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Le changement de cap des FARC

01/04/2009 - Le Courrier International, L'Humanité, El Pais (España), BBC News

Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) confirment le changement de cap au sein de leur organisation depuis qu’elles ont initié, en septembre dernier, un dialogue épistolaire avec le groupe de Colombiens et Colombiennes pour la paix en Colombie (CCP) animé par la sénatrice libérale et ancienne médiatrice Piedad Cordoba. Dans sa troisième missive en date du 28 mars, la guérilla s’est déclarée prête « pour l’échange de prisonniers de guerre », précisant qu’elle ne ferait pas de l’éventuel « lieu du dialogue (…) un obstacle », a rapporté, dimanche, le site Internet Anncol.

Début février déjà, les échanges de courriers entre les CCP et la guérilla en vue de « débloquer les chemins qui conduisent concrètement à la réalisation d’un accord humanitaire qui permette la libération des otages et des prisonniers qui sont entre les mains (…) des FARC et, en même temps, la liberté des prisonniers, membres de cette guérilla, qui se trouvent sous la juridiction de l’État », avaient abouti aux élargissements unilatéraux de deux civils, trois policiers et un militaire.

Le dernier communiqué de l’état-major augure d’un bougé dans les préalables avancés jusqu’alors par la guérilla, tout en demandant néanmoins des « garanties effectives » pour ses porte-parole et la présence d’un pays tiers, comme ce fut le cas en février avec le Brésil. Par ailleurs, concernant un éventuel élargissement des otages, dit économiques (enlevés en échange du versement de l’impôt révolutionnaire), elle affirme n’en détenir que neuf tandis que le gouvernement d’Alvaro Uribe, dans sa guerre des chiffres, lui en impute plus de 3 800. « Cela signifie qu’il y a 3 792 disparus, a réagi Piedad Cordoba. C’est une démonstration supplémentaire de la profondeur et de la dégradation de la guerre. » La sénatrice a également indiqué que les CCP poursuivraient « leur diplomatie itinérante » en direction des pays « qui appuient l’issue politique, l’échange humanitaire », n’excluant pas à cet effet de s’adresser aux États-Unis.

« Les FARC ont posé un nouveau cadre politique. (…) Le gouvernement a désormais la responsabilité de rendre une réponse favorable », a indiqué à la chaîne Telesur, Ivan Cepeda des CCP et responsable du Mouvement des victimes des crimes d’État.

Faute de quoi, le tournant stratégique entrepris par la guérilla et plus généralement la confiance retrouvée dans le dialogue risquent de tourner court. En plein ramdam électoraliste, le président Alvaro Uribe s’est, une fois encore, borné, samedi, à rejeter toute forme de dialogue avec « les terroristes ». Ce même jour, le président de la Conférence épiscopale, monseigneur Ruben Salazar, a enjoint le gouvernement « d’ouvrir la porte du dialogue politique si l’on veut réellement en finir avec le conflit ».

Changement de ton

Ce dernier communiqué rend perplexe plus d'un commentateur colombien.

"Le ton de l'initiative semble plus celui d'une guérilla en paix que celui d'un groupe qui sème la terreur comme l'ont fait les FARC", affirme Semana. L'hebdomadaire souligne que c'est la première fois que la guérilla n'exige pas la démilitarisation d'une zone dans le sud du pays pour libérer les otages, ce qui représente un "changement radical" et paraît répondre à la volonté du gouvernement Uribe, qui a toujours opposé une fin de non-recevoir à cette exigence.

Bien des points du communiqué ne sont cependant pas très clairs. Les FARC proposent ainsi de rendre à sa famille le corps de l'officier Guevara, enlevé le 1er novembre 1998 et mort d'une longue maladie en 2006. Ils demandent en échange qu'on leur remette les corps de deux de leurs commandants : Raúl Reyes [mort le 1er mars 2008 lors d'une opération de l'armée colombienne en territoire équatorien] et Ivan Rios [assassiné le 3 mars 2008 par un de ses hommes]. Or l'armée colombienne affirme avoir rendu ces corps à leurs familles.

Les FARC affirment aussi être prêtes à libérer les 20 militaires et les 9 otages "économiques" qu'ils détiendraient encore. Selon leur communiqué, "les chiffres officiels insistent pour dire que les FARC détiennent plus de 3 800 retenus (c'est bien le terme employé dans leur jargon, pas détenus, ni otages) pour des raisons économiques. Nous avons consulté nos structures politico-militaires, déployées sur tout le territoire national, et nous pouvons affirmer que, à la date d'aujourd'hui, il n'y a plus que 9 personnes retenues selon les termes de la loi 002", signale le communiqué.

Semana explique que "la loi 002 est une loi proclamée en 2000 par les FARC afin d'obliger toutes les entreprises et personnes privées possédant un capital supérieur à 1 million de dollars à leur verser un tribut". Où seraient donc les autres otages ?

Selon la Fondation País Libre, citée par Semana, "entre 1996 et 2008, 2 800 personnes ont été enlevées en Colombie, dont 713 par les FARC, 299 par l'ELN [Armée de libération nationale, deuxième groupe de guérilla colombien] et 254 par Autodéfenses [unies de Colombie, paramilitaires]".


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