EL COLOMBIANO, 20 novembre 2002

ENCORE DES MAIRES ET DES CONSEILLERS MUNICIPAUX ASSASSINES DANS LA REGION.

Protestations contre la mort de trois conseillers dans les départements de Valle et Cundinamarca. Plus de 300 élus locaux ont abandonné leur commune. Cela fait 54 conseillers et dix maires assassinés en 2002.

Par Elisabeth Yarce, Medellin.

Traduction : Brigitte Vercez

Les dernières victimes sont les conseillers de Pandi et Utica, dans le département de Cundinamarca, Manuel Perez et Jorge Toribio Reyes, et celui de El Toro (Valle), José Aldemar Betancur.

"Cette nouvelle nous consterne car cela fait 54 conseillers assassinés depuis le début de l'année, et nous ne voyons pas de réelle possibilité d'enrayer cette situation du point de vue militaire", dit Antonio Gal« n, président de la Fédération Nationale de Conseillers Municipaux, la Fenacon.

La situation des maires, conseillers, députés et porte-parole des municipalités de la région s'est aggravée au point qu'ils ne peuvent se rendre dans leurs communes qu'en hélicoptère. Dans de nombreux cas, ils ont essayé de gérer les affaires depuis la capitale régionale et ont dû partir. On les a réinstallés dans des communes voisines, mais les menaces de la guérilla les a poursuivis jusque là. Telle est la situation de plusieurs maires des départements de Santander et d'Arauca qui, d'après la Fédération Colombienne des Communes, Fedemunicipios, n'ont pas de garanties pour assurer leurs fonctions, bien que le gouvernement ait renforcé la sécurité dans beaucoup de localités du pays. Même quand ils sont réinstallés ailleurs, "ils (les guerilleros) y vont et les cherchent où qu'ils soient" affirme-t-on à la fédération.

C'est dans une situation identique que se trouvent les conseillers municipaux, qui déplorent le plus grand nombre de victimes: alors que 10 maires étaient assassinés cette année, 54 conseillers subissaient le même sort.

D'après Fedemunicipios, il y a une liste de 560 élus locaux qui ont reçu des menaces de mort, des colis piégés ou subi des pressions à l'encontre de leurs familles. De ce groupe, 300 gèrent les affaires depuis des communes voisines et des capitales régionales et plus de 100 ont pu retourner chez eux pour remplir leurs fonctions. Ainsi on estime à 420 le nombre de menacés, dont 38 sont d'Antioquia.

"Les menaces continuent dans plus de la moitié des communes de la région, mais le nombre de maires menacés en danger a diminué grâce aux mesures de sécurité adoptées par le gouvernement. Pourtant, le fait que plus de 300 élus ne puissent pas entrer dans leur commune est très grave", dit Gilberto Toro, de Fedemunicipios.

Les cas les plus graves sont recensés dans les départements de Huila, Caquet« , ChocÙ , Cauca, Arauca et Santander et dans plusieurs régions du département d'Antioquia.

"Si le gouvernement a effectivement répondu en protégeant la vie des maires en leur attribuant des escortes et des gilets pare-balles et en les aidant à se réinstaller temporairement avec leurs familles, il faut cependant préciser qu'on a réduit la protection de certains autres au moment où des députés, des conseillers et des maires font l'objet d'attentats, de menaces et d'assassinats."

Comme conséquence des pressions sur les fonctionnaires publics, selon Fedemunicipios dans 10 % des localités dont le maire a fait l'objet de menaces, les programmes des administrations municipales ont été freinés, ce qui engendre un retard évident.

EL COLOMBIANO, 20 novembre 2002


AlterFocus : info Ingrid Betancourt www.Betancourt.info