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COLOMBIE

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RACHEL CRIVELLARO

Mis en ligne le 25/02/2002
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Ingrid Betancourt est bien détenue par les Farc, son enlèvement déclenche une série d'interventions

EPA

Les autorités colombiennes ont confirmé qu'Ingrid Betancourt, la candidate des Verts aux présidentielles enlevée samedi par la guérilla dans le sud du pays, est détenue par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes).

La police nationale a reçu un communiqué expliquant qu'Ingrid Betancourt ne serait pas relâchée avant que Bogota ait libéré les membres des Farc emprisonnés. Cette revendication - signée Joaquin Gomez, un des dirigeants des Farc - était lundi soir toujours en cours d'authentification. Par ailleurs, le communiqué affirme que la candidate aux présidentielles a été ajoutée à la liste des otages que la guérilla entend présenter au futur gouvernement colombien en échange de la libération de centaines de prisonniers rebelles. Les Farc font ainsi savoir qu'elles refusent de négocier avec l'actuel président colombien Andrés Pastrana.

Pour la guérilla, Andrès Pastrana est celui qui a `annulé les pourparlers de paix´. De plus, depuis l'arrêt du processus de paix, la situation s'est encore envenimée avec l'opération `Thanatos´ lancée par le président dans l'enclave des Farc. Vendredi dernier, l'armée colombienne a en effet réinvesti San Vicente de Caguan, le chef-lieu de l'ancienne zone `démilitarisée´ de 42.000 km dans le sud du pays. Ce territoire - vaste comme la Suisse - avait été cédé à la guérilla en 1998 pour faciliter l'ouverture de négociations de paix destinées à mettre fin à 38 ans de guerre civile. Après les nombreuses menaces de ruptures des négociations, le détournement, mercredi dernier, d'un avion de ligne et l'enlèvement du sénateur Jorge Gechen Turbay ont fini de convaincre Andrès Pastrana de rompre définitivement les négociations et de lancer une offensive militaire dans la zone rebelle. La Colombie est déchirée depuis plus de quatre décennies par un conflit armé opposant les forces gouvernementales à la guérilla d'extrême gauche - les Farc et l'ELN (Armée de libération nationale) - et dans lequel se sont immiscés plus récemment les paramilitaires d'extrême droite et les narcotrafiquants. `La guérilla fait manifestement preuve d'un manque de volonté´, estime José Salafranca, membre de la délégation de l'Amérique latine du Parlement européen. `Comment peut-on poursuivre un processus de paix si l'on n'arrête pas immédiatement les actes de violence?´. Le sport national en Colombie, ce sont les 3.000 séquestrations annuelles; les 42 millions d'habitants sont passibles un jour ou l'autre de tomber dans les mains de la guérilla, de paramilitaires, ou d'une délinquance commune qui n'hésite pas à monnayer ses otages avec les groupes armés.

Les prises d'otage systématiques touchent également les parlementaires. Cinq d'entre eux, Consuelo Gonzalez, Orlando Beltran, Luis Eladio Perez et Eduardo Gechen, tous libéraux (opposition), ainsi qu'Oscar Lizcano (conservateur) sont aux mains des Farc, certains depuis plus d'un an. La ` pêche miraculeus e´, surnom des enlèvements, est devenue un danger permanent sur les routes. Les barrages établis par la guérilla permettent aux rebelles de contrôler les identités et de repartir avec les `gros poissons´, les hommes d'affaires ou commerçants à même d'être échangés contre une confortable rançon. `C'est malheureusement une pratique très commune en Colombie. L'enlèvement d'Ingrid Betancourt relève cependant plutôt du registre symbolique, du message politique´, souligne Christiane Daem, secrétaire générale du Centre d'études des relations entre l'Union européenne et l'Amérique Latine (Cercal). `Ceci étant, après trois ans de négociations entre le gouvernement colombien et les Farc qui ont causé plus de 40.000 morts en 38 ans de guerre, tout indique que seule une médiation internationale peut encore faire aboutir un processus de paix enlisé par l'incapacité des parties en présence à négocier un accord´.

Pour l'heure, l'inquiétude au sujet d'Ingrid Betancourt et de sa directrice de campagne - également enlevée - demeure vive. Sa captivité a provoqué un puissant élan de solidarité parmi les autres candidats à la présidence colombienne, aussi à l'étranger. Le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan a pris des `initiatives´ en vue d'obtenir leur libération.

© La Libre Belgique 2002

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