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Les autorités colombiennes ont confirmé qu'Ingrid Betancourt, la
candidate des Verts aux présidentielles enlevée samedi par la
guérilla dans le sud du pays, est détenue par les Forces armées
révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes).
La police nationale a reçu un communiqué expliquant qu'Ingrid
Betancourt ne serait pas relâchée avant que Bogota ait libéré les
membres des Farc emprisonnés. Cette revendication - signée Joaquin
Gomez, un des dirigeants des Farc - était lundi soir toujours en
cours d'authentification. Par ailleurs, le communiqué affirme que la
candidate aux présidentielles a été ajoutée à la liste des otages
que la guérilla entend présenter au futur gouvernement colombien en
échange de la libération de centaines de prisonniers rebelles. Les
Farc font ainsi savoir qu'elles refusent de négocier avec l'actuel
président colombien Andrés Pastrana.
Pour la guérilla, Andrès Pastrana est celui qui a `annulé les
pourparlers de paix´. De plus, depuis l'arrêt du processus de
paix, la situation s'est encore envenimée avec l'opération
`Thanatos´ lancée par le président dans l'enclave des Farc. Vendredi
dernier, l'armée colombienne a en effet réinvesti San Vicente de
Caguan, le chef-lieu de l'ancienne zone `démilitarisée´ de 42.000 km
dans le sud du pays. Ce territoire - vaste comme la Suisse - avait
été cédé à la guérilla en 1998 pour faciliter l'ouverture de
négociations de paix destinées à mettre fin à 38 ans de guerre
civile. Après les nombreuses menaces de ruptures des négociations,
le détournement, mercredi dernier, d'un avion de ligne et
l'enlèvement du sénateur Jorge Gechen Turbay ont fini de convaincre
Andrès Pastrana de rompre définitivement les négociations et de
lancer une offensive militaire dans la zone rebelle. La Colombie est
déchirée depuis plus de quatre décennies par un conflit armé
opposant les forces gouvernementales à la guérilla d'extrême gauche
- les Farc et l'ELN (Armée de libération nationale) - et dans lequel
se sont immiscés plus récemment les paramilitaires d'extrême droite
et les narcotrafiquants. `La guérilla fait manifestement preuve
d'un manque de volonté´, estime José Salafranca, membre de la
délégation de l'Amérique latine du Parlement européen. `Comment
peut-on poursuivre un processus de paix si l'on n'arrête pas
immédiatement les actes de violence?´. Le sport national en
Colombie, ce sont les 3.000 séquestrations annuelles; les 42
millions d'habitants sont passibles un jour ou l'autre de tomber
dans les mains de la guérilla, de paramilitaires, ou d'une
délinquance commune qui n'hésite pas à monnayer ses otages avec les
groupes armés.
Les prises d'otage systématiques touchent également les
parlementaires. Cinq d'entre eux, Consuelo Gonzalez, Orlando
Beltran, Luis Eladio Perez et Eduardo Gechen, tous libéraux
(opposition), ainsi qu'Oscar Lizcano (conservateur) sont aux mains
des Farc, certains depuis plus d'un an. La ` pêche miraculeus
e´, surnom des enlèvements, est devenue un danger permanent sur
les routes. Les barrages établis par la guérilla permettent aux
rebelles de contrôler les identités et de repartir avec les `gros
poissons´, les hommes d'affaires ou commerçants à même d'être
échangés contre une confortable rançon. `C'est malheureusement
une pratique très commune en Colombie. L'enlèvement d'Ingrid
Betancourt relève cependant plutôt du registre symbolique, du
message politique´, souligne Christiane Daem, secrétaire
générale du Centre d'études des relations entre l'Union européenne
et l'Amérique Latine (Cercal). `Ceci étant, après trois ans de
négociations entre le gouvernement colombien et les Farc qui ont
causé plus de 40.000 morts en 38 ans de guerre, tout indique que
seule une médiation internationale peut encore faire aboutir un
processus de paix enlisé par l'incapacité des parties en présence à
négocier un accord´.
Pour l'heure, l'inquiétude au sujet d'Ingrid Betancourt et de sa
directrice de campagne - également enlevée - demeure vive. Sa
captivité a provoqué un puissant élan de solidarité parmi les autres
candidats à la présidence colombienne, aussi à l'étranger. Le
secrétaire général de l'Onu Kofi Annan a pris des `initiatives´ en
vue d'obtenir leur libération.
© La Libre Belgique 2002