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L'affaire des narco-instructeurs

28/04/2005 - Le Temps, El Pais, Planet Porto Alegre

La presse colombienne s'émeut de la clémence avec laquelle les Etats-Unis traitent leurs propres militaires «ripoux».

Bien malgré eux, cinq militaires américains en provenance d'une base militaire en Colombie auront marqué la presse de Bogota ce mois-ci. Comme de vulgaires passeurs de drogue, les très sérieux instructeurs en lutte anti-narcotique ont été arrêtés à leur descente d'avion au Texas le 28 mars... avec 16 kilos de cocaïne. Malgré le scandale, l'information n'a été confirmée que par des communiqués laconiques des deux pays.

Cet hermétisme a réveillé la polémique sur l'impunité des intervenants américains dans le pays andin. Selon le quotidien national El Tiempo, trois des «ripoux» avaient été repérés en Colombie même, alors qu'ils achetaient des soldats locaux pour transporter «des paquets de farine». «Le négoce fonctionnerait depuis 2003, selon un enquêteur local, cité par le journal. Nous sommes sûrs qu'ils ont expédié des quantités plus grandes.»

Pourtant, les cinq hommes n'ont été inquiétés que sur le sol de leur patrie. «La Colombie n'a pas le pouvoir de juger des militaires étrangers qui enfreignent sa loi?» s'interroge l'éditorial d'El Tiempo. Acculé, l'ambassadeur américain à Bogota a fini par spécifier que les militaires, considérés comme personnel de l'ambassade, jouissaient d'immunité diplomatique.

La précision rappelle aux Colombiens des précédents douloureux pour leur souveraineté. Washington, premier fournisseur d'aide militaire de Bogota, a toujours fait valoir la règle de «deux poids, deux mesures», face à son obligé colombien, soulignent les articles d'opinion. Beaucoup font resurgir le cas du colonel Hiett, membre de l'ambassade américaine à Bogota, dont la femme a été convaincue en 1999 d'envoyer des paquets de poudre blanche par valise diplomatique. Le couple a été condamné, dans son pays d'origine, à des peines jugées «dérisoires» au regard de celle infligée par Bogota au chauffeur et complice colombien.

D'autres cas, comme la découverte de traces d'héroïne dans un colis envoyé par des sous-traitants du Pentagone, ou la mort d'un de leurs collègues par apparente surdose, n'ont toujours pas été élucidés. Celui des cinq militaires, dont deux ont déjà été relâchés et «blanchis», comme l'a reconnu l'ambassadeur américain, pourrait suivre le même chemin. «Pourquoi, si les trafiquants colombiens extradés à Washington sont exhibés menottés devant tous les médias, ignore-t-on toujours le nom et le grade des narcosoldiers?», s'inquiète El Tiempo. En filigrane, c'est le travail occulte des 800 conseillers militaires et civils américains présents en Colombie qui est remis en cause. «Que faisaient-ils exactement dans notre pays, demande l'éditorialiste, et à qui pouvaient-ils donner des instructions contre le narcotrafic?»

par Vincent Taillefumier, Bogota


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