Dans un discours remarqué lors d'une conférence internationale le mois dernier, le Président Uribe avait invité Washington à monter une interposition militaire en Colombie, égale en ressources déployées à celle qui se prépare actuellement contre l'Irak.
"Je crois que le narcotrafic et le terrorisme en Colombie sont plus sérieux à moyen et à long terme pour la stabilité démocratique du monde que le conflit de l'Irak," avait-il déclaré.
Cette intervention pour une présence militaire importante des USA dans la région est significative. La Colombie est déjà le troisième plus grand récipiendaire d'aide militaire des USA, avec environ 2 milliards de dollars sous forme d'un programme militaire lancé par l'administration Clinton, en apparence pour combattre la production de cocaïne dans le pays. L'administration Bush a depuis lors indiqué que cette intervention
faisait partie de sa "guerre mondiale sur le terrorisme." Elle a explicitement permis l'utilisation de l'aide militaire des USA pour combattre les deux mouvements colombiens de
guérilla : les Farc et l'Eln.
Le mois dernier, le Pentagone a envoyé un contingent de troupes spéciales dans la province d'Arauca, un des régions les plus violentes du pays. La mission de cette nouvelle unité sera de protéger l'oléoduc Cano-Limon d'Occidental Petroleum contre les attaques de la guérilla.
Des bérets verts forment les troupes colombiennes non seulement pour garder la canalisation, mais aussi pour les aider à détecter l'emplacement de la
guérilla. En d'autres termes, ils enseigneront le même genre de tactique qui a été utilisées au Vietnam, au Salvador et ailleurs, avec des résultats catastrophiques pour la population civile. La Colombie est le septième plus grand exportateur de pétrole brut aux USA, et on pense qu'il
recèle une des plus grandes réserves inexploitées de pétrole dans le monde.
Étant donné la menace pour les approvisionnements créée par la
probabilité de guerre dans le golfe Persique, ainsi que les effets de la grève des employeurs au Venezuela, le
pétrole sortant de Colombie vient à point nommé pour essayer de maintenir les prix.
Cette semaine, Uribe a annoncé des propositions pour renforcer la présence militaire colombienne dans la province, ainsi que la nomination d'un nouveau gouverneur, un colonel retraité de l'armée.
Le ministre de la défense Marta Lucia Ramirez a dévoilé ses plans pour une augmentation dramatique de la taille des forces armées de la Colombie. Ce plan inclut la création de 11 nouvelles brigades mobiles, le renforcement de l'appareillage d'intelligence militaire et l'addition de 10.000 nouveaux membres à la police nationale. Environ 35.000 soldats
supplémentaires iraient augmenter les rangs de l'armée.
En attendant, Uribe a proposé le recrutement d'un vaste réseau d'informateurs qui
devrait comprendre 1,5 millions de
Colombiens. Les militaires ont essayé de lancer ce programme dans les zones du conflit en exerçant des pressions sur des écoliers et en utilisant
parfois la menace. Le gouvernement a également proposé le recrutement d'au moins 15.000 "soldats ruraux" pour effectuer des activités de surveillance dans les secteurs ruraux.
Les "négociations" récemment lancées entre le gouvernement et les paramilitaires
d'extrème-droite de l'AUC sont largement considérées comme un moyen de légaliser et de réorganiser ces éléments pour les intégrer dans cette nouvelle force de défense.
L'AUC fonctionne comme une force auxiliaire de répression, et fonctionne en collaboration étroite avec les militaires, tout en recevant une aide financière importante des
trafiquants de drogue et de l'oligarchie colombienne. Les groupes de défense des droits de l'homme ont estimé que l'AUC est responsable de plus de 80 pour cent des morts civiles en Colombie. Ses pelotons de la mort visent non seulement ceux qui sont suspectés de sympathiser avec les guérilleros, mais également des syndicalistes, des avocats défenseurs des droits de l'homme et des responsables d'action rurale et sociale. L'année dernière, plus de 8.000 assassinats de ce genre ont été enregistrés en Colombie. 75 pour cent des assassinats de leaders syndicaux dans le monde se produisent en Colombie - 150 l'année dernière.
L'Auc a proclamé une "trêve" comme condition préalable pour les entretiens avec le gouvernement, mais elle a continué ces massacres, y compris le massacre récent de 11 agriculteurs dans la province d'Antioquia.
Tandis que le département d'état des USA déclarait l'AUC était une organisation terroriste et demandait officiellement l'extradition de deux de ses principaux dirigeants, Washington dans la pratique fermait les
yeux sur la collaboration étroite entre l'armée et ces escadrons de la mort.
La politique économique du gouvernement va dans la même ligne. Pour réduire le déficit de l'état - créé entre autres
par les dépenses militaires - 40.000 employés du secteur
public vont être licenciés, et les services sociaux vont être réduits. Parmi les agences qui vont disparaître se trouve le Service National Géographique chargé de faire l'inventaire des ressources minérales du pays; cette tâche sera donc complètement laissée
entre les mains de l'Occidental Petroleum et autres compagnies étrangères.
La réforme fiscale qui se met en place va sans doute être appréciée par la minorité riche du pays, tandis que l'augmentation de la taxe commerciale sur le carburant et le
transport et la restructuration du régime de pension va toucher directement les plus pauvres. Quant à la législation sociale, elle va geler les salaires et porter à 16 heures par jour la durée admise de travail.
Les risques apportés par la demande du président pour une intervention américaine sont peut-être moins importants que ceux d'une éventuelle explosion sociale dans le pays.
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