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Le kidnapping : un drame humain, mais aussi financier

09/08/2004 - Las Voces del Secuestro

La douleur de savoir qu'un être cher est kidnappé n'est pas tout. Des centaines de familles colombiennes combattent quotidiennement pour survivre parce que la seule ressource de la maison était celle de la personne captive. Les familles de kidnappés souffrent d'un autre drame quotidien, en silence, mais aussi dur à vivre que l'absence de l'être cher : payer des impôts, des immatriculations, faire des achats et se déplacer sans avoir de quoi. Ils doivent même trouver de l'argent pour pouvoir assister aux marches et quémander la solidarité.

D'autres, moins chanceux, sont obligés d'hypothéquer jusqu'à leur maison pour payer la rançon. Ou dans le pire des cas, de s'endetter pendant des années pour qu'un père, un conjoint, un fils, un frère... retrouve la liberté. "C'est la réalité de nombreuses familles" précise la conseillère municipale de Cali, Fabiola Perdomo, épouse de l'ex député de "El Valle", Juan Carlos Narváez, kidnappé le 11 avril 2002.

Sa situation, explique la conseillère, reste privilégiée comparée avec celle d'autres familles. "Je suis heureuse parce que j'ai un travail. Mais beaucoup de femmes sont maintenant chefs de famille et ont dû retrousser leurs manches, travailler alors qu'elles ne l'avaient jamais fait "

Jusqu'en janvier, les épouses des députés recevaient le salaire correspondant. Mais avec le changement de Gouvernement, tout a changé. "Nous recevions le salaire ponctuellement et, maintenant, nous devons tout liquider pour pouvoir vivre", précise Ana Milena Gómez, épouse de l'ex député Ramiro Echeverri.

Un exemple

"Mon cas est très compliqué parce que, outre l'aspect moral, sachant qu'il est en très mauvais état de santé, je dois me lever tous les jours en imaginant ce que je pourrais faire... Tout s'embrouille. Je ne travaillais pas avant et maintenant je dois faire vivre la famille "

D'autres femmes, comme Consuelo Mesa, épouse de l'ex député Héctor Fabio Arizmendi, rivalisent d'imagination pour vivre. Elle a ouvert un salon de coiffure qui fait vivre sa famille.

D'autres familles n'ont pas eu cette chance. "Nous sommes de la classe moyenne et qu'ils nous demandent une rançon que nous ne pouvions payer a été horrible. Dans ce cas, on est capable de tout pour obtenir l'argent. Nous sommes aujourd'hui très bien parce que mon fils est libre et ils ne lui ont pas fait de mal. Il est très triste de savoir qu'il y a des gens qui payent et à qui ils ne restituent pas l'être cher", indique la mère d'un kidnappé dont nous tairons le nom pour des raisons de sécurité.

Marleny Orjuela, directrice d'Asfamipaz (qui réunit les proches de militaires et policiers séquestrés), explique que le drame économique reste sur un second plan tandis que d'autres problèmes pèsent sur les familles.

"Les enfants grandissent sans leur père, les épouses sont plongées dans une immense solitude. Certaines essayent de refaire leur vie. La dépression engendre des conflits. Elle  détruit en partie un foyer construit avec beaucoup d'efforts ", observe Orjuela.

Amparo Lizcano, soeur d' Oscar Lizcano (détenu depuis le 5 août 2000), dit que cette souffrance se prolonge au fur et à mesure que passent les jours et qu'on reste sans nouvelles des ex congressistes, au pouvoir du front 47 des Farc.

"Nous demandons à Dieu qu'il soit bien. Chaque jour qui passe est une éternité. Nous avons besoin qu'ils nous le rendent, cela, nous nous le répétons depuis le jour même où ils l'ont kidnappé et quatre longues années ont déjà passé", rappelle-t-elle.

Soulagement à Bogota

Beaucoup de personnes sont détenues depuis cinq et six années, et enregistrent un retard dans les registres des impôts municipaux. "Les conditions auxquelles sont confrontées les familles des victimes sont très difficiles, souvent ils ont à payer des millions en rançon et, en outre, faire face au risque de perdre la maison ou le commerce pour non payement des impôts", indique Juan Carlos Lecompte, époux d'Ingrid Betancourt, détenue par les Farc depuis le 23 février 2002.

Lecompte se félicite que, dans le cas de Bogota, la situation ait changé un peu suite à un accord municipal selon lequel on exempterait d'impôts les familles de kidnappés.

Mais, même ainsi, le drame continue.
"Le plus dur est de savoir que les captifs vivent dans des conditions inhumaines, les années passent et cette douleur persiste. Etre séparé d'elle, c'est cela qui est le plus dur. Mais d'autres douleurs s'ajoutent à celle-ci, comme est le drame économique ",  explique-t-il.

Il soutient que dans le cas d'Ingrid, bien qu'elle soit kidnappée, il doit payer l'impôt de guerre.

 "Le plus absurde est qu'ils perçoivent l'impôt de sécurité démocratique auprès des personnes ayant des revenus supérieurs à 150 millions de pesos. Ingrid est classée dans ce groupe et la note d'encaissement est arrivée. C'est une situation bien paradoxale qu'une personne ait à payer un Etat qui n'a pas pu garantir sa sécurité. Je ne payerai pas parce que cela n'est pas juste ", ajoute Lecompte.

Oscar Lizcano est détenu depuis 4 années ; Argiro Restrepo, 3 ans ; Ingrid et les ex députés de "El Valle" depuis plus de 2 ans. Ainsi, des centaines de kidnappés restent détenus et leurs familles non seulement souffrent de ne pas les avoir auprès d'eux mais doivent lutter pour continuer à vivre.

Dans le pays, de nombreux proches de kidnappés vivent leur drame en silence : pauvres et riches font preuve d' habileté pour survivre entre l'angoisse et le chagrin de ne pas savoir combien de temps ils devront encore attendre ni comment ils s'en sortiront.


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