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La guérilla des FARC a rejeté dimanche soir dans un communiqué diffusé sur l'internet la proposition du président colombien Alvaro Uribe acceptant pour la première fois un échange entre des rebelles emprisonnés et une partie des otages aux mains des guérilleros, dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt.
Qualifiant l'initiative du président colombien "de démagogie en vue de la réélection présidentielle", le communiqué de la guérilla estime que la proposition officielle manque "de réalisme et de sérieux" car elle n'accorde pas à la guérilla la possibilité de choisir "qui et combien de ses prisonniers" seront échangés.
De plus, affirme la guérilla, cette proposition du gouvernement est contradictoire avec la grande offensive militaire baptisée Plan Patriote et soutenue par les Etats-Unis, en cours dans le sud du pays, qui fait "courir de graves dangers aux prisonniers en intensifiant les opérations de secours".
Les FARC reprochent au gouvernement d'avoir lancé le 18 août cette proposition uniquement à l'intention des medias et de l'opinion publique et de ne jamais avoir été contactés auparavant.
"Il faut rappeler, poursuit le communiqué, qu'un accord s'obtient en parlant face à face et se matérialise par la volonté des partis".
Toutefois la guérilla laisse la porte entrouverte à des négociations sous des modalités différentes. "Depuis des mois déjà nous avons désigné nos négociateurs. Quelles garanties leur offre le gouvernement ? Quelles garanties offre-t-il (le gouvernement) à nos prisonniers si nous arrivons à un accord ?", s'interroge le mouvement rebelle.
Vingt-deux civils, dont l'ex-candidate à la présidence Ingrid Betancourt, 34 militaires et policiers et trois Américains qui participaient à une opération anti-drogue, pourraient être concernés par un "échange humanitaire" entre otages et rebelles des FARC.
Le gouvernement affirme avoir transmis le 23 juillet aux FARC sa proposition de libération "immédiate" de 50 guérilleros en contrepartie de la remise en liberté de 59 otages, avec la médiation de la Suisse et de la France.
L'initiative prévoit deux uniques conditions pour que ces rebelles soient relâchés: qu'ils abandonnent la lutte armée et acceptent une réinsertion dans la vie civile en Colombie ou à l'étranger et qu'ils ne soient pas poursuivis ou condamnés pour des crimes contre l'humanité.
L'offre de M. Uribe a surpris son pays alors que les positions s'étaient radicalisées dernièrement et qu'il s'était toujours montré inflexible vis-à-vis de la première guérilla du pays, exigeant que les FARC libèrent l'ensemble des 1.600 personnes dont elles ont revendiqué l'enlèvement.
Pour certains experts, M. Uribe a décidé ce changement de cap sous la pression de la communauté internationale et de la société civile. Auparavant, il conditionnait un éventuel accord humanitaire à un cessez-le-feu des FARC, au démarrage de négociations de paix, à une médiation des Nations unies, à la libération de tous les otages et à l'exil des guérilleros libérés.
Les FARC ont exigé jusqu'à présent que tous les guérilleros emprisonnés (environ 300) soient libérés dans une zone démilitarisée, à l'issue d'une négociation directe avec le gouvernement et refusent que leurs camarades soient envoyés en France ou ailleurs.
La guerre civile a fait plus de 200.000 morts en Colombie depuis 1964 et en moyenne 3.000 enlèvements de civils par an.