.
Monseñor Castro réunit des qualités uniques : « Une impressionnante formation philosophique, une capacité de proposition et un esprit pragmatique », a dit de lui un dirigeant du Caguán qui s'est formé à ses côtés. Pendant presque 30 années, il a été missionnaire dans les forêts du Caguán et il a eu là des contacts directs avec la guérilla. Il a vu grandir beaucoup de ceux qui sont aujourd'hui commandants de front, et il a tenu un rôle clef en 1997, quand les Farc ont libéré 70 soldats et neuf cadets de Marine qui étaient en leur pouvoir. Contrairement au gouvernement, Castro est convaincu qu'en Colombie il y a conflit armé, dont il est nécessaire de chercher une issue négociée. Mais sa désignation, il y a quelques semaines, comme président de la Conférence Espiscopale a démontré que c'est l'Église Catholique dans son ensemble qui approuve cette idée, et qu'elle jouera un rôle toujours plus actif dans ce domaine. Et contrairement à d'autres époques, ce ne sera pas seulement un rôle de messager ou d'appui spirituel, mais ce sera cette fois en mettant sur la table ses propres avis et propositions. Comment s'est effectué ce revirement ?
Il y a une décennie, à l'initiative de monseñor Pedro Rubiano, fut créée la Commission Nationale de Conciliation, constituée par des membres de l'Église catholique et des chefs de différents secteurs politiques. Le rôle de la Commission a été crucial dans les rapprochements avec l'ELN. La première réunion avec ce groupe s'est faite dans un couvent en Allemagne, grâce aux bons soins de l'Église colombienne. Et bien que le processus avec cette guérilla se soit chaque fois mal terminé, l'Église n'a jamais renoncé dans sa tentative, même aux pires moments. « Ils viennent de tuer deux prêtres et l'Église leur présente un rameau d'olivier », souligne Auguste Ramirez Ocampo, un membre de la Commission de Conciliation, en se référant au meurtre des prêtres Jesus Emilio Mora et Vicente Rosso en Nord de Santander, le 15 août passé. Pour ce drame, l'ELN a déjà reçu le pardon de l'Église.
Dans le processus de négociation avec les AUC, monseñor Julio César Vidal a joué un rôle définitif pour éviter que les chefs paramilitaires ne quittent la table aux moments critiques.
Et face aux Farc, tout au long de ces années, non seulement monseñor Castro, mais aussi le père Darío Echeverry, ont facilité la libération de kidnappés, ont traversé des montagnes et des rivières, ont envoyé des lettres et des courriers électroniques, pour explorer une possibilité d'accord humanitaire avec les Farc.
Leur tâche n'est pas toujours comprise. Beaucoup de prêtres qui agissent dans les zones contrôlés par la guérilla se sont fait kidnapper, comme l'évêque du monseñor Leonardo Serna Alzate, évêque de El Libano (Tolima), ou encore Ricardo Lorenzo Cantalapiedra, qui est en ce moment pasteur de l'Uribe. Et ceux qui agissent dans les zones d'influence des AUC, sont fréquemment la cible des paramilitaires. A cause de cette incomprensión, durant les dernières cinq années, quelque 33 prêtres ont été assassinés dans le pays.
Toutefois, la grande majorité des missions de l'Église avec les groupes armés a exclusivement des objectifs humanitaires. Sa tâche dans ce domaine est sans égale. Elle a été à la base de la libération de sept étrangers kidnappés en décembre 2003 par l'ELN dans la Sierra Nevada. Elle a été également active dans d'autres situations en Caquetá et au Putumayo. Dans ce dernier département, l'Église est restée sur place pour faire face à la crise humanitaire, alors que les cameras de télévision avaient disparu et que le pays ait rejeté cette crise dans les oubliette de la mémoire.
La Pastorale Sociale a une des plus grandes bases de données sur la population déplacée, et un programme d'aide qui combine l'aide d'urgence avec le traitement psycho-social aux victimes.
La présence de l'Église dans les zones de conflit, et son expérience dans l'aide aux victimes ont été d'une telle ampleur, qu'il est aujourd'hui impensable que la réparation aux victimes des AUC - suite à la Loi Justice et paix - se fasse sans l'Église, qui connaît comme personne les problèmes régionaux. Cela a été démontré, par exemple, dans le Diocèse de Quibdó, où elle a dénoncé le vol de terres aux Communautés noires du Choco par les groupes paramilitaires. Finalement, il y a quatre mois le pays a été surpris quand les évêques de Quibdó et d'Arpartado ainsi qu'un prêtre de l'Urabá ont demandé que l'on fasse des recherches sur l'activité de quelques militaires qui s'étaient associés avec les paramilitaires pour bloquer l'approvisionnement et le transport des Communautés réfugiées dans ces forêts à cause de la guerre. La direction de l'armée a immédiatement déclaré qu'elle vérifierait les dénonciations, mais on ne connaît pas encore de rapport officiel à ce sujet. l'Église, cependant, continue sa tâche risquée d'apporter des vivres à environ 50 Communautés qui se sont déclarées comme neutres, et qui ont construit des corridors humanitaires où ne laisse pas entrer les belligérants. Peut-être l'expérience la plus connue de résistance civile a été celle des indigènes de Toribío, Cauca. Là aussi, le rôle du prêtre italien Antonio Bonanomi, de la Consolata, a été aussi fondamental.
Mais pour l'Église aujourd'hui un changement social est peut-être encore plus important que d'atteindre la paix. « Ce n'est pas de pauvres dont on parle, mais d'exclus », a déclaré monseñor Héctor Fabio Hainaut, directeur de la Pastorale Sociale. La Conférence Épiscopale a durement critiqué l'injustice, et en particulier la concentration de la terre, et l'abandon dans lequel sont laissés les paysans. Comme réponse à cette situation, depuis plusieurs années elle a commencé à favoriser les Programmes "Développement et Paix", qui sont des initiatives de production agricole et de réseaux de commerce qui augmente réellement les recettes des familles, avec un fort contenu environnemental, une éducation civique et une préparation au management et à la démocratie. Le plus connu de ces programmes est celui du Magdalena Medio, dirigé par le père jésuite Francisco de Roux. Son succès a fait de ce programme le projet privé qui reçoit l'aide la plus importante de l'Union Européenne dans le monde. Il existe actuellement neuf programmes semblables et trois laboratoires de paix, qui canalisent une grande partie de la coopération internationale. Tous dans des zones durement touchées par la guerre, comme les Montes de María, le Meta et l'Est d'antioquia.
Cette révolution pacifique des soutanes paraît avoir enterré la vieille Église Catholique où des Évêques parfumés prêchaient depuis leurs autels sur le divin et l'humain, en ne se préoccupant que faiblement de la charité et de la morale. Mais cette révolution a aussi écarté des prêtres qui avaient parié sur la guerre. Comme Francisco Antonio Medina , « le prêtre » des Farc, qui a été arrêté cette semaine au Brésil.
Aujourd'hui le courant majoritaire de l'Église parie sur une solution politique. C'est une « Église déchaussée » qui a payé de son sang un prix très lourd pour s'occuper d'affaires aussi terrestres que la guerre et la faim. Mais la tendance paraît irréversible, et l'infrastructure de sa pastorale est d'une telle ampleur, qu'aucune tentative de réconciliation, de réhabilitation ou de réparation aux victimes ne pourra se faire sans sa participation.