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Les
séquestrés
Où
dorment les séquestrés ? Y a t-il des chances réelles qu'ils
entendent "Radio Caracol", qu'ils aient accès à la radio, aux
journaux ?
Mélanie et Fabrice
: Il faut savoir qu´il y a environ 3000
séquestrés en Colombie : 85% des otages du monde entier. 900 otages
entre les mains des Farc, 750 entre les mains de l´ELN, autre mouvement
de guérilla, 1000 entre les mains des Paramilitaires d´extrême droite et
le solde entre les mains de la délinquance commune.
Les mouvements de guérilla et les paramilitaires sont dispersés dans
tout le pays qui fait en superficie deux fois la France. Les otages sont
le plus souvent dans les zones tropicales où la jungle offre les
meilleures possibilités de déjouer les observations aériennes.
Cependant certains peuvent être détenus dans les montagnes qui peuvent
atteindre plus de 5000 mètres.
Les conditions de détention sont très dures. Les otages marchent tous
les jours et changent constamment de campement. Ils dorment le plus
souvent sur un lit de branchages, enroulés dans une toile de tente. Sur
le plan sanitaire, les otages sont très exposés aux maladies
tropicales-paludisme, fièvre jaune, dengue, amibes, champignons en raison
de l´humidité constante. Par ailleurs l´alimentation est limitée,
essentiellement à base de riz, manioc et platano ce qui entraîne de
grandes carences en vitamines et oligo-éléments.
Les otages qui ont été libérés nous ont souvent dit qu´ils
entendaient parfois des messages à la radio. Les guérilleros ont tous des
petites radios portatives et c´est vrai qu´ils captent Radio Caracol.
Est
ce que des otages ont été tués ?
Marie : Il
y a en Colombie, des milliers de personnes qui sont enlevées.
Actuellement on cite le nombre de 3000 victimes. Ces personnes sont enlevées
soit pour demander une rançon, soit pour des motifs politiques ou pour
servir de monnaie d'échange. Dans ce dernier cas par exemple on les
utilisera pour demander la libération des guérilleros qui sont emprisonnés,
c'est le cas d'Ingrid Betancourt.
Il arrive bien sûr que des otages soient tués,
soit dans des opérations de sauvetage de la part de l'armée ou de la
police soit lors d'affrontements avec l'armée, où les otages sont réellement
en danger.
Comment
les farc peuvent nourrir tous les jours 4 200 personnes ? Comment les
habiller ( bottes en caoutchouc pour tous ?), les surveiller ? Quelles
sont leurs conditions d'hygiène ?
Armand
: Une précision, sans répondre à la question : les farc ne
détiennent pas 4.200 personnes. Il y a sur le site "Las voces del
secuestro" une liste de 4.200 noms, mais cette liste contient
vraisemblablement des personnes qui n'ont pas été kidnappées et qui
ont disparu pour d'autres raisons. On estime qu'il y a probablement
3.000 séquestrés en ce moment, dont un millier détenus par les farc.
Les autres sont détenus par l'autre guérilla (l'ELN), les
paramilitaires ou des bandes organisées de délinquants.
Jorge
: Malgré les communiqués du
gouvernement colombien les FARC contrôlent toujours un territoire géographique
d'au moins 50 % de la superficie de la Colombie (c.à.d. un territoire
grand comme la France).
Ce territoire possède de longues frontières
avec 4 pays limitrophes (Brésil, Venezuela, Pérou et Équateur) et
quelques corridors vers les océans pacifique et atlantique, ce qui
permet aux FARC, de s'approvisionner aisément en armes et matériel de
guerre, et même en nourriture.
Les presque 20 000 hommes et femmes des
FARC disposent de plusieurs campements dans ces zones et, comme on l'a
vu dans l'ancienne zone de distension, parfois très bien équipés en matière
de confort.
Marie
: Effectivement les Farc disposent de moyens financiers et logistiques
importants pour pouvoir garder un nombre élevé d'otages en plus des
miliciens, qui représentent quelque 15.000 à 20.000 unités. Cela
provient des ressources dont disposent les Farc: impôt révolutionnaire,
argent en lien avec le trafic de drogue et rançons demandées en contre-partie
des enlèvements.
Cela s'explique par la géographie et l'étendue
de la Colombie. En effet il y a des régions de jungle, peu peuplées et
qui sont peu contrôlées par l'armée.
Liliana
: Si vous voulez parler des otages, ceux ci sont dispersés
dans différentes unités et gérés par petits groupes. Ils bénéficient
de conditions de vie très sommaires (habillement et hygiène). Leur
surveillance dépend des lieux de détentions sachant que ces lieux sont
souvent hostiles et isolés. Les bottes en caoutchouc sont une nécessité
(accidents du terrains, nature des sols, insectes, animaux rampants...).
Arrive
t-il que des séquestrés s'évadent ?
Mélanie et Fabrice
: Il n´y a pas à notre connaissance d´évasion
spontanée qui ait réussi. Les distances sont énormes et les guérilleros
sont très organisés en matière de radios HF afin de pouvoir
pister les éventuels évadés qu´ils n´hésiteront pas à
abattre.
L´armée mène parfois des opérations surprises pour
libérer des otages. Ces actions "commandos" connaissent un taux
d´échec élevé qui se traduit par la mort d´un ou plusieurs otages.
Pourquoi
fait-on marcher les otages pendant des heures ? Où les emmène t-on ?
Jorge
: La stratégie militaire des FARC consiste en attaquer et fuir. C'est ce que l'on appelle la guerre de guérilla.
Cela oblige les combattants à se déplacer continuellement pour éviter de se faire surprendre par l'armée,
dès lors qu'ils sont loin de leurs bases les plus sures, et bien entendu les otages qui se trouvent avec eux doivent suivre.
Combien
de temps les farc gardent-ils leurs prisonniers ?
Liliana
: Si il n'existe pas de statistiques précises sur la durée de détention
des otages en Colombie, certains soldats et policiers sont aux mains de
la guérilla depuis plus de 5 ans.
Armand
: Une liste de tous les séquestrés publiée par le site web "Las
voces del secuestro comprend 4.200 noms. Elle est évidemment
difficile à vérifier, car on sait qu'elle comporte certainement les
noms de personnes disparues mais non kidnappées (assassinats,
accidents, ...); on estime que le nombre de 3.000 est probablement
proche de la réalité. Parmi les prisonniers les plus anciens, on
trouve les noms de José Farith Duque Silva, 53 ans, capturé par les
Farc en 1991, de Martha Ballole Romero Silva, 41 ans, capturée il y a 7
ans par l'ELN (une autre guérilla) et d'une demi-douzaine d'autres
personnes capturées il y a 5 à 6 ans. Toutes ces personnes n'ont pas
été capturées par les Farc. D'autres groupes de guérilla - par
exemple l'ELN, les paramilitaires d'extrème-droite et des bandes de
délinquants "traditionnels" pratiquent également le
kidnapping à grande échelle. Le nombre de prisonniers aux mains des
Farc est souvent estimé à un peu moins de 1.000
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