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Remise du prix Petra Kelly à Ingrid Bétancourt discours prononcé par
Marie Nagy, Sénatrice belge, |
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Berlin, le 12 décembre 2002. Chers Amis, La Colombie est un pays qui bat de tristes records, celui des syndicalistes et des journalistes assassinés ; celui des personnes qui sont enlevées soit contre rançon, soit pour des raisons politiques. La Colombie est un pays qui connaît une violence quotidienne et qui se trouve en état de guerre, l’armée colombienne ne contrôlant qu’une partie du territoire. La structure sociale se trouve profondément minée par le commerce de la drogue. Les inégalités économiques et l’incapacité de l’Etat à remplir ses obligations pourtant indispensables à la survie des populations, telles les infrastructures de santé, la sécurité ou l’éducation, créent de profondes injustices et ne permettent pas à la majorité de la population de vivre dans des conditions acceptables. La Colombie, aujourd’hui, est un pays livré à ceux qui possèdent des armes à savoir les bandes délinquantes, les narcotrafiquants, les para-militaires, la guérilla et l’armée colombienne. A ce jour, le peuple colombien, pris en otage au milieu des tirs, n’a pas pu organiser une alternative. Le nouveau Gouvernement tente d’apporter des solutions, mais personne ne se fait d’illusions, chacun sait qu’il faudra un changement en profondeur. Il faut bien mesurer l’ampleur du sacrifice de ceux des journalistes, des magistrats, des hommes politiques, des militants des droits de l’homme, des syndicalistes, des leaders indiens et autres qui sont morts par milliers pour avoir osé contester cet état des choses. Peu de pays ont connu autant d’assassinats dans tous les secteurs de la société. Afin d’insister, j’aime à rappeler le courage dont fait preuve le peuple colombien alors qu’il se trouve dans une situation inextricable. Inutile de dire que l’impunité dont bénéficie la majorité des auteurs de ces crimes, ajoute encore au portait dramatique de la Colombie d’aujourd’hui et nous indique la difficulté de la tâche. Parmi les figures importantes qui ont marqué la Colombie ces dernières années, se trouve celle qui, bien qu’absente physiquement ce soir, se trouve au cœur de notre rencontre, Ingrid Betancourt, sénatrice, candidate verte lors des dernières élections présidentielles en Colombie. Que dire sur Ingrid Betancourt ? Vous connaissez sans doute son parcours personnel. Ce qui me frappe, c’est son courage, sa détermination et la cohérence de ses propositions. Son courage : dans un pays en proie à la violence et ayant fait elle même l’objet de menaces de mort, elle a continué inlassablement à se déplacer à la rencontre des gens et de leurs problèmes, dans un pays grand comme deux fois la France. Elle l’a fait parce qu’elle considérait que cela faisait partie de son travail de parlementaire d’abord, de candidate présidentielle ensuite, même si elle était consciente du danger permanent qui la guettait. Sa détermination : Ingrid Betancourt s’est attaquée au mal qu’elle considère comme l’obstacle à toute possibilité de résolution des problèmes que connaît la Colombie : la corruption. Dénonçant les scandales et les attaches que ses propres collègues ont avec les milieux de la drogue, elle mène le même combat, année après année, d’abord à la Chambre, puis comme sénatrice, enfin comme candidate aux élections. Cela lui vaut des quolibets, des injures, des menaces, mais aussi le soutien de ses électeurs. La cohérence de ses propositions : non contente de dénoncer les problèmes, Ingrid Betancourt a également construit un programme politique qui commence par la nécessaire réforme du système politique afin de rendre les mandataires politiques moins dépendants « des généreux donateurs de fonds » et de les libérer du clientélisme qui minent véritablement le parlement colombien. Ingrid Betancourt a aussi eu l’intelligence politique de relier son mouvement à l’écologie politique et aux partis verts, qui met en avant le développement durable et la gestion rationnelle des ressources. Penser développement durable dans un pays comme la Colombie, riche en matières premières et en bio diversité mais avec des problèmes environnementaux graves liés à l’utilisation de pesticides, est très porteur d’avenir. Son projet politique aborde aussi la dimension liée à la nécessaire redistribution des richesses que ce soit au niveau de la redistribution des terres ou des revenus. Ingrid Betancourt entend aussi responsabiliser les acteurs politiques dans un dialogue nécessaire avec les Farc ou avec les autres mouvements armées en Colombie. Elle est convaincue que l’issue à l’affrontement violent en Colombie ne pourra être trouvée que dans la négociation et le dialogue. Cependant je crois que ce qui impressionne le plus dans la personnalité d’Ingrid Betancourt, c’est sa vision et sa force qui font qu’elle se lance dans cette bataille terrible, seule ou presque ; elle a envie de convaincre, d’expliquer et de dénoncer. Voir cette femme relever un tel défi est une leçon de courage et de sens de l’intérêt général. Le combat d’Ingrid Betancourt doit être poursuivi, d’abord pour obtenir sa libération et celle des autres otages. Elle risque chaque jour sa vie et nous devons en être conscients pour inciter les autorités colombiennes à aller le plus loin possible pour que les enlèvement cessent d’être utilisés comme arme politique. Ensuite parce que tous les problèmes qu’elle a soulevés, toutes le solutions qu’elle a proposées restent d’actualité. Hier encore, il y a eu 25 morts en Colombie par l’explosion d’une voiture piégée et un attentat contre le Président. La solution proposée par le Plan Colombie à savoir la militarisation avec l’aide américaine et l’éradication de la culture de la coca par la fumigation, ne sont pas des solutions durables. Elles n’amèneront pas la paix et la justice. La Colombie a besoin de femmes et d’hommes comme Ingrid, capables de proposer une réponse politique et de la porter avec honnêteté pour le bien et au service des gens. Je voudrais exprimer le vœux que ce prix, comme l’énorme élan de solidarité qui a fait d’Ingrid Betancourt une citoyenne d’honneur de nombreuses villes et communes de France, de Belgique et d’ailleurs puisse servir la cause de sa libération et celle des autres otages des Farc. Je voudrais que l’on puisse dans quelques temps dire en personne à Ingrid Bétancourt : « bravo Ingrid, le prix Petra Kelly est un bel hommage à ton action ».
Marie Nagy Sénatrice |
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