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Après le retour hier de l'avion envoyé à Bogotá, bien des questions se posent sur l'échec de cette « mission humanitaire ». A l'évidence, Paris a fait preuve d'improvisation et n'a pas réussi à renouer le contact avec les Farc.
LE FALCON 50 a décollé mercredi à 15 heures de la base militaire de l'aéroport de Bogotá comme il était arrivé huit jours plus tôt, en toute discrétion et sans Ingrid Betancourt. L'expédition de « l'avion de Sarkozy », comme le qualifie la presse colombienne, suscite au mieux des commentaires condescendants sur la « naïveté » des Français, au pire des sarcasmes sur l'amateurisme d'une opération décidée, sans concertation, sur la foi d'informations non vérifiées (l'état de santé alarmant d'Ingrid). Elle rappelle aussi les aventures de l'Hercules C 130, avec onze agents secrets à bord, qui, en juillet 2003, avait atterri à Manaus, en Amazonie brésilienne, non loin de la Colombie.
Après quatre jours de vaine attente dans la jungle, le commando était reparti sans la Franco-Colombienne. Cinq ans plus tard, c'est le même fiasco avec parfois les mêmes acteurs, comme Noël Saez, ex-consul de France à Bogotá. Même les Farc prennent cela de haut en conseillant à la diplomatie française de mieux préparer ses dossiers si elle veut aboutir un jour à un résultat. Souffrant d'improvisation, l'aventure du Falcon 50 avait peu de chance d'aboutir pour trois autres raisons :
1. Elle n'offrait pas de cadre politique de sortie de conflit aux Farc. La guérilla a subi d'importants revers militaires et est cantonnée désormais à la jungle du Sud-Est. Son dirigeant historique, Manuel Marulanda, 80 ans, s'est fossilisé sur une vision du monde datant des années 1950 mais les commandants quadragénaires de la guérilla se voient mal passer leurs vieux jours dans l'inconfort de la forêt. Ils cherchent une porte de sortie que peut leur offrir Alvaro Uribe, le président colombien, dont la popularité n'a jamais été aussi grande.
2. Elle écartait Hugo Chávez. Le président vénézuélien, qui craint pour son matricule depuis que ses liens avec les Farc, une organisation terroriste selon l'Union européenne et les Etats-Unis, sont devenus de notoriété publique, fait dire qu'il a perdu tout contact avec la guérilla depuis la mort de Raoul Reyes, son interlocuteur privilégié. Il n'empêche qu'il continue de s'agiter en coulisses. Hier encore, la sénatrice de gauche Piedad Córdoba, négociatrice en chef du côté colombien dans le dossier des otages, était à Caracas chez Chávez, le seul à détenir la clé d'une négociation avec les Farc.
3. La surmédiatisation du dossier Betancourt fait monter les enchères. Plus on parle d'Ingrid, plus elle vaut cher aux yeux des Farc. Et plus sa libération sera retardée. Yolanda Pulecio, sa mère, l'a si bien compris qu'elle se tait désormais. De plus, les initiatives parfois tapageuses de Paris accentuent encore le vacarme médiatique qui entoure Ingrid. Il est rare que les affaires de prise d'otages se dénouent sur la place publique et sous les objectifs des caméras du monde entier.