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Et
en Colombie,
que fait-on ?
Dans
le livre "la rage au coeur", I. Betancourt décrit la misère
de son pays et dénonce la drogue présente au quotidien. Qu'en pensent
les Colombiens ? que font-ils pour lutter contre ce fléau ?
Liliana
: Certains colombiens reconnaissent une grande part de vérité
dans les propos tenus par I. Betancourt mais beaucoup sont contrariés
par la façon dont Ingrid dépeint la situation. Le colombien a une
grande fierté et il lui est difficile d'entendre certaines vérités
lorsque celles ci sont révélées de façon aussi pertinente!
Ingrid Betancourt a vécu longtemps en
France et le regard qu'elle porte sur son pays est un regard empreint
d'une objectivité que ne peuvent avoir les colombiens qui ne voient
leur pays que de l'intérieur. Aussi, il semblerait qu'un grand nombre
de colombiens ait malheureusement mal perçu certains propos d'Ingrid
Betancourt. L'enthousiasme de l'auteur de "la rage au coeur" a
indisposé une partie de l' opinion publique colombienne qui n'était
peut être pas encore prête à entendre de telles révélations (tout
au moins de façon aussi franche).
D'autre part beaucoup de colombiens
semblent reprocher à Ingrid Betancourt d'avoir ainsi exposé la
situation de leur pays à l'opinion publique internationale! En
effet, dans la mentalité colombienne on considère encore que pour ce
qui relève des problèmes de politique intérieure, "le
linge sale doit se laver en famille".
Cette situation nous confirme que le
discours politique n'échappe pas à la règle en Colombie et qu'ici
comme ailleurs trop d'enthousiasme nuit parfois à la portée des idées.
Douloureuse leçon si il en est une.
Concernant la drogue, il ne faut pas
oublier toute l'ambiguïté qui règne à ce sujet.
En effet, rappelons nous pour exemple
qu'une ville comme Medellin à énormément profité à une certaine époque
de l'immense générosité de certains narco-trafiquants qui
redistribuaient dans des investissements publics une partie de leurs
profits.
Le peuple avait alors une grande
reconnaissance en ses "donateurs" (pour preuve les
images d'une foule en délire lors des funérailles de Pablo Escobar).
Tous ces faits sont encore très proches dans les mémoires. D'autre
part à ce jour le narco trafic fait toujours rêver. Comment ne pas se
laisser tenter par cet argent "facile" lorsqu'une réalité économique
extrêmement pénible vous atteint en même temps qu'une télévision de
plus en plus présente distille les images de rêves d'une société de
consommation. Lorsque la vie vous paraît sans futur, comment ne pas rêver
devant ces adultes qui sillonnent les routes dans des 4x4 flambants
neufs (appeler là bas "narco Toyota!). Même si vous savez que
cette vie risque d'être de courte durée du fait des risques auxquels
vous vous exposerez, un tel futur est tentant pour beaucoup de jeunes
sans avenir. Ainsi, le modèle du narco riche, dur mais également généreux
(pour limage qu'il donnera de lui) est encore bien présent.
Depuis
l'enlèvement d'Ingrid Betancourt, comment se comportent les Colombiens,
continuent-ils son combat ?
Daniel :
Hélas, il semble que seule une très petite minorité des Colombiens se
sentent concernés par le combat d’IB. La majorité soutient plutôt le
programme agressif du nouveau président Uribe dans sa lutte contre la guérilla.
La lutte d’IB contre la corruption est passée au second plan.
Mélanie et
Fabrice : Il faut savoir qu´en Colombie
la violence, la guerre, les attentats sont totalement banalisés. Les
chiffres sont effrayants, 36000 personnes meurent chaque année de
manière violente, et ce depuis plus de vingt ans. C´est un des pays les
plus dangereux du monde.
La population colombienne est en quelque sorte
anesthésiée par l´avalanche quotidienne de mauvaises nouvelles. Il faut
voir un journal télévisé en Colombie, 5 minutes pour les nouvelles
internationales, 10 minutes pour le sport et 20 minutes de crimes,
d´attentats, d´opérations militaires ou policières et cela tous les
jours samedi et dimanche compris!
Dans ce sinistre panorama, le cas d´Ingrid, de Clara et des otages
relève de la péripétie. Faute de moyens financiers de la part des
familles des otages, l´utilisation des médias est réduite à
l´actualité... et ce n´est pas tous les jours, hélas, que nous avons
des nouvelles des 3000 otages... enfin, le pouvoir politique, très lié
à certains journaux et radios, bâillonne autant que faire se peut les
voix de ceux qui prêchent en faveur du dialogue avec la guérilla,
influence américaine et "Plan Colombia" obligent. . .
Pourquoi
la justice n’intervient-elle pas pour lutter contre le trafic de drogue
?
Marie
: La justice colombienne tente d'intervenir contre le trafic des
drogues, mais elle doit faire face à des problèmes récurrents : la
corruption, l'intimidation et les menaces de mort et le manque de moyens
dont elle dispose.
Des magistrats ont été assassinés dans
cette lutte, d'autres contribuent à l'impunité.
La loi a instauré le principe de
"juges sans visage" c'est-à-dire de juges dont on ne connaît
pas l'identité pour essayer de limiter le danger qu'ils encourent
lorsqu'il jugent une affaire liée au trafic de drogue.
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