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La
corruption et les malheurs de la Colombie
Pourquoi la Colombie est-elle devenu un pays corrompu ?
et depuis
quand la corruption existe-t-elle à un tel niveau ?
Liliana
: La mort de Jorge Eliecer Gaitán assassiné à Bogotá le
9 avril 1948, a entraîné une violente insurrection populaire. La période
de guerre civile larvée (appelée «Violencia») qui s'ensuit fera près
de 200 000 morts en dix ans. Cette violence, qui se poursuivra sous
diverses formes, provoque la formation de mouvements de guérilla et
suscite un important exode rural, qui contribue à gonfler les
bidonvilles ceinturant les grandes agglomérations. En 1953, la Colombie
connaît l'un des rares coups d'État militaires de son histoire, avec
l'arrivée au pouvoir du général Rojas Pinilla. Pour s'opposer à son
régime populiste, les deux partis traditionnels s'allient et forment,
en 1958, un Front national qui prévoit l'alternance au pouvoir pendant
seize ans d'un président libéral et d'un conservateur. Depuis 1974,
libéraux et conservateurs continuent à assumer le pouvoir.
Les différences entre les deux partis le libéral laïque et social
qui s'oppose au conservateur plus traditionaliste et attaché à l'ordre
se sont peu à peu estompées, le recrutement se faisant dans la même
classe dirigeante. Aussi ces partis ont-ils réussi à surmonter leurs
divisions pour gérer le pays en commun pendant la période du Front
national, puis dans les années 1970. Ce monopole des partis
traditionnels a contribué à maintenir corruption et clientélisme.
Marie
: La Colombie comme beaucoup de pays latino-américains, est caractérisé
par les inégalités sociales. Une grande partie de la population ne
dispose pas de ressources pour faire face à ses besoins. L'État est
faible, le niveau d'imposition des hauts revenus ou des revenus autres que
ceux du travail est bas, donc l'État ne dispose pas des ressources
suffisantes. L'équipement public (écoles, hôpitaux etc.) est faible.
Les fonctionnaires et autres agents de l'état peu payés. La notion d'intérêt
général et de probité de l'État n'est pas vraiment majoritaire. La
corruption est donc un mal endémique. Mais depuis que le trafic de drogue
a amené à la création d'organisations criminelles puissantes avec des
rentrées financière énormes, la situation de corruption est devenue
plus importante encore.
Quelque contre-exemples quand
même. Bogota a connu trois administrations municipales successives dont
la probité est reconnue. La première administration d'Antanas Mockus,
puis celle de German Penalosa et actuellement l'administration Mockus II.
Les résultats sont directement visibles, travaux d'amélioration considérable
de l'espace public : parcs, équipements, rénovations et mise en œuvre
d'un (premier) système de transport efficace, le Transmillenium, des bus
articulés circulant en site propre.
La
corruption touche-t-elle l'église
?
Jorge
: Il est très difficile de répondre à une
telle question ......il existe en Colombie comme dans beaucoup de pays
de l'Amérique latine une connivence de l'église catholique avec le
pouvoir dès lors que celui représente à leurs yeux la continuité de
son pouvoir moral sur la société et du confort acquis depuis la
colonie espagnole.
En Colombie en particulier la tendance de
l'église catholique est une de plus conservatrice de l'Amérique
latine, et a été associée comme en ce moment aux pires décisions de
ses gouvernants (amnistie pour les paramilitaires, états d'exceptions,
délations) en soutenant ouvertement la guerre qui sévit actuellement
en Colombie.
Il existent aussi des femmes et des
hommes de cette église colombienne qui ont su se démarquer et
beaucoup d'entre eux ont payé de leur vie le courage de dénoncer les
acteurs de la corruption dans le pays.
Donc je dirai, qu'il pourrait exister une corruption par omission ou par
soumission de certains secteurs de l'église en Colombie.
Daniel
: Difficile à dire. Personnellement je ne
connais pas d'histoire de corruption impliquant l'Église en Colombie.
Elle a une bonne réputation et est assez respectée. Par ailleurs, on
peut se demander ce qu'on peut gagner à corrompre un de ses représentants.
En principe, les prêtres sont plus à
l'abri des violences que d'autres qui travaillent sur des terrains
parfois dangereux. Mais ce n'est pas une garantie. Ainsi l'Évêque de
Zipaquira, président de la Conférence Épiscopale de l'Amérique Latine
Jorge Enrique Jiménez, fut enlevé en novembre 2002 (et
libéré par l'armée peu après) et l'Évêque de Cali a été assassiné
dans la même année.
Autre remarque : l'Église colombienne se
pose des questions sur son "efficacité ". En effet, les
Colombiens sont très croyants et suivent donc, le plus souvent, un
enseignement religieux traditionnel, qui devrait donc logiquement les
conduire au respect de l'autre, à la non-violence etc.
Liliana
: La corruption a percé toutes les couches du pays et l'église n'échappe
pas à la règle. Nous ne pouvons pas dire
précisément que l'église soit totalement corrompue mais il
existe en effet quelques secteurs qui le sont..
Plusieurs fois ont été évoqués des
liens ambigus entre l'église, les narcotrafiquants et la guérilla,
mais il ne faut pas oublier que plusieurs membres de l'église (curés, évêques
etc.) ont été assassinés pour leurs prises de positions et
pour avoir dénoncé la corruption.
Quelques chiffres : Le coût de la
corruption en Colombie s'élève à 2600 millions de dollars par an, ce
chiffre équivaut au 60 % de la dette extérieur du pays. À cause de la
corruption (état et privée), la Colombie perd chaque année des fonds
considérables qui pourraient êtres destinés aux programmes sociaux.
Y a-t-il d’autres pays où l’on vit la même situation
?
Marie
: Certains pays connaissent des problèmes similaires à ceux que
rencontre la Colombie. Le Pérou par exemple est un pays où les inégalités
sociales et la violence sont aussi présentes, même si la guérilla armée,
"le sentier lumineux" d'inspiration maoïste a été combattue
par le Président Fujimori. Ce Président, qui s'est réfugié au Japon,
est poursuivi pour corruption et des énormes affaires, dont complicité
dans le trafic de drogues.
Le Guatemala et le Salvador ont connu des
périodes de répression féroces, avec des groupes paramilitaires
d'extrême droite. Le Mexique est aujourd'hui le siège des mafias qui
contrôlent le trafic de drogue.
Ce que peu de pays ont connu c'est
l'assassinat, depuis les années 80 des dirigeant syndicaux, politiques,
indiens, de magistrats, journalistes, policiers, tel que la Colombie l'a
connu. Une ou deux générations de leaders ou d'acteurs importants pour
assurer un changement politique et social ont disparu, sans doute aussi
les meilleurs : de Antonio Navarro (ex dirigeant de la guérilla M19, venu
à la vie politique, à Luis Carlos Galan, candidat à la Présidence ou
Lara Bonilla ministre de la justice ou Cano, directeur du journal El
Espectador), pour n'en citer que quelques uns. Il se battaient tous contre
la corruption et le trafic de drogues, pour le changement social, les droits
syndicaux et ceux des indiens; ils l'ont payé de leur vie. C'est aussi cela le
courage du peuple colombien.
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