La vidéo do 30 août 2003 

La 30 août la chaîne de télévision colombienne Nocicias Uno a diffusé une nouvelle vidéo reçue des Farc. 

C'est avec une grande émotion que sa famille et tous ses sympathisants à travers le monde vont écouter son message ...


Papá, Verení, Lorenzo, Juanqui, Astricar, Fak, Sebastián, Anastasia, mi chiquitina... 

Je vais bien, je suis en vie (…) Je prie Dieu pour qu’il guide mes pas chaque jour. Jimena, tu a été lumineuse, extraordinaire, tu as rempli ma vie, j’ai beaucoup de chance…

Mon Lorenzo, tu es toujours présent ; de tous, tu es celui qui sais que je vais revenir, tu n’en as jamais douté, tu l’as toujours su, cette force que tu as en toi vient jusqu’à moi et m’aide beaucoup.

Maman, j’arrive parfois à t’entendre à la radio ; ce que tu es en train de faire est beau, empreint de solidarité envers tous ceux qui sont dans la même situation, empreint de prudence, de délicatesse, d’humilité, de force, de conviction. Tu es là, tu me donnes de la force, je t’aime.

Juanqui (Juan Carlos), je veux que tu me promettes de t’occuper de ma mère pour qu’elle ne manque de rien, que tu l’accompagnes et que tu veilles sur elle. Je t’aime, et l’amour est comme l’eau qui trouve tout simplement son chemin (…)

Vivre ensemble les moments difficiles que nous avons passés, loin l’une de l’autre, parce que c’est ainsi. Je sais que vous pensez à moi, comme je pense toujours à vous.

Quelle chance j’ai que tu existes et que tu sois là, avec mes enfants, avec Juanqui, comme partie intégrante de moi, comme un frère, comme le père de mes enfants, comme cet homme que j’aime !

Sebastián, je sais que tu es là, avec tes frères et avec moi, merci. Et à mon Anastasia, je lui demande d’appeler sa grand mère tous les soirs pour lui parler de la telenovela et lui redonner courage (…)

Qu’il étudie bien au collège, et qu’il ne joue pas avec les épées (?). Vous tous, ma famille, je vous porte dans mon cœur, vous êtes ma force ; mais j’aimerais saluer une autre famille, celle de tous ceux qui pensent à moi, qui ne m’ont pas oubliée, qui se sont mobilisés pour moi, qui ont lutté pour moi et pour nous tous dans cette situation. Je veux saluer ceux qui ont choisi de ne pas nous oublier, en Colombie et hors de Colombie, et spécialement la France et les Français dont la voix s’est élevée lors des derniers événements, et s’est clairement faite entendre jusque dans la jungle, comme une lumière, comme la promesse que le monde peut être meilleur (…)

Je voudrais saluer l’Ambassadeur de France en Colombie, Daniel Parfait, et les Français qui me soutiennent malgré la distance et le temps, merci…

Nous sommes très tristes et choqués par la mort de Gilberto Echeverri et de Guillermo Gaviria. Je voudrais dire à leurs épouses et à leurs familles que nous partageons leur douleur, et eux seuls savent ce que veut dire partager cette douleur.

J’ai beaucoup réfléchi à tous ces événements, et je voudrais aborder des thèmes difficiles mais dont il faut parler.

Je sais que vous vous êtes mobilisés, Maman, ma famille, Yolanda Pinto, toutes et tous, pour empêcher que ne soient organisées des opérations de sauvetage. 

Je veux demander à ma famille qu’elle soutienne au contraire les Forces Militaires, et que celles ci s’engagent à organiser des opérations de sauvetage qui puissent conduire à notre libération.

Je suis convaincue que nous ne pouvons pas demander à nos soldats d’être prêts à donner leur vie pour défendre nos institutions et nos droits si nous ne sommes pas prêts nous-mêmes à mettre notre vie en jeu pour défendre notre propre liberté. Je pense que l’on peut faire beaucoup de concessions, mais on ne peut rien céder de son intégrité humaine, on ne peut pas renoncer à ses droits, on ne peut pas renoncer à la liberté, même par prudence.

Je sais qu’il vous est difficile d’entendre ces paroles, et c’est dur pour moi aussi, mais je crois que si nous voulons préparer la paix en Colombie, nous devons agir selon nos principes et non en fonction de nos seuls intérêts.

Evidemment, face aux récents événements, la mort de Guillermo Gaviria et de Gilberto Echeverri, cette réflexion doit être portée plus loin.

Sauvetage oui, définitivement oui, par principe, mais pas n’importe quel sauvetage. Un sauvetage, s’il n’est pas une réussite, n’a pas lieu d’être.

La Colombie ne peut se contenter de pratiquer la politique du moindre effort qui veut qu’un sauvetage soit simplement une opportunité politique qui met en jeu la vie de beaucoup de citoyens, et de laquelle l’Etat sort toujours victorieux ; victorieux si les otages sont libérés vivants, comme des trophées, victorieux aussi si on récupère les cadavres en accusant l’ennemi.

Je crois qu’il faut faire une analyse en profondeur de ce qui a conduit à l’échec de l’opération de sauvetage de personnes aussi importantes que Guillermo Gaviria et Gilberto Echeverri et des huit personnes qui sont mortes au combat avec eux, héros de notre Nation.

Je crois que nous ne pouvons pas nous contenter d’une oraison funèbre pour les personnes qui se sont sacrifiées pour la paix en Colombie, sans expliquer les tenants et aboutissants de ce qui s’est passé.

J’ai entendu dire que le Président Uribe avait assumé avec courage la responsabilité des faits qui ont conduit à la mort Guillermo et de Gilberto. Je crois qu’il est important que le Président soit celui qui prenne la décision d’organiser ou non une opération de sauvetage.

Je ne crois pas que cela soit une décision militaire ; c’est une décision politique qui transcende de loin une opération militaire. Je crois que, par cette attitude, le Président est en train de nous dire qu’il va se plonger dans le détail des opérations de sauvetage ; il faut qu’il en soit ainsi.

Cela ne peut pas être un simple regard stratégique. Une opération de sauvetage est une opération minutieuse dans laquelle il faut évaluer avec beaucoup de soin les détails et la mise en œuvre ; il est important que le Président soit celui qui évalue les risques et par la-même les chances de succès et donc la garantie que nous, les otages, obtenions notre libération et non pas notre mort. 

Je pense aussi qu’il est nécessaire que le Président informe les proches quand une opération de sauvetage va avoir lieu ; il ne s’agit pas de les consulter car il est fort probable qu’ils ne soient pas d’accord. Il faut les informer, non seulement par souci d’humanité et de respect de la douleur et de la responsabilité de ces familles dans l’amour qui les unit aux personnes qui vont être délivrées, (…) et nous assurer que ces opération de sauvetage accroissent le niveau d’expérience grâce auquel nous obtiendrons des opérations réussies, car il est justement question de cela.

Une opération de sauvetage doit être une réussite sinon elle n’a pas lieu d’être. La question de l’échange, de l’accord humanitaire est bien en jeu, nous ne pouvons pas céder à la facilité de penser que parce qu’il y a des sauvetages réussis, il n’y a pas besoin de négociation. Nous, les otages, sommes nombreux. Il est matériellement impossible de tous nous sauver par des opérations militaires. Et nous les Colombiens, tous les Colombiens, pas seulement les otages, tous ceux qui sont là-bas, nous avons une responsabilité vis à vis des soldats et des policiers prisonniers de guerre depuis, pour certains, plus de 5 ans.

Je l’ai déjà dit au Congrès, lorsque j’étais libre, je le répète en captivité, l’échange est une obligation morale pour un Etat démocratique ; l’échange entre personne de même condition, guerriers, entraînés, en uniforme, armés capturés au combat dans un camp comme dans l’autre.

Dans ce cas, moralement, l’échange est indispensable. 

Je ne peux pas dire à mon fils ou peut être à ma fille qu’ils portent l’uniforme de nos forces militaires avec orgueil et qu’ils aillent défendre le drapeau de notre démocratie, de nos valeurs, nos institutions, mais je ne pourrai que leur dire « si on te capture, l’Etat ne fera rien pour toi ».

Nous avons une obligation morale : aider ces garçons qui ont mis leur vie au service de la Nation et qui en ce moment sont prisonniers de la guérilla. C’est une obligation morale, la plus importante de toutes. C’est une obligation morale parce que ces personnes, contrairement à nous, civils, se battaient, et c’est un risque assumé par les institutions qui envoient nos garçons au combat.

Nous ne pouvons laisser perdurer cette situation, nous devons, en tant que Colombiens, ouvrir la porte de la liberté à ces soldats et à ces policiers et les accueillir avec les honneurs, pas seulement pour ce qu’ils ont souffert, mais pour les réintégrer dans les rangs, parce que mieux que personne, ils connaissent l’ennemi et sont donc des experts qui peuvent aider à gagner la guerre que mène le gouvernement et pour laquelle les colombiens doivent(…)

Il est impossible de penser pouvoir gagner la guerre si nous ne donnons pas la certitude à nos soldats que nous serons à leurs côtés pour le meilleur et pour le pire.

(…) Figurez-vous que je ne me fais pas de souci pour les prisonniers militaires étrangers, américains, parce que je sais que le gouvernement américain les sauvera grâce à une opération de sauvetage réussie ou de façon plus pragmatique par des négociations, parce que ce sont ses garçons, et qu’il les sauvera où qu’ils soient ; et je veux que nous les Colombiens, nous ayons la même certitude que nous irons chercher nos garçons où qu’ils trouvent. 

(…) avec l’accord humanitaire par lequel on échange des civils contre des soldats, et c’est de nouveau une position de principe que je souhaite voir ma famille partager et comprendre ; je sais que c’est douloureux, que c’est dur, mais je crois qu’on ne peut pas accepter que des civils servent de bouclier dans cette guerre. Les civils ne doivent pas être impliqués dans ce conflit. C’est un non catégorique. 

Et par conséquent, les civils ne doivent pas faire l’objet d’échange. C’est une question de principe, si nous voulons la paix, si nous voulons aboutir à une négociation future, dont l’axe central de réflexion serait le respect des droits de l’homme.

Je voudrais demander à ma maman, ma petite maman, qu’elle comprenne bien ce que je suis en train de dire (…) Je crois qu’on peut échanger des prisonniers armés, capturés pendant les combats, mais je crois que les FARC, dans notre cas, ou les ELN, pour les autres, doivent faire un geste unilatéral de paix, c’est à dire une libération humanitaire, (…) indépendamment de l’échange de soldats et de policiers.

Je veux que vous défendiez cette ligne de conduite avec beaucoup de force, je veux que vous la compreniez. Mon père a une devise personnelle : « uno tiene que buscar augurios más altos que su duelo », nous devons avoir une vision qui dépasse notre douleur, et ce que je veux, c’est la paix en Colombie.

Je veux que chaque fois que vous entreprenez une action, vous parliez en faveur de la libération des otages. Je veux que vous pensiez à la paix en Colombie à long terme, que vous pensiez non pas à nos intérêts immédiats mais aux valeurs, car nous allons établir la paix avec des valeurs.

Au Président Uribe, je voudrais dire qu’évidemment, nous tous les otages de Colombie nous pensons constamment à lui, pour lui. Et je sais qu’il pense aussi sans cesse à nous, chaque jour.

Je veux dire au Président que je sais qu’il prendra en son âme et conscience les décisions qui engagent ma vie et celles de beaucoup d’autres qui sont dans la même situation… Et pour ce qui me concerne, j’ai confiance.

Je veux dire une seule chose, dans la position de force que tient aujourd’hui le Président Uribe, soutenu par toute la Nation, il ne faut pas échanger un bien contre un mal. Je sais que le Président saura interpréter mes mots.

Je vous dis à vous, mes amis, ma famille, vous que j’aime tant, qu’on peut ne pas être proche mais continuer à communiquer. Je voudrais vous proposer de prendre rendez-vous tous les samedis à midi afin de communiquer à travers un téléphone très spécial : celui de la prière (textuellement : celui du Rosaire).

Je voudrais que nous nous réunissions virtuellement tous les samedis à midi, et que nous soyons tous réunis à ce moment-là, et si ce n’est au téléphone, que ce soit par la prière. Nous n’allons pas prier pour nous, mais pour la paix de notre pays, et nous allons dépasser notre orgueil et nous en servir comme d’un soutien pour tous les Colombiens qui attendent la paix chaque jour pour cette Patrie que nous aimons. Je vous porte dans mon cœur.

(Traduction à partir du texte publié par El Tiempo 31 août 2003 - un grand merci à Laure, Carlos, Murielle et Arnaud)


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