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L'offre de M. Uribe a surpris son pays alors que les positions s'étaient radicalisées dernièrement et qu'il s'était toujours montré inflexible vis-à-vis de la première guérilla du pays, exigeant que les FARC libèrent l'ensemble des 1.600 personnes dont elles ont revendiqué l'enlèvement.
Simple effet d'annonce ou avancée décisive ?
Pour certains experts, le président a décidé ce changement de cap sous la pression de la communauté internationale et de la société civile. Auparavant, il conditionnait un éventuel accord humanitaire à un cessez-le-feu des FARC, au démarrage de négociations de paix, à une médiation des Nations unies, à la libération de tous les otages et à l'exil des guérilleros libérés.
La nouveauté c'est qu'il a accepté la liste des "échangeables" établie par les FARC et mis sur la table un nombre précis de guérilleros "libérables".
Il faut se garder d'un optimisme excessif !
La première réaction de'ANNCOL, agence de presse officieuse de la guérilla des FARC, est significative : "Nouvelle tromperie", "jet de bave", proposition "mesquine"... peut-on lire dans un article que vient de publier cette agence...
La balle est désormais dans le camp de la guérilla, qui a toujours accusé le président colombien Alvaro Uribe de refuser un échange humanitaire. Mais l'article d'ANNCOL fait craindre que le refus ne vienne cette fois des FARC.
«Les Farc ne vont pas tarder à donner leur réponse, et elle risque d'être cinglante. Ils n'ont que faire de la libération de cinquante zozos, des guérilleros de base attrapés les armes à la main», présage un diplomate européen.
Mais «il n'y a là rien de bien nouveau, grince le député Wilson Borja. Cela ressemble à une proposition de campagne électorale.» Le président Uribe travaille en effet à réformer la Constitution pour pouvoir briguer un second mandat en 2006 et semble avoir pris acte des récentes évolutions de l'opinion publique. Hier encore hostiles à l'échange humanitaire, les Colombiens y sont aujourd'hui majoritairement favorables, selon un récent sondage.
Les familles des otages, elles, sont partagées entre enthousiasme et scepticisme.
«J'espère que les parties seront sérieuses, affirme la fille d'une parlementaire enlevée. Maintenant qu'une porte est ouverte, ils ne peuvent pas nous la claquer au nez.»
Les proches d'Ingrid ont manifesté leur espoir, tout en se montrant prudents. "Je reçois cette proposition avec un espoir infini, mais aussi avec prudence. J'ai très peur d'avoir trop d'illusions, que cette joie s'achève avec une réponse négative de la guérilla. J'espère qu'elle sera positive", a déclaré dans un entretien avec l'AFP la mère d'Ingrid Betancourt, Yolanda Pulecio.
Pour cette dernière, la plus grande crainte serait que les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), la principale guérilla du pays, refusent les conditions posées par le gouvernement à cet échange: que les guérilleros libérés se rendent à l'étranger ou restent en Colombie avec la promesse d'abandonner la voie armée.
De son côté, Juan Carlos Lecompte, le mari d'Ingrid, a qualifié la nouvelle proposition de "saut à la perche", estimant que les pourparlers ont fait un grand pas en avant.
"C'est l'avancée la plus importante que nous ayons eue, que le gouvernement reconnaisse qu'il puisse y avoir un accord sans mettre d'obstacles. C'est un changement radical, car au début le président ne voulait pas céder. Mais lorsqu'il existe une volonté politique, tout est possible", a déclaré à l'AFP M. Lecompte.
Astrid Betancourt, soeur d'Ingrid, a qualifié l'initiative de "transcendantale", même si elle admet redouter un échec en raison des conditions posées par le président Uribe.
"La guérilla a dit qu'elle ne voulait pas de conditions sur le futur de ses membres libérés. De plus, la proposition s'applique uniquement aux guérilleros qui ne sont pas poursuivis pour crimes contre l'humanité. La réalité est beaucoup plus complexe, bien que je veuille être optimiste", a-t-elle dit.