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Le refus des FARC n'a pas surpris grand-monde, car la proposition du président Uribe était très éloignée de leurs exigences initiales.
La libération n'est proposée que pour un nombre limité de guérilleros de niveau inférieur alors que parmi les prisonniers se trouvent plusieurs dirigeants.… De plus, les FARC ont toujours demandé que soient organisées de vraies négociations, ce que le gouvernement Uribe refuse. Et pour la sécurité des négociateurs, les FARC voudraient qu'une zone soit démilitarisée pour que s'y tiennent les réunions, autre point sur lequel les rebelles et le gouvernement n'ont pas pu trouver d'accord.
Les FARC expliquent cela dans leur communiqué, mais bien qu'ils refusent la proposition d'Uribe, ils ne ferment pas la porte aux négociations. Cependant cela risque de prendre encore pas mal de temps.
Si le président Uribe se sent talonné par l'échéance électorale de 2006 (mais il faudrait au préalable que le Congrès amende la Constitution pour mettre à un président de briguer un second mandat consécutif), la guérilla, elle, comme d'ordinaire, estime à tort ou à raison, après 40 ans de lutte, que le temps joue pour elle.
Les efforts pour la paix de l'ex-président Andres Pastrana, prédécesseur d'Alvaro Uribe, avaient déjà buté sur la perception différente du temps qu'ont les guérilleros et le gouvernement. Les trente mois de captivité d'Ingrid Betancourt attestent de l'utilisation par la guérilla de l'arme du temps.
Malgré leur déception bien compréhensible les familles des otages gardent malgré tout espoir et elles estimaient ce lundi que de vraies négociations peuvent maintenant commencer.
Ainsi Mme Yolanda Pulecio, la mère d'Ingrid, estime dans une déclaration à l'AFP que "les FARC ont répondu non à la proposition d'Uribe mais ne disent pas non à la négociation".
"Nous sommes contents du changement d'attitude du président, toutefois il faut que le gouvernement désigne ses négociateurs", a ajouté la mère de l'otage franco-colombienne. "Les FARC, dit-elle, ont raison de repousser cette proposition car elle n'est qu'une base pour entamer des négociations directes qui doivent rester confidentielles".
Mme Angela Giraldo, porte-parole des familles des douze députés de la Valle (département du sud-ouest) enlevés par la guérilla le 11 avril 2002, implore elle aussi le gouvernement de désigner un médiateur comme il l'a fait avec l'autre guérilla ELN (l'Armée de libération nationale, extrême gauche).
"Pour que des négociations soient viables, il est très important qu'il existe une personne chargée exclusivement de cette question", ajoute-t-elle.
Qualifiant l'initiative du président colombien "de démagogie en vue de la réélection présidentielle", le communiqué de la guérilla estime que la proposition officielle manque "de réalisme et de sérieux" car elle n'accorde pas à la guérilla la possibilité de choisir "qui et combien de ses prisonniers" seront échangés.
Les FARC reprochent au gouvernement d'avoir lancé le 18 août cette proposition uniquement à l'intention des media et de l'opinion publique et de ne jamais avoir été contactés auparavant. "Il faut rappeler, poursuit leur communiqué, qu'un accord s'obtient en parlant face à face et se matérialise par la volonté des partis". "Nos négociateurs ont été désignés depuis des mois", annonce le mouvement rebelle.
Le ministre de l'Intérieur et de la Justice Sabas Pretelt considère aussi que la réponse des FARC n'exclut pas un échange humanitaire. "C'est une réponse par laquelle les FARC disent 'non' mais aussi 'oui' car ils demandent où sont les négociateurs du gouvernement", a déclaré le ministre.
"Nous sommes arrivés à la conclusion qu'il est préférable de rester discrets pour voir comment la situation évolue, car nous désirons que les personnes séquestrées retournent dans leur foyer", a conclu M. Pretelt.
Le directeur de la fondation pour la liberté et la démocratie Alfredo Rangel est réservé: "le diable intervient toujours au moment où se règlent les détails, sur des sujets comme 'avec qui et où négocier' ou encore 'comment et où se dérouleront les libérations'".
M. Rangel souligne que "63% de la population est favorable à un échange humanitaire" et que "75% de l'opinion publique considère qu'un tel échange "renforcera la popularité du président Uribe" qui a l'intention de se présenter pour un second mandat présidentiel.
Les FARC (marxistes) ont exigé jusqu'à présent que tous les guérilleros emprisonnés (environ 300) soient libérés dans une zone démilitarisée, à l'issue d'une négociation directe avec le gouvernement et refusent que leurs camarades soient envoyés en France ou ailleurs. Ils disposent de 16.492 hommes armés, selon un récent rapport du ministère de la Défense.