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Une radio pour les séquestrés de Colombie

09/04/2005 - El Confidencial

Yolanda Pulecio, Marelby Agatton et Herbin Hoios (Radio Caracol, 20-2-2005)« Ma fille chérie, je pense à toi tous les jours ». Le 20 février à une heure du matin, trois jours avant le troisième anniversaire du kidnapping d'Ingrid Betancourt, candidate à la présidence de la Colombie, maintenant entre les mains du FARC, Yolanda Pulencio, sa mère, envoyait ce message émouvant à sa fille depuis les studios de Radio Caracol, en Colombie.

On ne peut pas savoir si ce message a été écouté ou non. Le programme "les voix du kidnapping", depuis lequel Yolanda a lancé ses mots d'espoir, fonctionne déjà depuis onze ans (et sans publicité) et il a diffusé plus de 100.000 messages. Chaque samedi à l'aube, Herbin Hoios, responsable de l'émission et lui-même ancien séquestré, aide ainsi les familles et les amis à entrer en communication (à sens unique) avec les 3.000 personnes qui sont kidnappées dans le pays, tant par les rebelles comme par les paramilitaires.

Ingrid Betancourt est une héroïne en France. La présidente du Parti Vert Oxygène a la double nationalité, mais sa renommée dans le pays gaulois est due, surtout, aux 500.000 exemplaires de son dernier livre "la rage dans le coeur". Depuis des semaines son image est accrochée sous forme d'une grande affiche sur la Mairie de Paris. Les actions de soutien se succèdent dans plusieurs villes européennes. Toutefois, Marelby Agattón, porte-parole du Parti Vert assure que « la famille n'est pas plus encouragée, car plus le temps passe plus les choses sont compliquées, et pourtant nous ne cessons pas de travailler un seul jour ».

C'est qu'Ingrid est une femme qui ne manie pas la langue de bois. Pendant sa campagne pour la présidence, elle a proposé de combattre pour parvenir « à nettoyer » son pays de ses corrompus : elle a accusé l'actuel président colombien, Álvaro Uribe, de relations avec les traficants de drogue, elle a plaidé pour un dialogue avec les FARC, elle a proposé de mettre un terme au néo-libéralisme, et a voulu réformer la Justice et le Congrès. « La corruption, nous devons l'éliminer de Colombie, parce qu'autrement c'est elle qui va détruire le pays », affirmait-elle dans un de ses discours. Ainsi, « la Jeanne d'Arc créole » s'est transformée en « une pierre dans la chaussure d'Uribe », assure son mari Juan Carlos Lecompte.

Tout ceci a provoqué une crise entre la France et la Colombie. La famille s'est fortement attaquée à Uribe, l'accusant de ne rien faire pour obtenir sa libération, et assurant que seule la médiation du Gouvernement de Chirac avec les FARC serait effective. De fait, il y a déjà eu des tentatives. L'ambassadeur colombien à Paris, Michel Gómez, a reconnu que « il y a eu des contacts avec quelques chefs de la guérilla », plus concrètement avec le numéro deux des FARC, Raúl Reyes. Pour sa part, Álvaro Uribe dénonce la « double morale » des pays européens qui, d'une part, refusent de négocier avec les rebelles iraquiens, mais pressent la Colombie pour qu'elle négocie avec les groupes terroristes du pays.

Accord humanitaire

Mais, en quoi consiste cette négociation ? pourquoi est-il tellement difficile d'arriver à un accord entre les deux parties pour la libération des politiciens séquestrés ?

Selon le dernier communiqué des FARC, ils demandent trois conditions. La première est l'échange de soixante séquestrés en échange de l'élargissement de 500 rebelles emprisonnés, y compris trois « figures importantes» de l'organisation : Simón Trinidad, le commandant Sonia, tous les deux extradés à Washington où ils seront jugés - entre autres choses pour trafic de drogues ; et Rodrigo Granda, que certains considèrent comme un des contact du Gouvernement français avec la guérilla, et qu'Uribe lui-même a accusé de projeter le kidnapping de Cecilia Cubas, fille de l'ex président paraguayen Raúl Cubas. Ils demandent aussi la démilitarisation de deux communes de la Vallée du Cauca (Praderia et Florida) pour pouvoir y négocier et y signer l'accord. Et finalement une demande politique : la reconnaissance des FARC en tant qu'organisation politique révolutionnaire, pour être distingués des groupes paramilitaires.

Au Parti Vert Oxygène les choses apparaissent très compliquées. Uribe ne va pas céder, c'est un accord impossible à mener à bien selon la justice colombienne. Il serait même difficile de mettre en pratique une loi d'amnistie, du au fait que beaucoup des prisonniers purgent des peines pour d'autres infractions, comme le trafic de drogues ou le meurtre. Ainsi, le gouvernement colombien suit une politique de « main dure ». Il est un fait qu'en décembre Uribe avait proposé de ne pas extrader Simón Trinidad si la guérilla libérait 63 otages. Il n'y a pas eu une libération.

Où en est-on du côté des FARC ?. Durant les trois années de kidnapping d'Ingrid Betancourt, il y a seulement eu deux vidéos (une en juillet 2002 et une autre en août 2003) avec des images de l'ex candidate, et il y a seulement quelques jours le secrétaire général de la guérilla a affirmé dans un questionnaire que lui a envoyé le journal français Le Figaro par Internet, que l'ex candidate se trouvait « en bon état de santé ».


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