Les FARC vont tranquillement laisser passer la tornade d’Uribe Velez...

 25 août 2003

(Merci à Angélique pour cette première traduction, non-encore corrigée. 
Une version plus définitive sera mise en ligne bientôt)

Plotter, le guérillero le plus important qui a abandonné les armes, parle de la stratégie actuelle des FARC et évalue l’efficacité de la politique de sécurité.

Carlos Alberto Plotter parle des Farc comme s’il était encore guérillero. Pendant dix ans il a poursuivi le rêve d’instaurer par les armes un socialisme à la colombienne avec la même conviction que maintenant il sait que ce n’est plus avec lui. Il a été déçu car il croit que les narcotrafiquants et un militarisme excessif ont fait perdre à la guérilla le chemin politique qui l’a séduit à 21 ans, quand il était étudiant à l’Université Nationale. Semana a parcouru avec Plotter les entrailles des Farc aujourd’hui. Voici l’interview éditée.

Semana : Comment ont évoluées les Farc pendant les 10 ans où vous avez milité ?

Carlos Alberto Plotter : Il y a eu des progrès dans le domaine militaire. Je me suis engagé avec une carabine M2 et actuellement celui qui s’engage le fait avec un fusil AK ou un Gal il. Maintenant il y a une couverture en armes pour tout le monde. Quand je suis entré c’était la typique guérilla qui mord et qui fuit. C’était l’embuscade, de petites actions qui représentaient des triomphes et donnaient des garanties de mobilité. On ouvrait la voie à la phase opérationnelle.

Semana : Qu’est-ce que cela veut dire ?

C.A.P. : C’est le mouvement d’une grande quantité d’hommes pour attaquer de grandes unités. La première action opérationnelle est la prise de la base de communications de Girasoles qui est un parallèle à la prise de Casa Verde par l’Armée. La confirmation que la guérilla avait les capacités d’attaquer de grands objectifs fut Las Delicias, des années après.

Semana : Comment ont-elles réussi à faire le saut ?

C.A.P. : Dans les Farc on obéit toujours à un plan stratégique que donne le marxisme. Grâce aux analyses marxistes nous créons des couloirs de mobilité, nous communiquons entre les fronts, nous pouvons prendre des hommes de certaines zones pour les mettre dans d’autres.

Semana : Comment cela a-t-il affecté la routine ?

C.A.P. : On ne s’engage plus sur un front mais dans une organisation. On peut s’engager dans la zone désertique de Sumapas et on doit aller se battre à Mitu. On ne peut plus prendre racine car on devient une pièce en mouvement. On se déracine de sa région, de ses attaches. Cela a eu des conséquences sur l’aspect politique qu’elles paient maintenant dans le domaine militaire.

Semana : De quelle manière ?

C.A.P. : Lors de l’attaque de Las Delicias, La Carpa et le Billar les FARC ont dit : « Si on peut le faire là, pourquoi ne peut-on pas faire mieux en trois blocs ? ». Alors on donne l’ordre de former les colonnes mobiles. A chaque front il y a une arrière-garde où l’on peut aller se reposer, où l’on peut monter un hôpital de guerre, etc.… Là une partie de la guérilla se concentre et on fait un travail politique ou militaire dans le périmètre. Pour former les colonnes mobiles il a fallu prendre du personnel de ces zones et nous y avons perdu de l’influence au profit des paramilitaires. Uraba fut un cas concret. Dans la zone orientale d’Antioquia, il s’est produit la même chose : on a pris des gens pour faire les actions opérationnelles à Caldas, dans la partie d’Antioquia et on a négligé la zone d’Alejandria, Barbosa et cela a permis le libre-accès dans cette région aux paramilitaires.

Semana : Que cela a-t-il changé dans le domaine politique ?

C.A.P. : Les Farc n’ont pas perdu leur caractéristique de guérilla agraire. Mais à ce moment là des secteurs des universités se sont ajoutés ce qui d’une certaine façon a aidé à donner une plus grande mobilité politique. L’état major central a plus de personnes de la ville qu’à d’autres époques.

Semana : Qu’a signifié le processus de paix pour les Farc ?

C.A.P. : Alfonso Cano l’a établi selon que l’impérialisme et l’oligarchie sont stupides et que quand nous aurons une période de léthargie nous irons à la guerre. Le processus de paix fut un processus tactique. La zone de distension a aidé à développer, paradoxalement, le plan des Farc : il a rapproché l’arrière-garde stratégique du centre de déploiement.

Semana : Pourquoi ainsi ?

C.A.P. : L’arrière-garde est un lieu où l’on peut récupérer des forces. Et le centre de déploiement est l’axe central d’un mouvement stratégique. La stratégie quelle est-elle ? La prise de pouvoir. Le pouvoir où est-il ? A Bogota. La dégagement a rendu possible que cette arrière-garde, qui était à Chiribiquete, à Macarena, se rapproche du centre de déploiement.

Semana : Alors il n’y avait pas de vrai projet de paix ?

C.A.P. : Les Farc voient la paix comme une carence de besoins, et la carence de besoins aura lieu quand l’inégalité sociale aura disparu. Et l’inégalité sociale prend fin avec une révolution. C’est à dire que la paix s’obtient par une révolution. La paix n’est pas toujours l’abandon des armes.

Semana : Comment la fin du processus de paix a-t-elle été vécue ?

C.A.P. : Il y avait deux conceptions : une de la zone de distension comme le lieu de l’embourgeoisement de certaine qualité et quantité de guérilla. Quelqu’un qui était extérieur disait : « Pourquoi allons-nous continuer à nous battre dans la montagne alors qu’ils sont ici tranquilles ? »

Semana : Et pour le haut commandement qu’est-ce que rompre a signifié ?

C.A.P. : Dans la zone on a obtenu une vision internationale et nationale où on verrait les Farc comme une force capable de faire des transformations dans le pays. On a réussi à créer des écoles de spécialités. Plus de 70 pour cent des commandants, officiers moyens et d’autres, nous avons reçu à Caguan une formation en infirmerie, artillerie, maniement de l’économie.

Semana : Avec des conseillers internationaux ?

C.A.P. : S’il y a des gens qui connaissent la guerre de guérilla c’est l’Armée et la guérilla colombienne. Je n’ai pas vu de conseillers étrangers.

Semana : Quelle incidence ont eu les narcotrafiquants sur les Farc ?

C.A.P. : Il y a une supplantation de la morale. La morale combative es celle qui pousse quelqu’un au sacrifice, au don de sa vie au bénéfice d’une beau projet : la révolution. Et quand quelqu’un au milieu a de l’argent, la morale n’est plus la même. La morale est d’en accumuler plus.

Semana : En quoi cela se reflète-t-il ?

C.A.P. : La composition des gens a beaucoup varié. Il n’y a plus de combat offensif pour la prise du pouvoir mais un combat défensif pour la protection des zone. Le représentation de l’opération peut être la même mais la conception du pourquoi change. Je le fais pour accélérer la prise du pouvoir et instaurer le socialisme ? Ou je le fais pour protéger le laboratoire ?

Semana : Ca les éloigne du projet de prendre le pouvoir ?

C.A.P : Les Farc bien sûr veulent prendre le pouvoir. Beaucoup sont convaincus que la prise du pouvoir est possible pour la transformation des relations de productions. Mais il y en a d’autres, voyant leur milieu social différent, ont acquis dans les Farc une arme et un uniforme, ce qui leur donne du prestige sur leur congénères de village, et puis on leur a donné un commandement et ils ont acquis un pouvoir économique. Et ils ne veulent pas respecter le plan stratégique qui implique la mobilité. Si je pars d’ici je ne perçois plus d’argent pour la surveillance des pistes, des laboratoires ou quoi que ce soit.

Semana : Est-ce qu’il est si certain qu’aujourd’hui le commandant guérillero est un trafiquant ?

C.A.P. : Dans les Farc, il y des variations. Dans les Blocs Caribe et Jose Maria Cordoba, par exemple, comme il n’y a pas d'impact de l’argent de la culture de drogues, on doit faire durer les budgets. Par contre dans le Bloc Oriental et dans le Bloc Sud, les gens ont leur sac d’argent avec eux. Et oui ici on voit qu’il y a des goûts proches des perspectives des narcotrafiquants.

Semana : Où est le sommet du pouvoir des Farc ?

C.A.P. : Il est à l’état major central, qui est le dernier à décider. Les Blocs Sud et Oriental ont une forte influence car c’est sur eux que retombe le gros du poids du déploiement stratégique. L’Oriental a donné des ressources à tous les blocs, et parfois il envoie de l’armement et des renforts en hommes. C’est pour cela qu’il a une grande influence.

Semana : Que pensaient-elles d’Uribe ?

C.A.P. : Les Farc n’ont pas fourni tant d’acharnement dans les élections. Elles venaient de passer une période de paix pendant laquelle il y eut une accumulation de forces, une accumulation politique et où elles ont obtenu certaines avancées tactiques et il y avait besoin d’un processus qui accentuerait les contradictions. Et on a pensé que ça se ferait avec Uribe. On espérait qu’avec les zones de réhabilitation il frapperait les individus, qu’avec sa conception néo-libérale il allait continuer à renvoyer des gens et que tout ceci servirait le développement insurrectionnel. Mais bien qu’Uribe ait une marge très faible entre autorité et autoritarisme, la population l’approuve à plus de 50 pour cent. Alors les contradictions se sont accentuées mais ça n’a pas servi le développement du plan.

Semana : Ca les oblige à revoir leur stratégie ?

C.A.P. : Quand Uribe est arrivé l’orientation que l’on a donné fut celle de continuer les activités opérationnelles. Uribe arrive et il y a une plus forte présence de l’ennemi. Le ’Mono’ dit : « Plus il y a d’homme qui arrivent pour nous combattre, plus il y a de cibles. » Nous avons pensé que comme nous étions dans la phase opérationnelle nous déploierions 200, 500 hommes et nous arrêterions l’opération. Il est survenu une usure physique pour les combattants, une usure du matériel de guerre et comme ils couvraient les routes nous ne pouvions pas réapprovisionner les gens en munitions. On n’a pas pu continuer la phase opérationnelle et on s’est dit replions nous tactiquement et n’en faisons pas les frais, que ce soit l’Etat qui le fasse. Nous sommes restés là, tranquilles, calmes, en conservant nos forces.

Semana : Le repli consiste à remettre le poncho (vêtement typique des paysans colombiens) ?

C.A.P. : Non, le moment du travail des masses est arrivé. De recruter des gens et de faire du porte à porte.

Semana : Combien de temps peuvent-elles se replier dans subir de dommages ?

C.A.P. : Même si le coût de la phase opérationnelle est élevé il y a aussi des bénéfices: un contrôle du territoire par un plus grande dispersion dans la zone et une présence dans les masses.

Semana : Mais si la politique de l’Etat est de récupérer le contrôle territorial il n’est pas si évident qu ‘elles puissent maintenir le contrôle de la zone.

C.A.P. : Le soldat paysan est dans le centre ville comme l’est la police. Il y a des cas comme à Cocorna où se trouve la police mais on peut y descendre en guérillero et même presque en uniforme. Je descendais jusqu’à Cocorna et la police restait dans le cadre de la place. Le véritable contrôle territorial se fait avec des opérations permanentes dans les zones, des patrouilles, une relation réelle avec la population civile. Le contrôle qui se fait dans le centre ville consiste à ne pas permettre que les vivres n’arrivent, contrôler quelques routes d’accès d’économie, de logistique, de santé.

Semana : Alors êtes-vous d’accord avec Joaquin Villalobos sur le fait que les Farc perdent peu à peu ?

C.A.P. : Parce que les opérations militaires que l’on fait aujourd’hui dans les zones sont permanentes. Avant l’Armée y allait huit jours et repartait et nous revenions. Maintenant il se passe un moi, deux mois, trois mois et l’opération ne s’arrête pas. Si l’opération dure longtemps ils nous isolent de la population civile, le lien avec les masses se rompt. Il est arrivé qu’ils nous ont isolés des territoires que nous contrôlions, ils nous ont repoussés vers l’arrière-garde, vers la foret voyons !

Semana : Les bataillons de haute-montagne représentent-ils un coup ?

C.A.P. : Un bataillon de haute-montagne ferme un couloir de mobilité à un endroit donc nous passons ailleurs. Ce qui a vraiment fait du mal au Farc ce sont les opérations et la mobilité de l’Armée. Maintenant on vit tendu tout le temps. Avec Pastrana il y a un an et demi nous nous battions deux fois maintenant presque tous les jours.

Semana : Et comment ça les affecte ?

C.A.P. : La tension psychologique, perdre des troupes, car on établit des liens familiales avec les garçons, et aussi la responsabilité face à ses supérieurs. Maintenant même pour aller faire ses besoins on y va avec le fusil.

Semana : Est-ce que ça les affecterait si on capturait ou tuait un membre du Secrétariat ?

C.A.P. : On glorifierait la vie de combattant du camarade et le plan continuerait.

Semana : Les désertions ont-elles un impact ?

C.A.P. : C’est dur pour les masses et pour la troupe même. Si celui-là est parti alors qu’il était commandant et qu’il avait accès à je ne sais quoi, alors pourquoi pas nous.

Semana : Cette fatigue de la guerre, les commandants aussi la ressentent ?

C.A.P. : On ne s’habitue pas à la vie dans la montagne, on se résigne. Ils ont aussi des regrets mais ça ne veut pas dire qu’ils vont se rendre. Aucun des chefs ne va aller se rendre à l’Etat pour qu’il le condamne à 50 de prison et pour qu’on le montre comme la partie faible pour avoir de l’influence sur des milliers d’hommes.

Semana : Qu’est-ce que le Parti Communiste clandestin ?

C.A.P. : Quand le Parti Communiste légal n’est pas devenu révolutionnaire mais réformiste, il y eut une rupture politique. Alors les Farc ont dit, « nous allons fonder un parti pour la guerre » et le Parti Communiste clandestin fut créé, et il est beaucoup plus important que le Parti Communiste légal.

Semana : Ils sont miliciens ?

C.A.P. : Tous ceux qui sont organisés dans les Farc font partie du parti. Mais il y a des gens du parti qui se chargent des travaux politiques, idéologiques, d’éducation. Les milices ‘bolivariennes’ sont des personnes qui ont une famille, qui travaille, étudie, et qui donne aussi un peu de temps à la partie armée.

Semana : Que signifie pour les Farc l’accord de démobilisation des AUC ?

C.A.P. : A Uraba, il est indiscutable que le front 5, le 34 se projettent vers l’axe bananier et il est indiscutable que le 18 est revenu dans sa zone à Cordoba. Les Farc ont gagné à Paramillo. Les paramilitaires voient que les Farc leur gagnent du terrain. Que font-ils alors ? Ils campent dans leur arrière-garde avec un cordon de sécurité de l’Armée. Ainsi ils vont protéger leur fusils et leur territoire. S’il y avait une persécution et une sanction sur les entités et les hommes qui promeuvent le para militarisme comme politique de l’Etat ce serait autre chose.

Semana : Pourquoi tout ce qui concerne l’échange est une grande priorité ?

C.A.P. : Les Farc sacrifient des hommes pour la surveillance des prisonniers. Sur le terrain politique c’est aussi important car on fait la différence entre un prisonnier de guerre et un simple délinquant. L’autre bénéfice c’est qu’il y a quelques cadres qui sortent pour la confrontation. Il y a aussi une préoccupation humanitaire. La séance plénière de 2000 a dit à Marulanda : « Camarade, chargez-vous du processus d’échange humanitaire ». Et lui il est comme Uribe : si minutieux et si expansif qu’on peut faire les choses, que l’on va avancer dans l’échange.

Semana : En vous écoutant il semblerait que les Farc aient un régime plus démocratique et moins basé sur la terreur.

C.A.P. : Il y a des espaces démocratiques où on peut dire et s’exprimer. Mais il y a une discipline de fer de l’autorité où on sanctionne jusqu’à la peine de mort. Et ça maintient l’unité. Car si on formait tous les guérilleros du pays et que ‘Marulanda’ disait « ceux qui veulent partir sans qu’il n’y ait de sanction, qu’ils partent », l’immense majorité partirait.

Semana : Comment expliquez-vous ça ?

C.A.P. : A cause du manque de moral, de l’abandon de quelques principes car tout ce que veut la Farc est très beau mais la pratique est très laide.

Semana : Dans quel sens ?

C.A.P : Dans les zones, il y a un déplacement massif à cause de la confrontation. A part ça on dit aux gens : on s’organise et on s’en va. Et s’organiser c’est intégrer le Parti Communiste clandestin, intégrer les milices ‘bolivariennes’, intégrer la guérilla.

Semana: C’est pour cela que vous avez déserté?

C.A.P.: Ce fut une accumulation. Je disais toujours que la population civile on ne lui donne pas d’ordre on la conquiert. Le second point c’est que l’on m’a enseigné que pour faire un plan militaire il fallait d’abord le soutenir politiquement. Mais par exemple, avec l’action de Dosquebradas, à San Carlos, qui s’est faite en représailles à un massacre des paramilitaires, on a discuté comment on allait faire et quelles implications cela aurait. Mais quand j’ai su qu’on avait envoyé des garçons et que l’ordre avait été que celui qui bougeait il fallait le tuer. Ce fut un massacre. Quand l’événement fut passé on m’a dit : « Plotter, fais un document pour ça ». En janvier j’ai fait des déclarations pour la télévision en justifiant les faits et je me suis senti mal.

Semana: Ca a favorisé votre décision?

C.A.P.: Une accumulation de choses comme celles-ci qui allaient contre les principes élémentaires du pourquoi j’ai intégré la guérilla. Ce n’était pas la guérilla communiste que j’avais intégré. Maintenant il y a des questions individualistes.

Semana: C’est à dire?

C.A.P.: Des officiers moyens qui gardent de l’argent pour leur intérêt personnel. Non pas pour avoir énormément de bien mais ils ont une montre ou une télévision que les autres garçons ne peuvent pas avoir. Il y a des gens qui dorment dans des tentes en caoutchouc mais il y a des officiers moyens qui ont indépendamment une tente avec une bonne toile. Dans d’autres fronts certains ont dit que j’avais construit une maison.

Semana: Quelle autonomie a un commandant de front?

C.A.P.: Dans la structure militaire on obéit aux ordres mais il y a un espace démocratique qui est la réunion du parti. Ensuite dans l’assemblée tous les combattants du front se réunissent et on parle de la réalisation du plan, des erreurs commises. Et c’est la conférence où vont de droit l’état major central et des représentants par front, élus dans une assemblée du front. C’est la plus grande instance.

Semana: Si elle est tant unifiée, pourquoi ont-ils eu besoin d’un mois pour vérifier s’ils avaient posé la bombe de El Nogal?

C.A.P.: Avant il fallait aller au Secrétariat pour expliquer les plans militaires et quand l’autorisation arrivait les conditions étaient déjà différentes. Ca s’est résolu avec les blocs. Mais il existe un excès de militarisme dans les Farc, on exécute une action sans avoir fait d’abord un bilan politique. Ce qui s’est passé dans les Farc c’est que comme cela est empêché, car la partie politique diminue, on exécute la partie militaire et ensuite on cherche le soutien politique du pourquoi on l’a fait. Alors il faut consulter qui l’a fait, pourquoi on l’a fait et là ça tarde un mois.

Semana: C’est à dire qu’une action comme El Nogal a pu être décidée sans consulter le Secrétariat ?

C.A.P.: Ca a pu avoir lieu car il y a la pression de la réalisation de certaines taches, et ça devient urgent. Alors parfois on exécute des choses drastiques pour pouvoir réaliser le plan. Mais je doute énormément que la guérilla ait mis cette bombe à cause de la capacité d’intelligence que requiert ce qui s’est passé à El Nogal.

Semana: Et qu’on ait trompé des gens pour les utiliser comme hommes bombe?

C.A.P.: Je ne dis pas que ça s’est fait mais que ça a pu avoir lieu car il y a un plan et soudainement le commandement n’a pas su pas comment l’exécuter et il a embobiné quelqu’un et il l’a pousse à le réaliser.

Semana: Il semble que les Farc ne se préoccupent pas de ce que l’on pense de se actions. Est-ce qu’il y a quelque chose qui les inquiète ?

C.A.P.: Les Farc sont préoccupées par leur statut de belligérant et à cause de ça la partie internationale les inquiète. C’est si important qu’elles ont demandé un espace dans le groupe de Rio pour faire quelques déchargements.

Semana: Et la résistance civile?

C.A.P.: Disons que la marche du 20 juillet avec les drapeaux, qui aident l’Armée, ça ne les inquiète pas car ils sont manipulés par l’oligarchie. Dans la zone oui ce que font les paysans ou les masses les inquiètent.

Semana: Quoi d’autre fait réfléchir les Farc?

C.A.P.: Elle se moquent un peu qu’on les voit comme un groupe narco-terroriste, mais elles se préoccupent des termes qui se réfèrent à elle surtout pour le statut de belligérant.

Semana: Pourquoi ce statut de belligérant les préoccupe?

C.A.P.: Les Farc veulent prendre le pays. Mais si le plan stratégique ne fonctionne pas, comme ils disent là-bas, « Si le plan A ne réussit pas, on passe au plan B », on peut faire un gouvernement indépendant dans la région Orientale et « Amazonie ». Et ils peuvent avoir leur représentation internationales.

Semana: Que pensez-vous pour les prochaines années?

C.A.P.: La guérilla va se retirer vers ses zones. Elle va s’amplifier accumuler politiquement en faisant du porte à porte. Elle va se réserver en termes de logistique et elle va passer l’orage d’Uribe Vélez très tranquillement. Mais si l’Armée lui donne du fil à retordre dans une opération militaire elle va rassembler ses forces et elle va se battre.

Semana: Est-ce que vous croyez qu’avec Uribe il y aura un processus de paix?

C.A.P.: Je crois qu’avec Uribe il n’y aura pas de processus de paix. Avec le gouvernement suivant, oui.

Semana: Comment analysez-vous votre vie?

C.A.P.: Le peuple colombien a deux visages: il veut héberger celui qui sort du conflit mais il ne lui pardonne pas certaines attitudes.

Semana: Et des sentiments de culpabilité?

C.A.P.: Mon intégration, ma permanence dans la guérilla, mes activités, j’y ai pensé tout le temps, que chaque pas, chaque tir allait servir à la construction d’un pays différent.

Semana: Vous ne vous repentez pas , par exemple, d’avoir mis des soldats dans la situation dans laquelle ils étaient?

C.A.P.: J’étais immergé dans le monde des ordres et du coût – bénéfice des activités militaires. On ne peut pas dire que je me repente de ce que j’ai fait car la guerre est toujours inhumaine. J’ai une paix intérieure car je sens que ce que j’ai fait je devais le faire et que je suis parti quand la théorie et la pratique ne coïncidaient plus avec ce que je pensais ; la guerre ne se fait plus avec moi.

Semana: Et comment espérez-vous que la société réagisse face à vous?

C.A.P.: Pas seulement face à moi mais face à tous ceux qui choisissent de se retirer du conflit. On se désarme de l’esprit, de la conscience, du cœur et de la matière ; j’espère que la société aussi se désarme et qu ‘elle donne une possibilité de réinsertion aux ex-combattants. Qu’elle leur donne la possibilité d’être des hommes.


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