Campagne d'information : 
Fallait-il médiatiser Ingrid Betancourt ?


La première de nos campagnes, celles que nous considérons comme la plus importante, est une campagne d'information et de sensibilisation à la situation des milliers d'otages en Colombie, et en particulier à celle des otages "échangeables" (politiques et militaires détenus par les Farc, qui demandent un "échange de prisonniers").

Cette information se fait principalement via ce site internet, mais également via des conférences-débats et des expositions sur la situation en Colombie, organisées par nos comités, et des actions spécifiques orientées vers les media et les élus dans les différents pays où nous agissons - avec des actions spécifiques au niveau des institutions européennes.

"Plus on parlerait des otages à l'extérieur, plus on rendrait leur libération difficile, en faisant monter les enchères" ?

C'est une question qui nous est régulièrement posée sous diverses formes, et elle semble être aussi le coeur d'une campagne ciblée contre nos actions, qui semble venir des milieux gouvernementaux colombiens. 

C'est vrai qu'en attirant l'attention sur la situation en Colombie, nous dérangeons beaucoup de gens... et pas seulement en Colombie !

"Plus on parlerait des otages à l'extérieur, plus on rendrait leur libération difficile, en faisant monter les enchères" ?

Cette question, nos comités sont évidemment les premiers à se l'être posée, et c'est après avoir bien réfléchi, et en accord bien sur avec sa famille, qu'ils ont lancé les différentes campagnes d'information, de pétition, "Citoyenne d'Honneur" et plus tard "Aéropostale-3000" et d'autres actions.

Si on n'avait par mené toute cette campagne, Ingrid aurait déjà été libérée, ou en tout cas sa libération serait plus facile ?

Un examen objectif de la situation montre que cette affirmation ne tient pas. 

Tout d'abord, cela a été une question de vie ou de mort... 

Peu de gens se souviennent probablement aujourd'hui que lorsque Ingrid a été enlevée, ses ravisseurs avaient donné au gouvernement colombien un délai maximum d'un an pour procéder à un échange de prisonniers, faute de quoi ils ne répondaient pas de la vie de leur otage. Et de multiples exemples nous montraient que leur menace était à prendre tout à fait au sérieux. 

Nous avions alors un an pour donner à Ingrid et au problème des otages colombiens une visibilité internationale telle qu'il serait plus difficile à ses ravisseurs de mettre leur menace à exécution. On sait qu'ils accordent une certaine importance à leur image de "révolutionnaires" et non de "terroristes". 

Ingrid, par ses actions contre la corruption, s'était fait aussi pas mal d'ennemis dans le camp gouvernemental - et non des moindres - et nous savions que nous devions également exercer une pression de ce côté-là, la tentation y étant forte de laisser traîner les choses... les dernières années nous ont malheureusement donné raison sur ce point.

Lorsque le projet de monter un réseau international de comités des soutien et de mener avec ces comités nos différentes campagnes fut proposé au père des enfants d'Ingrid le 14 mars 2002, il avait résumé alors la situation de manière très claire : "Parlez d'Ingrid, elle vivra ; oubliez-la, elle mourra ! " 

"Si on n'avait par mené toute cette campagne, Ingrid aurait déjà été libérée, ou en tout cas sa libération serait plus facile " ?"  Contre-vérité ! 

Dès le début, nous avons associé le sort d'Ingrid à celui des 3000 autres séquestrés, et c'est pour leur libération à tous que nous nous battons. Si Ingrid a pu, elle, bénéficier de toute l'attention médiatique, les 3000 autres sont, eux, précisément dans le cas contraire. 

Il suffit d'observer leur situation pour comprendre que, loin de rendre leur libération plus facile, l'indifférence générale des média et de leur gouvernement n'a fait que prolonger sans fin leur détention - la cinquantaine de militaires qui font partie avec Ingrid des "échangeables" ont entamé en 2007 leur DIXIEME année de détention (je ne parle que des survivants... bien d'autres n'ont pas survécu aux conditions très difficiles de leur détention, ne fût-ce qu'au point de vue sanitaire. En février 2006, le capitaine Julio Ernesto Guevara Castro, qui avait été kidnappé par FARC le 1 novembre 1998 est mort en captivité.

C'est le message unanime que nous recevons de leurs familles : désespérées par l'indifférence de leur gouvernement et effrayées des conséquences pour la vie de leurs proches de la politique militariste de leur président, elles nous demandent avec force de véhiculer ce message : "Une pression de la part des pays d'Europe sur notre gouvernement et sur les Farc est maintenant notre seul espoir...."

Merci à vous, par vos actions et votre soutien, de contribuer à faire survivre cet espoir !

Voir également la page "La médiatisation d'Ingrid Betancourt, et écouter l'interview de Luis Guillermo Pérez, avocat colombien, défenseur des droits humains en exil ; et de Maurice Lemoine, rédacteur en chef adjoint et journaliste du Monde Diplomatique.