19 octobre 2002

Les exilés sont pratiquement invisibles pour la société, dit l’agence de l’ONU pour les réfugiés, Acnur.

Selon un rapport qui sera révélé par les Nations Unies dans les prochains jours, malgré des avancées, les efforts de l’État pour s’occuper de cette problématique sont insuffisants.

Jamais auparavant l’État n’avait fait autant d’avancées dans la politique intégrale envers la population exilée, mais jamais non plus cette attention n’avait été aussi insuffisante devant le défi que représente l’expulsion journalière d’un minimum de 531 personnes, signale une information des Nations Unies qui est sur le point d’être diffusée.

Le document de 144 pages, intitulé Bilan de la politique d’attention au déplacement interne forcé en Colombie 1999 – 2000, assure que, bien que le gouvernement ait avancé dans le traitement du problème dans ladite période, « la réalisation (sur le terrain) reste en arrière »

L’information fait ressortir que l’investissement national est passé de 139 mille millions entre 1995-2000, à 146 mille millions en 2001 pour atteindre vraisemblablement 162 mille millions en 2002

« Le thème est devenu prioritaire pour le gouvernement, mais insuffisamment face à la gravité et l’intensification croissante du problème » dit l’information, signalant « la brèche qui existe entre le cadre normatif et l’impact réel de la politique » et « entre l’offre et la demande ». Cette dernière, selon l’agence de l’ONU « tend à s’amplifier, sans entrevoir une mise à disposition suffisante des ressources pour la couvrir ».

De plus, le problème du déplacement, « continue à être absent dans l’agenda d’autres instances comme le Congres de la République », selon le rapport.

En général, l’évaluation de la politique d’attention au phénomène, réalisée par le Bureau du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (Acnur) montre les défaillances du système à traiter ce problème.

Par exemple, on note que les principales avancées ont été réalisées dans la prestation d’assistance humanitaire de secours, pour constater ensuite que celle-ci couvre seulement 33,18% des besoins.

Le rapport signale aussi d’énormes vides quant à la prévention de l’exil et la protection effective des droits de ces communautés.

La Colombie est, avec le Soudan et l’Angola, parmi les 3 premiers générateurs d’exil au monde. Acnur a fait paraître récemment un diagnostic terrifiant par lequel il signale qu’au moins 531 personnes par jour sont obligés de laisser leur foyer à cause de la violence. Cette information émane de renseignements du Réseau de Solidarité Social, organisme d’état chargé du sujet. Si on se réfère aux renseignements de l’ONG Consultant pour les Droits de l’Homme et de l’Exil (Codhes), le chiffre atteint 936 déplacements par jour.

Malgré cette situation, qui révèle que le problème prend des dimensions de calamité humanitaire dans notre pays, ce bureau des Nations Unies affirme que ‘l’exil n’est pas dans l’agenda de la société colombienne, considéré comme un problème public ; il n’est pas non plus dans l’agenda du secteur politique’ considérant que ce phénomène « est pratiquement invisible » pour le commun des colombiens.

Avancées et limites

Le rapport décrit qu’il existe une meilleure coordination entre les actions gouvernementales et celles des agences internationales consolidées par les comités territoriaux, qu’il existe un système de soin et un registre unique, bien qu’on ignore les déficiences de ces derniers.

Depuis que le Réseau de Solidarité Sociale, l'organisme officiel en charge du sujet, a assumé le Système Unique de Registre, les foyers enregistrées par le gouvernement sont passées de 11.400 à 159.419 entre mars 1999 et 2002. Codhes, cependant, l parle de 269.083 foyers exilés depuis 1995. Durant ces deux dernières années, le Réseau a fait l'objet de plus de 900 tutelles

L'exécution des comités territoriaux pour une attention intégrale à la population exilée, selon le rapport, "démontre encore une toute petite couverture ", et est concentrée sur l'attention humanitaire d'urgence, sans occuper suffisamment du rétablissement des exilés et, plus particulièrement, de la prévention de l’exil.

La totalité des ressources prévues n'est pas déboursée à temps ou complètement à cause des restrictions imposées par le Ministère des Finances.

Acnur signale les limites dues à la politique d’état : la prévention de l’exil a été d’une très petite priorité, la protection des droits de la population exilée n’existe que sur le papier, le fonctionnement du système de soins à ces communautés n’est pas effective, qu’il n’existe aucune garantie de secours immédiat et l’attention dans les grandes villes est faible

L'important problème, selon Acnur est l'évaluation que fait le Réseau de Solidarité, pour alimenter le système et en tirer des bénéfices, des déclarations que font les exilés devant le ministère public. Il y a ainsi un risque d’appliquer des « critères subjectifs, voire idéologiques » et « dans la pratique, on a créé une barrière d’entrée au système ».

L’agence des Nations Unies presse le gouvernement pour qu’il prenne en compte le Plan National d’Attention à l’Exil Forcé, prêt pour une sanction présidentielle depuis un an. Ce sera un outil pour établir une allocation de ressources, responsabiliser les institutions, fixer des objectifs concrets, faire un suivi de la gestion » car le Plan National actuellement en vigueur est obsolète.

Recommandations

Une campagne nationale pour sensibiliser la société sur le sujet, diffuser les droits des exilés et divulguer l'offre de l’état. Avancer dans la coordination d'actions entre les organismes gouvernementaux et les organismes internationaux.

Augmenter la coopération internationale.

Établir une instance nationale au plus haut niveau, responsable de la politique de prévention et d’attention à l’exil.

Adopter le Plan National d'Attention à l’Exil Forcé, prêt pour une sanction présidentielle depuis octobre 2001.

Supprimer l'évaluation préalable de la déclaration que font les exilés devant le Ministère Public comme condition pour leur inscription dans le Système Unique de Registre.

Développer des schémas efficaces pour le relogement de la population exilée dans les villes grâce à des opérations spéciales et planifiées.

Les données du rapport

Le chiffre total d’exilés varie de 2 millions selon le Réseau de Solidarité Sociale (dont 800.000 enregistrés), et 2.7 millions selon l'ONG Codhes.

Quotidiennement, en 2001, 531 à 936 personnes ont été exilées (190.454 selon le Réseau ; 341.925, selon Codhes).

819 communes sont touchées par l’exil : 52 d'entre elles concernent 65% d’expulsions et 44 communes sont concernées par 72 % d’exilés. Les indigènes, qui représentent 2 % de la population colombienne, représentent 8 % d’exilés; les Communautés afro colombiennes représentent 11% d’exilés, les femmes 49%.

48% des exilés ont moins de 18 ans.

30% des filles exilées entre 13 et 19 ans ont été enceintes

41% des foyers exilés ont entraîné une perte de poids chez les enfants

38% n’ont aucun rapport avec les services de santé

26% des enfants âgés de 7 à 11 ans ne vont pas à l’école.

Seuls, 33% des exilés ont une carte d’identité et seulement 13,09% sont inscrits sur le registre civil.

Parmi les 114035 personnes que le Comité International de la Croix Rouge a pris en charge en Colombie en 2001, pratiquement 95% ont été exilés (66519 à l’occasion de déplacements massifs). L’indice de retour en 2001 fut à peine de 11%, soit une diminution de 70% par rapport à l’an 2000.

Les normes

La loi 387 de 1997 a instauré le Système National d’Attention Intégrale à la Population Exilée (SNAIPD), adoptée par 19 institutions.

Selon le décret 489 de 1999, le Réseau de Solidarité Sociale a assumé la coordination du SNAIPD.

Une Unité Technique Conjointe (UTC) fonctionne avec une convention entre le Réseau et Acnur.

En 1999, le Groupe Thématique de l’Exil (GTD) a été constitué avec 9 agences des Nations Unies. La Croix Rouge International, d’autres organismes et des ONG participent comme observateurs.

Le budget national pour attention à la population exilée en 2002 est de 162000 millions de pesos.

Le système des Nations Unies calcule son budget dans ce domaine pour 2002 et 2003 sur la base de 47 millions de dollars.


AlterFocus : info Ingrid Betancourt www.Betancourt.info