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Betancourt et le chaudron colombien
PAR RACHEL CRIVELLARO

Mis en ligne le 25/02/2002
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La `passionaria´ de Bogota s'est lancée tête baissée dans la lutte contre la corruption, les cartels de la drogue et la guérilla, dans l'hostilité générale et au risque de le payer au prix fort

PORTRAIT

Rien ne la prédisposait à embrasser une cause politique. Ingrid Betancourt a vécu une enfance dorée à l'ombre protectrice d'un père diplomate et d'une mère sacrée reine de beauté par les Bogotains. A cette époque, les amis de ses parents s'appellent Pablo Neruda, Gabriel Garcia Marquez ou encore Fernando Botero... Grâce au séjour de son père, Gabriel, à Paris au titre d'ambassadeur de la Colombie auprès de l'Unesco - après avoir été ministre de l'Education à Bogota - Ingrid Betancourt est devenue parfaitement bilingue. De son côté, sa mère, Yolanda, lui a en quelque sorte ouvert la voie. Cette jeune bourgeoise, réputée pour sa beauté, a beaucoup oeuvré en faveur des enfants déshérités. Un temps, elle se retrouvera également adjointe au maire de Bogota, chargée des affaires sociales. Une première dans un pays réputé pour le machisme de son personnel politique.

Toutefois, malgré l'engagement de ses parents, Ingrid Betancourt poursuivra tranquillement ses études en France. Au début des années '80, elle épouse un Français, attaché commercial au ministère des Affaires étrangères. Mais sa vie confortable et cosmopolite - dictée par le hasard des affectations de son mari - ne la satisfera qu'un temps. Les nouvelles du pays, où vivent désormais ses parents, sont de plus en plus sombres. Ingrid Betancourt se cherche, elle rêve de rentrer en Colombie, mais son mari s'y oppose, effrayé par la réputation de violence que traîne ce pays andin. En 1990, Ingrid Betancourt quitte son mari et rentre à Bogota, décidée à `changer´ un pays en proie à la guerre civile depuis plus de 20 ans, rongé par la corruption et l'extrême violence que font régner les narcotrafiquants. Inconnue, sans argent et sans appuis politiques, la jeune femme y va au culot. En guise de campagne électorale, elle distribue des préservatifs aux carrefours de la capitale colombienne, sous le slogan: `La corruption est le sida de notre société. Protégeons-nous!´ En 1994, elle est élue député, avec le meilleur score du Parti libéral. Elle réitère son exploit au Sénat en 1998 avec toujours comme fil rouge: la lutte contre la corruption. Ce plébiscite des classes populaires - son électorat majeur - ne lui épargne en rien - au contraire - la méfiance et l'hostilité de la famille politique colombienne. A la Chambre, elle est ostensiblement ignorée par ses collègues; ses dénonciations sur les malversations et la corruption de certains hommes politiques lui valent des campagnes de presse d'une extrême brutalité. Mélange d'opiniâtreté mais aussi de naïveté, Ingrid Bétancourt se heurte au dénigrement et à la rouerie de politiciens aguerris. Quand l' establishment la menace de mort et lui fait comprendre que ses deux enfants pourraient faire l'objet d'un enlèvement, elle est prise de panique et - un instant - pense à tout laisser tomber. Un court instant car malgré la terrible menace, elle met ses enfants à l'abri et décide de poursuivre sa croisade. Elle choisit même de se présenter aux élections présidentielles du 26 mai prochain, à la tête du parti des verts `Oxygène´, en dépit d'une très faible chance de l'emporter. Dans sa campagne actuelle, elle n'a pas hésité à donner du viagra aux passants pour `les dresser contre la dilapidation du pays´. Avant son enlèvement, Ingrid Betancourt avait rencontré les commandants de la guérilla dans le Caguan.

© La Libre Belgique 2002

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