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Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes)
ont remis à une chaîne de télévision colombienne, Noticias Uno, qui
l’a diffusé mardi, un enregistrement vidéo, montrant l’ancienne
candidate des «verts» à la présidence du pays, Ingrid
Betancourt, dont on était sans nouvelle depuis son enlèvement le 23
février dernier.
Dans cette vidéo, d’une durée de 22 minutes, enregistrée le 15
mai dans un lieu non précisé de la jungle colombienne, Betancourt,
visiblement amaigrie, apparaît aux côtés de son ex-directrice de
campagne, Clara Rojas, qui avait été enlevée en même temps
qu’elle.
L’ancienne candidate à la présidence y demande au procureur
général de la république Edgardo Maya d’enquéter sur les
circonstances de son enlèvement par les FARC, plus important
mouvement de guérilla colombien avec 17.000 hommes, et critique le
gouvernement du président sortant Andres Pastrana pour n’avoir pas
eu de politique claire sur la vague d’enlèvement sévissant dans le
pays. Elle critique également le gouvernement et les forces armées
de ne pas lui avoir permis de prendre place à bord d’un hélicoptère,
réservé à la presse, pour se rendre dans un ancien fief des FARC,
l’obligeant ainsi à effectuer le trajet par la route où elle devait
être prise en otage. Ingrid Betancourt précise que la vidéo a été
prise le 82e jour de sa détention et qu’elle n’a subi aucune
pression. Les journalistes qui ont visionné la cassette ont remarqué
que celle-ci avait subi quatre courtes coupures.
Alors candidate pour les Verts à l’élection présidentielle du 26
mai, remportée par Alvaro Uribe (droite), Ingrid Betancourt, 40 ans,
avait été enlevée le 23 février près de Florencia, dans le sud du
pays andin, en compagnie de Clara Rojas. Elle tentait alors de se
rendre dans l’ancien fief des FARC, une zone démilitarisée grande
comme la Suisse (42.000 km2), à 700 km au sud de Bogota, en cours de
réoccupation par l’armée depuis le 21 février après la rupture la
veille du processus de paix avec cette guérilla par le pouvoir.
Les FARC avaient revendiqué cette prise d’otages et exigé, pour
libérer Ingrid Betancourt, un «échange humanitaire» avec des
militants détenus dans les prisons colombiennes. Malgré la
séquestration de l’ancienne sénatrice, sa famille avait maintenu sa
candidature à la présidentielle, où elle n’avait obtenu le 26 mai
que 0,5% des voix.
Le décès à 83 ans de son père Gabriel Betancourt le 23 mars, un
mois après la prise en otage de sa fille, n’avait pas suscité la
clémence des FARC. La guérilla des FARC avait refusé de répondre aux
appels lancés par la famille et était restée sourde aux multiples
appels en Colombie et dans le monde pour sa libération.
La guerre civile en Colombie a déjà fait plus de 200.000 morts
depuis 1964, avec une moyenne de 3.000 enlèvements par an.
Francophone et francophile, diplômée de l’Institut d’Etudes
politiques de Paris, «Ingrid» est connue en France pour son livre
«La rage au coeur», devenu un succès de librairie. Ingrid Betancourt
est mère de deux enfants, Mélanie et Lorenzo, âgés de 16 et 13 ans,
qu’elle a eus d’un premier mariage avec un diplomate français,
Fabrice Delloye.
AFP