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L'industrie colombienne du kidnapping examinée au Panama

25/04/2007 - Panama News

Quelques douzaines de personnes de plusieurs nationalités se sont réunies dans le salon culturel de l'ambassade française le 12 avril, pour découvrir un aspect inquiétant de la violence chronique en Colombie et pour exiger la libération en Colombie des personnes détenues par des groupes politiques armés et par des bandes criminelles "ordinaires".

Astrid Betancourt

L'organisateur de la soirée était André Dumoulin, un éducateur belge résidant au Panama depuis longtemps. Avec l'aide d'une présentation réalisée en PowerPoint il a expliqué que bien que "les dimensions du problème ne puissent pas être exactement mesurées - entre autres parce qu'il est illégal de payer une rançon," plus de 4.200 personnes seraient détenues, dont environ la moitié par des délinquants qui n'ont aucune motivation politique. La majeure partie du reste, environ 1.500 individus, serait détenue par les rebelles marxistes des FARC ainsi que par d'autres groupes armés de gauche et de droite.

La plupart du temps les FARC enlèvent leurs victimes pour obtenir une rançon de leurs familles, en moyenne $30.000 par personne enlevée après une captivité qui dure habituellement de huit mois à deux ans. Les gangs criminels enlèvent parfois des personnes qu'ils revendent à la guérilla, qui est plus "experte" à rassembler la rançon.

"Ce ne sont pas seulement les riches qui sont victimes des enlèvements," précise Dumoulin, et leur situation déjà difficile est encore aggravée par l'impression que la population s'est résignée au sujet de ce problème. En attendant, pendant que les fonctionnaires publics à Bogota et plusieurs de leurs constituants gesticulent, "les victimes d'enlèvement sont humiliés et sont transformés en simple produit commercial."

Les FARC enlèvent aussi des politiciens et leurs parents, et détiennent également des militaires et des policiers colombiens capturés au cours de combats. Le prix que les guérilleros exigent pour leurs prisonniers  "politiques" qu'ils considèrent commme des prisonniers de guerre est un échange contre des membres des FARC qui sont détenus par le gouvernement colombien.

Toute cette histoire triste, précise Dumoulin, s'est développée dans un contexte où plus de trois millions de Colombiens sont devenus des "réfugiés internes" pour fuir les combats qui ont lieu là où ils habitaient, et la violence de Colombie déborde dans tous les pays voisins. "Le Panama a tout à gagner d'une Colombie plus sûre," explique Dumoulin. Pour y arriver, il préconise l'application des lois internationales de droits de l'homme par toutes les parties impliquées dans le conflit colombien, la poursuite devant la cour pénale internationale des cas où le kidnapping a été employé comme tactique de guerre, et la rupture du "code du silence" qui semble règner dans une Colombie où sévit la terreur.

Bien que l'assemblée ait été plutôt restreinte--- tous les médias panaméens avaient été invités, mais seul le reporter de Panama News était présent... Astrid Betancourt a été généralement optimiste.

"C'est grâce à des actions comme celle-ci que ma soeur est encore vivante aujourd'hui", déclare-telle. Il y a environ 80 comités locaux qui se battent pour la libération d'Ingrid Betancourt, en Colombie et dans plus d'une douzaine d'autres pays; grâce à eux la situation  n'est pas restée dans l'obscurité. "Les FARC n'avaient pas prévu que les yeux du monde entier seraient fixés sur eux et sur ce qu'ils font."

Elle a remercié pour leur soutien l'ambassade française et le gouvernement qu'elle représente pour avoir prêté ses bons offices à la recherche d'une solution à la violence en Colombie, et à son tour le représentant de la France a ajouté : "Nous soutenons les efforts de tous les pays qui ont essayé d'atteindre une solution pour tous les otages colombiens." Si on voyait, comme c'est le cas en Colombie, une industrie du kidnapping émerger en France, estime Betancourt, "on aurait immédiatement une révolution" des citoyens pour exiger d'y mettre fin.

Betancourt a exprimé peu de respect pour l'administration d' Álvaro Uribe à Bogota. "Le gouvernement prétend avoir remporté des succès avec sa force d'élite anti-enlèvement, mais en réalité cette unité a seulement pu aider de temps en temps des personnes enlevées dans les milieux urbains par des bandes criminelles; elle a par contre été inefficace dans les cas où les otages sont détenus par les guérilleros à l'intérieur du pays". Bien que les conventions de Genève préconisent l'échange de prisonniers dans des conflits civils, elle rappelle que le gouvernement colombien n'a jamais envisagé sérieusement cette possibilité. La thèse d'Uribe que sa famille aurait été elle aussi victime des kidnappeurs est écartée par Betancourt, qui explique que si le père du président est devenu une victime de la violence, c'est parce qu'il était lui-même un seigneur de la drogue, et qu'on ne pouvait pas comparer son cas à celui des otages détenus pour paiement d'une rançon.

"Le gouvernement n'a pas gagné [ sa guerre contre les guérilleros ] au bout de cinq années d'opérations," remarque Betancourt, et il est maintenant temps d'envisager un changement de sa politique.

Mais cela n'est-il pas un concept difficile à "vendre" au Panama ? Après tout, une des raisons pour lesquelles le pays s'est séparé de la Colombie il y a plus d'un siècle était justement de mettre une certaine distance avec les conflits armés incessants qui avaient lieu en Colombie.

Les citoyens du Panama, insiste Betancourt, devraient voir l'industrie du kidnapping chez leurs voisins "non pas comme un problème politique, mais comme un problème humanitaire." C'est également une question de crime commun, précise-t-elle, et vu l'augmentation récente des kidnappings ici au Panama --- certains d'entre eux commis d'ailleurs par des Colombiens --- les gens dans ce pays devraient s'inquiéter un peu plus de la situation.

Betancourt a ajouté que, tandis que beaucoup de gens voudraient faire semblant de croire que le problème de la Colombie n'affecte pas le Panama, l'arrivée de réfugiés à travers notre frontière et l'insécurité dans les régions de ce pays qui avoisinent la Colombie montrent que nous ne pouvons tout simplement pas ignorer la situation.


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