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Cachorro, Elisabel et Luzenith, guérilleros colombiens
REPORTAGECHRISTINE RENAUDAT Dans son campement, tous l'appellent Cachorro, « jeune chiot ». Absorbé par le nettoyage minutieux de son AK 47, il lève à peine son regard d'enfant pour expliquer qu'il a 15 ans et qu'il vient de rejoindre les rangs de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). Ses autres compagnons d'armes pouffent de rire en grillant une cigarette. Cachorro est né dans la guérilla, lâche l'un d'entre eux. Dans ce campement rebelle, installé dans une région montagneuse du centre du pays, la majorité des combattants sont à peine plus âgés que Cachorro. Visages juvéniles sous le béret kaki des Farc, la cinquantaine d'adolescents se plie aux aboiements du commandant « Jimy ». Et un et deux et trois et quatre. Pompes à 4 h 30 du matin, entraînement au tir dans la journée, tour de garde vers midi, corvée de repas et, de temps en temps, l'ordre d'une attaque qui tombe, contre un village proche, un convoi militaire, ou un relais électrique. Elisabel, qui fait son paquetage sur un lit de bambou improvisé, est déjà rompue à ces exercices de guerre. Je suis entrée dans la guérilla il y a sept ans. J'en avais 10. J'ai vu toutes sortes de choses, mais on finit par s'habituer à combattre, raconte-t-elle en se maquillant devant un petit miroir ébréché, avant de dégainer le revolver accroché à la ceinture de son uniforme. Tous ici ont déjà utilisé cette arme. Barda sur le dos, elle s'apprête à partir faire son tour de garde dans la forêt dense qui entoure le camp. Un groupe de jeunes guérilleros fabrique, avec une scie, des boulons et un peu de poudre, des mines antipersonnel qui seront laissées derrière eux pour se protéger de l'armée. Comme eux, plus de 7.000 enfants colombiens combattent dans les groupes armés illégaux : dans les Farc (17.000 combattants), mais aussi l'Armée de libération nationale (ELN, d'inspiration castriste, 4.000 soldats) et Autodéfenses unies de Colombie (AUC, paramilitaires d'extrême droite, 10.000 hommes). Et même s'ils s'en défendent, une grande partie de ces jeunes combattants n'ont pas les 15 ans requis par la Convention de Genève pour pouvoir p·orter les armes. Selon l'Unicef, près de 15 % des enfants soldats colombiens auraient été enrôlés de force. Mais pour beaucoup, l'entrée dans la guérilla et les « paras » représente une autre vie… Les groupes armés recrutent dans les villages ou les quartiers pauvres des grandes villes où beaucoup de jeunes savent qu'ils ne pourront pas sortir de la misère. La promesse de plusieurs repas par jour et le prestige des armes suffit souvent, explique un fonctionnaire de l'assistance sociale, qui accueille parfois des enfants déserteurs. Les AUC parcourent même billets en main les taudis de Medellin et d'autres villes du pays. Le gamin reçoit 500.000 pesos (190 euros), pour payer un frigo ou une machine à laver à maman, explique un défenseur des droits de l'homme à Bogota. Ensuite, le pire arrive : un enrôlement obligatoire dans une troupe illégale où la désertion est punie par la mort, et les combats, presque immédiatement après leur arrivée. Ils sont petits, agiles, et n'ont aucun sens du danger, explique le fonctionnaire. Pour un groupe armé, c'est du pain béni. Misère et désespoir, c'est ce que ressentait Veronica quand elle est entrée à 15 ans dans la guérilla. Je venais d'avoir un enfant, et je ne voulais pas vivre cette vie-là. J'avais toujours vu les guérilleros passer dans mon village. C'était la solution, confie-t-elle dans le camp des Farc. Pour Luzenith, jeune commandante de 19 ans, c'est la mort d'un oncle, entre les mains des milices d'extrême droite, qui l'a poussée vers la guérilla marxiste. Luzenith, comme Veronica, a un fiancé dans la guérilla. Dans la langue des Farc, on dit « socio », « associé ». Pour pouvoir dormir avec lui, elle a demandé l'autorisation de son supérieur. Naturelle, elle explique qu'on lui a posé un stérilet, comme aux autres « guerrilleras », pour qu'elle n'ait pas d'enfant. Ses craintes ne sont plus celles d'une jeune adulte, et quand elle parle des combats, son regard vacille. Le pire, c'est de voir tomber un compagnon. Nous risquerions tout pour récupérer son corps et qu'il ne reste pas entre les mains de l'armée ou des paras, dit-elle. Les enfants combattants, paramilitaires et guérilleros, finissent pourtant souvent sous un drap blanc dans les journaux télévisés, comme trophée de guerre de l'armée, dans un pays où volonté politique et argent manquent pour empêcher le recrutement des mineurs.· | |||||