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Le volontarisme de Paris et son drôle de rapprochement avec Bogota semblent avoir nourri un coup essentiellement médiatique. À l’opposé de l’intérêt des otages.
L’échec de la mission humanitaire de la France et de la Suisse, envoyée par Paris il y a une semaine en Colombie pour soigner Ingrid Betancourt, n’est pas le premier revers diplomatique subi par le Quai d’Orsay dans l’épineux dossier des otages. Déjà en 2003, un avion fantôme s’était envolé pour le Brésil dans l’espoir de récupérer l’otage. Une opération qui avait tourné au fiasco provoquant une crise entre Paris, Brasilia et Bogota, ces deux dernières n’ayant pas été informées des desseins français.
Mercredi, Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, a assuré que la France allait poursuivre ses démarches « sous une forme ou sous une autre » pour obtenir la libération de la captive. Car, « sans l’accord des FARC (…), nous n’avons, pour l’heure, pour cette mission précise, aucune chance », a reconnu le chef de la diplomatie.
Fin de non-recevoir… NON définitive
Mardi soir, dans un communiqué daté du 4 avril, le secrétariat de la guérilla a en effet estimé que la mission n’était « pas recevable et encore moins lorsqu’elle n’est pas le résultat de la concertation, mais de la mauvaise fois d’Uribe (le président colombien - NDLR) à l’égard de l’Élysée, et une moquerie cruelle aux attentes des familles des prisonniers ». Une fin de non-recevoir qui ne ferme pas pour autant la porte aux négociations. Car la guérilla sait que la communauté internationale la tiendrait pour responsable s’il venait à arriver malheur à Ingrid
Elle sait aussi qu’elle joue sa crédibilité. D’où son appel répété à démilitariser les zones de Pradera et Florida pour une durée de 45 jours afin de procéder à l’échange de prisonniers (39 détenus aux mains des FARC contre quelque 500 guérilleros). D’autant, rappelle-t-elle, qu’elle n’a eu pour seule réponse aux six libérations unilatérales auxquelles elle a procédé en début d’année que « l’assassinat (…) de Raul Reyes », le nº 2 des FARC, tué alors qu’il était en pourparlers avec la France pour faire libérer Ingrid Betancourt.
La méfiance des FARC est claire. Et leur communiqué semble valoir, à la fois, pour Bogota et Paris lorsqu’elles déclarent : « Nous ne réclamons à personne le statut de réfugié » ou encore : « Nous n’agissons pas sous (l’influence) des chantages et des campagnes médiatiques ».
L’échec de la mission humanitaire ne remet nullement en cause son bien-fondé face à une situation d’urgence humanitaire dans laquelle se trouve Ingrid Betancourt, après six ans de détention dans la jungle. Il révèle en revanche combien la diplomatie approximative, voire la politique spectacle s’avèrent contreproductives.
« Il est pour le moins naïf de croire que le secrétariat des FARC va approuver l’entrée d’une mission humanitaire dans les campements où se trouvent les détenus, alors que le président Alvaro Uribe annonce (leur) localisation pour (…) établir des encerclements humanitaires qui, en réalité, sont des opérations militaires déguisées », soulignait, il y a une semaine, le directeur de l’hebdomadaire colombien Voz, Carlos Lozano. D’autant qu’il se confirme que Paris n’avait pas de contact direct avec la guérilla.
Naïveté face à la stratégie d’uribe ?
Alors naïve la France ? Nicolas Sarkozy s’est mis à la remorque des effets d’annonce du président colombien, lui emboîtant même le pas en proposant d’accueillir en France les guérilleros que Bogota envisagerait de libérer. Mais sans aucune concertation avec les FARC. Tandis que le chef d’État colombien analysait les conditions de libération de supposés guérilleros, son ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, annonçait des récompenses mirobolantes aux insurgés qui livreraient toute information à même d’anéantir la guérilla. Et répétait à l’envi que la Colombie ne renoncerait jamais à la stratégie militaire.
Naïve, la France, au point de ne pas voir que l’agitation médiatique en Colombie coïncidait avec la poursuite judiciaire, pour liens avec le paramilitarisme, de trois nouveaux parlementaires, portant à 51 le nombre de congressistes poursuivis tandis que 29 sont déjà sous les verrous ? Et que la Colombie joue actuellement son devenir économique avec la signature du traité de libre commerce avec les États-Unis ? Quoi qu’il en soit, ces drôles de rapprochements avec les autorités colombiennes ne font pas vraiment avancer la libération des otages.
La France a agi de manière ingénue, selon Luis Eladio Perez
L'ex sénateur colombien Luis Eladio Pérez, récemment libéré après avoir été en compagnie d'Ingrid l'otage de la guérilla des FARC, a déclaré hier que le gouvernement français avait agi avec ingénuité dans l'affaire de la mission manquée.
Il a affirmé que la mission humanitaire avait bien pris contact avec les FARC, mais il a regretté qu'il ait eu « trop d'exposition » devant les media.
Selon lui, cela a contribué à l'échec de la mission, tout en soulignant dans une interview à Radio Caracol la bonne volonté du gouvernement du président Nicolas Sarkozy pour essayer de vérifier l'état de santé réel d'Ingrid Betancourt.
De même, il a émis l'opinion que les canaux de communication avec les FARC ne sont pas du tout fermés, et il a dit qu'il continuerait ses efforts à la recherche d'un accord pour que le gouvernement colombien et le groupe partisan concluent un échange de prisonniers.