Lettre de Noël de Juan Carlos pour son épouse 

EL TIEMPO : La famille d’Ingrid Betancourt commémore son 41ème anniversaire en captivité.

Deux lettres et une demande aux Farc pour qu’on libère l’ex-candidate présidentielle ont constitué le cadeau que son époux, ses enfants et les autres membres de la famille ont envoyé à l’ex-candidate séquestrée depuis 10 mois exactement.

Voici un extrait du texte de la lettre écrite par son mari : 
Juan Carlos Lecompte Pérez :

Nini, 

Aujourd’hui 25 décembre est une date très importante pour nous parce qu’en plus d’être Noël, c’est ton 41ème anniversaire. Quel triste anniversaire pour toi, seule, en captivité et quelle tristesse ici pour nous sans toi. Ta maman est avec les enfants, essayant de remplir ce vide immense ; moi je reste ici à Bogota, t’attendant, espérant un miracle, un geste de bonne volonté qui aurait pu arriver ces jours-ci.

J’arrive de Berlin où ils t’ont récompensée avec le prix Petra Kelly (Fondatrice du Parti Vert Allemand). Durant la cérémonie, nous avons vu quelques vidéos d’elle, et vous vous ressemblez beaucoup dans vos dires et la façon de parler; c'est impressionant. La cérémonie a été très belle. Les trois personnes qui ont fait un discours (une parlementaire ‘vert’ allemande, présidente de la commission des droits de l’homme du parlement allemand, Marie Nagy, une sénatrice ‘vert’ belge qui est venue ici au moment de ton enlèvement ; et le président de la Fondation Heinrich Boll) t’ont défendue à fond, respectant ta cause et admirant ta lutte.

J’ai eu une réunion au Ministère des Relations Extérieures d’Allemagne, devant la presse et avec le directeur du parti vert allemand. Je leur ai dit que durant les dernières élections présidentielles en Colombie, le gouvernement avait utilisé la sécurité des candidats pour freiner quelques campagnes et en favoriser certaines autres. Que pour toi, ils ont essayé de freiner ta campagne et comme tu ne t’étais pas laissé faire, c’est la raison pour laquelle tu es séquestrée aujourd’hui.

...

En revenant, je suis passé par la France, à Paris où j’ai été reçu à la Mairie. Je les ai remerciés pour la nomination de citoyenne d’honneur qu’ils t’ont accordée le 20 octobre dernier, ils m’ont donné le procès-verbal ; (à ce jour 284 communes dans le monde entier t’ont fait citoyenne d’honneur). C’est presque une commune par jour de captivité. Tout cela a commencé grâce à un ami belge, Armand Burguet, avec les 200 comités de soutien qui existent dans 26 pays.

Ainsi Ingrid, ne te sens pas seule, ne te sens jamais seule, c’est ce qui m’a fait le plus souffrir d’entendre cela dans la vidéo. La moitié de la terre est avec toi, plus de la moitié de la Colombie est avec toi, et nous avec ta famille nous pensons à toi 24 heures sur 24 ; nous travaillons pour chercher un soutien pour ta libération prochaine qui doit être obtenue,selon ta volonté, par une voie pacifique et non comme ils le disent ici par le sang et le feu

...

Mon bel amour, en ce jour anniversaire si triste, je vais être avec toi toute la journée en pensant à tous les moments heureux que nous avons vécus lors des derniers anniversaires, surtout celui de l’an dernier et en pensant aux moments heureux que nous aurons lors des prochains.

Ici, ils disent que « nous souffrons en silence plus que toi là-bas », mais je ne suis pour rien au monde d’accord avec cela. Pour toi, une femme et maman avant tout libre, être là-bas doit être horrible. Espérons que le pire est passé et que ces dix mois d’absence soit la partie la plus longue et qu’il ne nous reste que quelques semaines avant de nous retrouver. J’ai rêvé plusieurs fois que ce jour sera le plus heureux de ma vie. Courage Nini, Courage Ingrid, je sais que cela doit être très difficile mais je sais aussi combien tu est forte et comme le disait ton papa « le bon acier doit résister à toutes les températures ». Je sais que maintenant tu es dans un four très chaud et que les autres difficultés par lesquelles nous sommes passés ne sont rien comparées à ce que tu es en train de vivre, mais je sais que tu es faite du meilleur acier et que tu vas résister. Ici, je t’attends comme si ne j’avais passé aucun jour sans toi. Je t’aime et je t’admire chaque jour un peu plus que la veille.

A toi pour toujours, dans tous tes anniversaires.

Juan Carlos Lecompte Pérez
Époux d'Ingrid Betancourt
décembre 2002


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