La détention d'Ingrid - sa libération 

La famille d'ingrid a-t-elle reçu dernièrement des nouvelles par les autorités Colombiennes et (ou) par les FARC ? Avez vous souvent des nouvelles d'elle ? Mélanie, est-ce que tu as l'espoir un jour de revoir ta mère vivante ? Comment savoir avec certitude qu'Ingrid est encore vivante ?

Armand : La dernière preuve "irréfutable" de la survie d'Ingrid est la vidéo transmise par les Farc en juillet 2002 - mais tournée en mai. Le 13 mars 2003, nous recevions via un email à un journaliste de l'AFP à Bogota un communiqué des Farc déclarant "qu'Ingrid était vivante et en bonne santé physique". Le communiqué était signé par Raul Reyes, un des dirigeants de la guérilla, et il est sans aucun doute authentique.

L'information est-elle exacte ? nous avons toutes les raisons de penser que oui, les Farc n'ayant aucun intérêt à transmettre une fausse information à ce sujet. Mais nous n'avons évidemment aucune preuve tangible - la famille d'Ingrid continue ses efforts pour obtenir cette preuve.

Comment pensez-vous qu'Ingrid Betancourt soit traitée chez les Farcs ? Est ce que le confort urbain lui manque ? A t elle été torturée?

Armand : Nous n'avons évidemment aucune information précise. Les témoignages de ceux qui ont été séquestrés et qui ont été libérés sont assez préoccupants : dans certains cas les conditions de détention étaient très dures. Une bonne partie de la région tenue par les Farc, où on pense qu'Ingrid pourrait être détenue, est une forêt très dense avec des marais, des fièvres, des serpents et d'autres dangers. Nous sommes donc très préoccupés par le sort qui est réservé otages en général. 

Néanmoins dans le cas d'Ingrid - et sans doute parce qu'à cause de sa notoriété elle constitue un otage "différent" ? - il y a des rumeurs qui paraissent fondées selon lesquelles elle serait détenue dans un endroit moins malsain, dans une région montagneuse, et que les guérilleros qui la gardent ont pour mission de "la protéger de tout - y compris des moustiques". Difficile d'en savoir plus.

Les farc ont donné des nouvelles d'Ingrid... En ont-ils donné de Clara ? Sait-on si elle est toujours aux côtés d'Ingrid ?

Mélanie et Fabrice : Les seules nouvelles que nous ayons reçues de Clara sont à travers la vidéo tournée le 15 mai 2002.

Les Farc ont évoqué à plusieurs reprises Ingrid dans différents communiqués mais depuis le 15 mai dernier, nous n´avons aucune preuve tangible de survie d´Ingrid et de Clara. 

Nous espérons de tout notre coeur que Clara et Ingrid sont ensemble pour pouvoir se soutenir l´une et l´autre. Nous voudrions ici souligner une nouvelle fois le courage infini de Clara qui, alors que les guérilleros au moment de l´enlèvement d´Ingrid lui avait dit de repartir, a voulu rester avec son amie.

Pourquoi les farc n'ont-ils pas réclamé de rançon pour Ingrid Betancourt ?

Liliana : Car Ingrid Betancourt fait partie d'un contingent de personnalités, dont plusieurs parlementaires, séquestrées par les FARC pour forcer le gouvernement ` négocier leur libération contre celle de centaines de guérilleros.

Des négociations sont-elles en cours ?

Armand : En ce moment (21 mars) il n'y a officiellement aucune négociation en cours. Dès son arrivée au pouvoir en août 02, le président Uribe avait marqué son opposition au principe de telles négociations. En décembre il a cependant modifié son attitude et a nommé une commission "exploratoire" composée de trois personnes dont on sait qu'elles ont sans doute la confiance des Farc. Une d'entre elles, Monseigneur Castro, était évêque de San Vincente del Caguan au moment où cette ville se trouvait dans la zone administrée officiellement par les Farc.

 Mais les Farc ont fait savoir qu'ils ne voulaient pas d'une "commission exploratoire", mais bien d'une négociation directe avec des représentants du gouvernement. En ce moment on en est là. 

Comme dans tous les cas de prises d'otage, la discrétion est obligatoire si on veut obtenir des résultats - il est donc possible - mais pas certain - que certaines négociations soient en cours pour avancer dans la voie d'un accord humanitaire qui permettrait la libération de prisonniers. En tout cas c'est ce qu'on espère.

Qu'est-ce que vous entendez par "accord humanitaire ?" 

Armand : Le terme "accord humanitaire" désigne le moyen qui est proposé par les familles des séquestrés (pas seulement Ingrid, mais aussi les autres) pour arriver à leur libération. 

Quel est le problème ?

Les Farc ne sont pas considérées par le gouvernement comme une armée "légale". Leur organisation a été mise par les Américains dans la liste des organisations "terroristes" - liste ratifiée immédiatement par le gouvernement Colombien, et après un certain temps aussi par l'Europe. Une des conséquences directes de cela est l'impossibilité d'organiser des négociations d'échanges de prisonniers telles que prévues par le traité de Genève - car "on ne négocie pas avec des terroristes".

Néanmoins le Droit Humanitaire international prévoit que même dans le cas d'organisations illégales (comme les Farc), il est permis de conclure des accords lorsqu'ils permettent de résoudre des problèmes "humanitaires" - par exemple la libération de prisonniers qui sont en mauvaise santé, ou dans des conditions de détention très difficiles. C'est sans doute le cas de la plupart des otages retenus par les Farc.

En conséquence un "accord humanitaire" permettrait de libérer Ingrid et les autres otages, sans pour autant reconnaître officiellement les Farc comme une armée "légale".

Les Farc veulent-ils dire la même chose que le gouvernement quand ils parlent de l'accord humanitaire ? 

Armand : En grandes lignes oui - mais si on examine les déclarations de chaque partie, on s'aperçoit que c'est beaucoup moins simple :

1. Type d'accord : l'État accepterait de négocier un accord humanitaire, tandis que la guérilla proposait initialement une loi d'échange permanent. Le gouvernement et l'armée sont réticents parce que cet accord risquerait de donner une espèce de statut officiel aux Farc 

2. Fin des kidnappings : Le gouvernement craint qu'un tel accord encourage de nouvelles prises d'otage. Des législateurs ont demandé que les guérilleros s'engagent à ne plus commettre de kidnappings, mais les Farc n'ont pas dit qu'ils accepteraient ce compromis. 

3. Participation de l'ONU : Uribe a insisté au début sur le fait que toute négociation avec la guérilla doit être faite par le biais de l'Organisation de Nations Unies (ONU), tandis que les Farc ont déclaré qu'ils voulaient un dialogue direct, sans aucun intermédiaire. 

4. Démilitarisation - Les Farc exigent que d'éventuelles négociations se passent en Colombie, dans une zone entièrement démilitarisée; mais Uribe rejette absolument cette possibilité. 

5. Qui doit être libéré ? - Le gouvernement veut la libération de tous les civils, militaires et policiers au pouvoir des Farc (environ un millier de personnes), tandis que les Farc proposent de rendre la liberté à 47 fonctionnaires et à sous-officiers de la force publique et 24 politiciens, parmi lesquels Ingrid Betancourt. - Les Farc réclament la libération de tous leurs camarades emprisonnés, tandis que l'État indique que, pour des raisons humanitaires, ne sortiraient de prison que ceux qui n'ont pas commis de crimes contre l'humanité. 

6. Que faire des prisonniers libérés ? - Certains parlementaires proposent que les rebelles libérés soient envoyés dans un autre pays, "pour qu'ils ne continuent pas à commettre des délits en Colombie " (la France a fait des propositions concrètes dans ce sens) - Les Farc ont indiqué que leurs combattants en prison devaient être livrés dans le même lieu où seraient libérés les politiciens en leur pouvoir. 

7. Cessez le feu - Uribe avait conditionné la signature éventuelle de l'accord humanitaire à la cessation des hostilités par les Farc et le début de négociations de paix, ce qui n'est pas repris dans le communiqué des Farc.

Les Farcs ont-ils peur des réactions des gens s'ils la tuent ?

Daniel : Je crois que les FARC ont cessé, depuis bien longtemps, de se préoccuper du sentiment de la population à leur égard. Il semblerait qu'ils aient moins de 3% des Colombiens qui les soutiennent encore.

Les FARC tuent indifféremment dans toutes couches et  tous les niveaux de la population, y compris des pauvres pour lesquels ils disent lutter. 

Nous avons un exemple d'un leader de communautés afro-colombienne, très pauvres, dans une région assez inaccessible près de la frontière du Panama : il a été exécuté alors qu'il s'occupait de jeunes. Et bien que ces communautés aient fait vœux de non-violence et de neutralité face à tous les acteurs armés. Il semblerait que son exécution ait été provoquée par son action auprès des jeunes : il les détournait de leur éventuelle envie de rejoindre la guérilla. 

Bien sûr, les familles des victimes haïssent les responsables de ces crimes, mais ils n'ont aucune possibilité de se venger. Les FARC craignent par contre les paramilitaires qui représentent une force importante.


"Sur les traces d'Ingrid " : un projet de www.EducWeb.org