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Le scandale dit de la "parapolitique", c'est-à-dire des liens entre les milices paramilitaires d'extrême droite et les hommes politiques en Colombie, a connu un rebondissement avec les révélations faites par le sénateur Gustavo Petro, mardi 17 avril. Le leader du Pôle démocratique indépendant (gauche) a dénoncé les responsabilités du président Alvaro Uribe (droite) à l'époque où il était gouverneur du département d'Antioquia (1995-1997), dont la capitale est Medellin, deuxième ville colombienne.
Le sénateur a rappelé la création de 82 coopératives rurales de sécurité "Convivir", qu'il a présentées comme des antécédents des groupes paramilitaires, censés combattre les guérillas d'extrême gauche. Un tiers des dirigeants des "Convivir" se sont intégrés par la suite aux groupes paramilitaires, selon le parlementaire. Une "Convivir" autorisée par le gouverneur Uribe était dirigée par Salvatore Mancuso, trafiquant de drogue notoire, devenu le leader des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), qui a fédéré les paramilitaires.
Selon des documents judiciaires lus au Sénat par M. Petro, des paramilitaires auraient utilisé comme base la propriété rurale "La Carolina", administrée par Santiago Uribe, frère du chef de l'Etat.Une autre propriété de la famille Uribe, "Guacharacas", aurait été le théâtre d'exécutions sommaires de guérilleros. Le sénateur a présenté une photographie où figurent Santiago Uribe et Fabio Ochoa Vasquez, l'un des chefs du cartel de Medellin détenu aux Etats-Unis, où il a été condamné pour trafic de drogue.
Santiago Uribe "coordonnait un groupe d'autodéfense qui opérait entre Yarumal et Santa Rosa de Osos (Antioquia), chargé d'exécuter et de faire disparaître des paysans, sous prétexte qu'ils aidaient la guérilla", a affirmé M. Petro. "Les militaires et le narcotrafic ont stimulé la création des paramilitaires pour surveiller les terres de la région du Magdalena et d'Uraba, ainsi que les pistes d'où partaient 20 à 30 vols de cocaïne par jour", a-t-il ajouté.
Le sénateur a attribué l'assassinat de Luis Carlos Galan, candidat libéral à la présidence de la République, en 1989, à une alliance entre les paramilitaires, les narcotrafiquants et des "militaires anticommunistes". Il a critiqué l'association entre les paramilitaires, le cartel de Cali et l'Etat pour traquer et tuer Pablo Escobar, célèbre chef du cartel de Medellin.
Le conseiller du chef de l'Etat, José Obdulio Gaviria, a taxé les propos de M. Petro de "combinaison de calomnies, de désinformation et de pièces judiciaires décousues". "Cela vise à créer une ambiance d'illégitimité à l'égard de l'Etat, assure l'idéologue du président Uribe. La Colombie est une grande nation : les guérilleros, les paramilitaires et certains secteurs légaux ne parviendront pas à détruire son élan démocratique." Le gouvernement ne se prive pas de rappeler que le sénateur d'opposition a appartenu au M-19, une guérilla d'extrême gauche qui a abandonné la lutte armée après la prise du Palais de justice, à Bogota, qui s'était terminée avec la mort d'une centaine de personnes, en 1985.
Le chef de l'Etat n'avait pas été critiqué aussi durement sur ses supposés liens avec les paramilitaires depuis la publication d'une Biographie non autorisée d'Alvaro Uribe Velez (La Oveja Negra, Bogota, 2002), écrite par Joseph Contreras, ancien correspondant de Newsweek.