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Yolanda Pulecio devant le Congrès |
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Les
récentes déclarations du délégué pour la paix Luis Carlos Restrepo de
la journée d’hier sont très préoccupantes pour toutes les familles de
séquestrés. Il a en effet déclaré que le Gouvernement colombien ne
permettrait plus l’aide des pays amis, parce que cela servirait de
« show » pour les FARC. Pour Yolanda Pulecio, la maman d'Ingrid, cela constitue un reversement de situation. "C’est comme si on coupait les ailes aux bonnes intentions des médiateurs des différents pays qui souhaitent nous aider à obtenir la libération de nos êtres chers. C’est de nouveau une démonstration du désintérêt du Gouvernement pour la vie et la liberté des séquestrés".
A l'invitation d'un représentant élu, Yolanda a pu s'adresser directement aux membres du Congrès. Voici le discours qu'elle leur a adressé : Discours
de Yolanda Pulecio à la réunion du Congrès
MESDAMES
ET MESSIEURS En
tant que mère
d’Ingrid Bétancourt, enlevée par les FARC depuis 1147 jours (un peu
plus de trois ans), je veux remercier très sincèrement monsieur le représentant
Alirio Villamizar, de votre geste de solidarité « nous avoir
convoqué à cette audience publique » pour nous permettre
d’exposer, devant vous et devant le pays, les profondes préoccupations
des familles de séquestrés, des victimes de la guerre et de ce que vit
le pays. Cela
fait maintenant deux ans que nous avons commencé à solliciter avec
insistance le dialogue, pour réaliser l’accord humanitaire. Le Président
Uribe a déclaré formellement que le gouvernement ne dialoguerait pas
avec des terroristes. Avec
cette réponse s’éloignait l'unique possibilité de libération des
officiers, policiers et séquestrés politiques. Quand le gouvernement a pris
l’initiative des dialogues avec les paramilitaires, sachant, comme tous
les Colombiens que leurs actions sont illégales voire pires que celles
des FARC, et qu’ils peuvent aujourd'hui être qualifiés de terroristes,
nous avions un peu d’espoir. Maintenant nous nous
interrogeons : Pourquoi ne veut-on pas dialoguer avec la guérilla
alors que nous avons autant de compatriotes qui risquent leur vie et sont
privés de liberté ? Nous savons ce que la guérilla
a déclaré. Elle est disposée à s’asseoir à une table de négociations
avec le gouvernement pour mettre en route « l’accord humanitaire ». Qu’est ce qui empêche le
gouvernement de le faire et d’accomplir son obligation de respecter le
Droit International Humanitaire ? Serait-ce qu’il considère que
cela serait pris pour un signe de faiblesse ? Ou bien, serait-ce que ce sont
les considérations politiques qui priment, alors qu’elles devraient
être un moyen pour des considérations humanitaires. « Cette réalité
est difficile à comprendre ». C'est
une guerre qu'est, sans aucun doute,
en train de vivre le pays. On prétend convaincre le monde
qu’elle n’existe pas. Elle épuise ceux qui la vivent de près. La vie
de milliers d’indigènes est en péril, ainsi que celle de paysans et de
citadins innocents. Maintenant beaucoup de soldats sont morts mais aussi
des guérilleros, qui sont eux aussi des colombiens. On
est en train d’utiliser des ressources qu'on
aurait dû investir dans des programmes sociaux. Plus de la moitié du
peuple colombien ne mange pas à sa faim, et est privé de ses droits les
plus élémentaires. Le plus grave, c'est que nous ne voyons ni préoccupation
ni intérêt de l'État pour trouver de réelles solutions. Les
considérations humanitaires ne sont pas importantes pour ce gouvernement. Nous espérons que l'intérêt
exprimé par le Saint Père sera propice à la paix dans le monde, comme
celui de ne pas accepter la guerre. Cela devrait être à tout moment le
principal objectif de la Colombie. Je crois que je serai très naïve,
si je pensais que les paroles d'une femme ou d'une mère colombienne
seront bien écoutées ou bien interprétées par le Président. Mais
devant l'impuissance et l'angoisse de vivre dans un pays ou à chaque pas
se manifeste le peu d'intérêt donné à la vie humaine, je ressens
l'obligation d'exprimer cette réalité devant vous. Il y a une autre vérité qui me
fait très mal. C'est la cruauté de la guérilla. Elle prend des otages
civils, prétextant qu'ils sont " Prisonniers de guerre". Des
personnes qui n'ont jamais eu d'armes dans les mains et qui n'étaient pas
entrain de les combattre. Comme c'est le cas de ma fille, de Clara, de
Consuelo Perdomo, et de tous les séquestrés politiques. Cette parenthèse dans leurs
vies est une terrible injustice. Les guérilleros emprisonnés ont eux le
droit de recevoir des visites de leurs familles. A nous autres, ils n'ont
rien transmis ni même envoyé, depuis deux ans, des preuves de survie. Face à une situation si
difficile, nous devons nous prononcer et continuer d'insister auprès des
Colombiens. Nous avons besoin de leur solidarité. Et devant la communauté
internationale, continuer à solliciter son appui. MERCI BEAUCOUP. Yolanda
PULECIO, mère d'Ingrid Betancourt |