DROIT – COLOMBIE : Ecoles et Professeurs : Les Cibles du Conflit    

Yadira Ferrer

BOGOTA, le 20 janvier (IPS) – Lundi, quelques 12 000 enfants du nord de la Colombie n’ont pas pu faire la rentrée des classes. La raison en est l’intimidation ou les meurtres dont sont victimes les professeurs ainsi que la destruction d’écoles. Les responsables : des groupes armés irréguliers.

Le syndicat des professeurs de Colombie, le FECODE, a dit que la fermeture de 125 écoles fin décembre au nord de l’état de Bolivar à cause des guerres de territoire entre guérillas de gauche et groupes paramilitaires de droite n’était qu’une facette de la crise humanitaire qui touche tout le système éducatif de ce pays d’Amérique du Sud déchiré par la guerre.

Dans le Bolivar où les conflits sont intenses, « les écoles sont maintenant perçues comme des endroits où les guérillas, les groupes paramilitaires et l’armée pratiquent un prosélytisme politique basé sur la terreur », a déclaré à IPS le secrétaire technique de la commission des droits de l’homme du FECODE, Fabio Zapata.

« L’année dernière, environ 290 000 enfants –c'est-à-dire 3.6 % des élèves de primaire du système publique- ont dû quitter l’école de façon temporaire ou permanente en raison du déplacement forcé de 2 900 professeurs. », a-t-il ajouté.

Zapata a souligné le fait qu’en 2002, 82 professeurs et autres employés du système éducatif public, ont été tués, cela représente deux fois plus que le nombre enregistré en 2001. En outre, plus de 100 écoles ont été détruites lors d’attaques de groupes armés. De nombreux professeurs ont été tués devant leurs élèves entraînant chez ces derniers d’irréparables séquelles psychologiques. Qui plus est, comme les professeurs assassinés n’ont pas été remplacés, les enfants n’ont pas eu la possibilité de retourner à l’école.

Les plaintes enregistrées par le FECODE tiennent les groupes paramilitaires responsables pour 95% des meurtres et les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), le principal groupe rebelle, pour les 5% restant.

La plupart du temps, les guérillas se rendent dans les écoles, pratiquent le « prosélytisme politique », menacent professeurs et enfants pur qu’ils ne collaborent pas avec les groupes paramilitaires et envoient le même message aux parents, a expliqué Zapata.

Après quoi, les groupes paramilitaires rappliquent , exposent leurs propres arguments politiques et profèrent des menaces ou accusent directement les professeurs de soutenir les insurgés qui viennent de quitter les lieux, un prétexte pour assassiner les professeurs ou les forcer à quitter le secteur, a-t-il rajouté.

Le syndicaliste a aussi expliqué que l’armée a participé à cet harcèlement en mettant plusieurs fois en place des installations ou des postes de contrôle dans des zones proches des établissements scolaires, et tout particulièrement dans des départements comme Caqueta dans le sud est du pays.

De plus, les écoles dans certaines régions sont souvent utilisées comme des « boucliers humains » par les militaires, a déclaré Zapata.

Cette année le FECODE a choisi pour slogan : « Nos écoles : une zone neutre dans le conflit armé. » Selon les analystes politiques, la crise humanitaire qui en ce début d’année touche les établissements scolaires publiques de Colombie s’avère pire que les problèmes connus durant les deux années précédentes.

L’insuffisante couverture éducative, qui laisse trois millions d’enfants sur 42 millions que ce pays abrite sans possibilité de suivre la classe, fait partie des problèmes qui se posent concernant la sécurité.

 

Dans un rapport présenté l’année dernière lors de la 57ème période de sessions à l’assemblée générale des Nations Unies, on a décrit la crise du système scolaire comme n’étant qu’une partie du cadre plus large des violations des droits fondamentaux en Colombie.

Le rapport présenté par celle qui était alors le haut commissaire aux droits des hommes des Nations Unies, Mary Robinson, affirmait que le droit à l’éducation en Colombie était violé à plusieurs reprises en raison de la violence dont les professeurs sont souvent la cible.

Les professeurs sont parmi les professions qui reçoivent le plus de menaces de mort ou sont tués ou encore déplacés de force en Colombie, selon le document.

Le dernier rapport de l’Observatoire du Programme Présidentiel des Droits de l’Homme et de la Loi Humanitaire Internationale, paru en Septembre, affirmait que les guérillas et les groupes paramilitaires ont tué 121 leaders politiques et fonctionnaires durant les huit premiers mois de l’année 2002.

Mais l’Observatoire a ajouté que malgré « la gravité et la complexité de la situation des droits de l’homme et de la loi humanitaire internationale dans ce pays, il y a eu des avancées significatives dans plusieurs domaines de l’état. »

Par exemple, l’état a enquêté et a puni les gens ayant violé les droits de l’homme, cependant qu’il a «militairement combattu les groupes armés illégaux et les a soumis à la justice » dit le rapport.

Selon l’Observatoire, les forces armées ont capturé 1 863 guérillas et 658 membres de groupes paramilitaires entre janvier et août 2002, c'est-à-dire 44% de plus que durant la période correspondante en 2001.


AlterFocus : info Ingrid Betancourt www.Betancourt.info