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Le combat d'un journaliste agace Bogota et crée une polémique

12/04/2009 - Le Monde

Hollman Morris a choisi de donner la parole "à toutes les victimes" du conflit armé colombien. Journaliste engagé, il veut faire savoir que la guérilla d'extrême gauche n'est pas la seule coupable des atrocités commises en Colombie. "Les militaires et les groupes paramilitaires d'extrême droite, les élites politiques et les mafias ont leur part de responsabilité", assure-t-il. Aux yeux du pouvoir, il est devenu un "témoin indésirable". C'est d'ailleurs le titre d'un documentaire qui lui est consacré et qui sort en salles en France le mercredi 15 avril.

Producteur indépendant en même temps que journaliste, Hollman Morris réalise "Contravia" (Sens interdit), une émission de télévision qui traite du conflit et des droits de l'homme. Il filme les hameaux dévastés, les champs de coca détruits, les pleurs et les colères des victimes, les témoignages des bourreaux. Morris reste convaincu que l'avenir de la Colombie se joue dans ces régions rurales et isolées, où les fusils font régner la terreur. "Viendra le jour où la société colombienne demandera des comptes à ses médias, confie le reporter. Comment avons-nous laissé faire ?"

"AMIS DES TERRORISTES"

Si "Contravia" lui a valu de nombreux prix - parmi lesquels, le Human Rights Watch Defender Award -, la Colombie est un pays dangereux pour les journalistes. En 2000, Hollman et sa femme Patricia - également journaliste - ont dû la quitter un temps. Leur fille aînée, Daniela, aujourd'hui âgée de 8 ans, est née en exil.

Depuis le 1er février, les menaces ont repris. Ce jour-là, Hollman Morris et son cameraman filment les guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en train de remettre à une équipe de la Croix-Rouge internationale quatre otages - trois soldats et un policier - séquestrés depuis deux ans. Craignant que cette libération tourne au "show médiatique", Bogota avait exigé que la presse n'assiste pas à l'événement. Furieux, le président Alvaro Uribe a fustigé les "amis des terroristes qui agissent sous couvert de journalistes".

Depuis, la controverse n'a pas cessé. A la recherche du scoop, Hollman Morris a-t-il pris le risque de faire capoter la libération des otages ? A-t-il fait le jeu des FARC ? Ou n'a-t-il fait qu'exercer son métier, en refusant de céder aux règles fixées par le pouvoir ? La Fondation pour la liberté de la presse a rappelé que "le fait qu'un journaliste ait pour source des groupes armés hors la loi ne peut être considéré illégal".

Trois des otages libérés ont porté plainte contre Hollman Morris, qui les a interviewés alors qu'ils étaient encore entre les mains de la guérilla. L'hebdomadaire Cambio a évoqué des courriels "compromettants" échangés avec Raul Reyes, le chef des FARC tué en 2008. Le journaliste reconnaît avoir "pris contact" à plusieurs reprises avec les FARC. "Le meilleur moyen de combattre la barbarie, c'est de la montrer et de la raconter, explique-t-il. Un médecin qui opère a besoin de l'information la plus complète possible sur son patient. La Colombie est en état critique. Pour la tirer d'affaire, les Colombiens ont besoin d'être informés."


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