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Laura M. Patin |
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Avant de retourner dans son pays, il a abordé avec El Espectador divers sujets d’actualité nationale, et en particulier un des aspects les plus controversés actuellement dans différentes académies du monde : l’analyse socio-politique des relations des États-Unis avec d’autres nations et en particulier avec les pays du Tiers-Monde. P. Que pensez-vous de la position prise par les États-Unis concernant la lutte contre le terrorisme et sa politique anti-narcotiques ? Le trafic de drogues ne préoccupe pas vraiment les États-Unis Ou plutôt, les États-Unis ont un problème interne avec l’usage de substances dangereuses. Et la plus dangereuse d'entre elles, de loin, c'est le tabac. La deuxième serait l’alcool et après, beaucoup moins significative, la cocaïne. En plus, je voudrais dire que tout le monde sait comment aborder ce problème. Prenons le cas du tabac, qui est le plus grave : aujourd’hui il y a environ un demi-million de morts chaque année dues à sa consommation; on n'a pas essayé de résoudre le problème en procédant à la fumigation des cultures de tabac en Caroline du Nord, ni en envoyant des escadrons paramilitaires pour assassiner des leaders syndicaux. On s'attaque au problème avec des programmes d'éducation et de prévention. P. Alors, quel est réellement l’intérêt des États-Unis, par exemple en Colombie ? Leur intérêt est autre. Ces programmes en ont été mis en oeuvre pendant des années, et on n'a pas réduit à l’heure actuelle la production de drogues illicites. De plus la consommation de ces drogues n'a pas baissé aux États-Unis. Là-bas, on sait parfaitement que la meilleure manière de réduire la consommation, c’est par la prévention et le traitement. Mais la politique des USA par rapport aux drogues, du moins dans le cas de la Colombie, a effectivement des conséquences comme la destruction des mouvements sociaux, et cela fait partie du programme général de lutte contre l'insurrection. C’est pour cette raison que les fumigations ont été faites dans le Putumayo (ndlr: au sud de la Colombie, région tenue par le Farc) mais pas au nord où les paramilitaires contrôlent la production de drogue. Et c’est pour cette raison que l’on ne poursuit pas les banques nord-américaines qui blanchissent des centaines de millions de dollars provenant du trafic de drogue. En Colombie, on parle d’un programme de contre-insurrection. Une politique qui elle aussi a des conséquences aux États-Unis. Considérons par exemple le nombre de personnes incarcérées dans ce pays. Dans les années 80 la population incarcérée aux États-Unis était au même niveau que celle des pays industrialisés. Maintenant elle est 5 fois plus élevée. Mais cela n’a rien à voir avec le niveau de crime, mais plutôt avec l’utilisation des drogues par les classes sociales dites dangereuses : les noirs, les hispaniques ou les pauvres des États-Unis. C’est plus une forme d’exercice de contrôle social. P. Croyez-vous que la lutte entreprise par les États-Unis face au terrorisme en Colombie soit une lutte contre-insurrectionnelle ? R.. C’était déjà le cas avant le 11 septembre. Dans les années 80, par exemple, la préoccupation principale était l’Amérique Centrale et la position assumée devant le public était que les États-Unis se défendaient contre le terrorisme. Souvenons-nous que l’administration du président Reagan est arrivée au pouvoir il y a 20 ans et qu’elle a proclamé que sa principale priorité serait la lutte contre le terrorisme, une « plaie » qui était en train d'infester une population « dépravée ». Ils allaient développer cette politique en Amérique Centrale et au Moyen-Orient. Et nous savons bien comment s’est déroulée cette guerre : au Moyen-Orient, en apportant le soutien des USA aux pires atrocités qu’on a pu constater dans cette région, et en Amérique Centrale, en créant la plus grande organisation terroriste de toute l’histoire. Enfin et pour terminer, les États-Unis sont le seul pays à avoir été condamné par la Cour Mondiale (The World Court) pour terrorisme international (ndlr: en 1986, pour son action de soutien aux mouvements terroristes au Nicaragua) P. Et comment comprendre la décision du Département d’État de certifier l’Armée colombienne en matière de Droits de l’'Homme. R. Cette certification a été donnée par tradition. Au Guatemala et au Salvador, pendant les années 80, les gouvernement exerçaient une politique de génocide. Cependant, les USA les ont été certifiés quant au respect des accords et engagements par rapport aux Droits de l’Homme. Et ces gouvernements, pendant les années 90, ont été loués pour leur respect des Droits de l’Homme alors qu’ils commettaient les pires atrocités avec des armes américaines et le soutien diplomatique des États-Unis. Même chose pour la Colombie. Maintenant le congrès nord-américain impose des conditions législatives à l’aide nord-américaine, de façon à ce que le Gouvernement des États-Unis soit obligé de consulter les organisations des Droits de l’Homme avant d’aider un quelconque pays. Et pendant ces derniers mois, des rapports ont été produits sur la participation de militaires colombiens dans des massacres épouvantables. Ce n’est pas nouveau. Clinton avait fait la même chose. Non seulement en Colombie mais aussi en Indonésie. Il suffit de contourner les restrictions imposées par le congrès nord-américain pour apporter une aide illégale. Il s'est passé la même chose au Salvador, au Guatemala et avec les « contras » au Nicaragua. La différence, actuellement, c’est que l’aide est apportée en violant la législation approuvée par le Congrès. Pendant les années 60, il en était de même mais à l’époque il n’y avait pas de restrictions législatives. P. Comment peut-on comprendre la décision de l’Union Européenne de ne pas inclure les Farc dans la liste des terroristes ? La liste des organisations terroristes qu’a produite le Département d’État et le Ministère des Relations Extérieures des États Unis est une farce. Par exemple, Cuba figure comme un des principaux États terroristes. Et quoi que l’on pense de ce pays, Cuba ne participe pas au terrorisme international. Au contraire, Cuba détient le privilège d’être la principale victime du terrorisme international de ces 40 dernières années. Il en est de même pour d’autres organisations de pays qui figurent dans la liste. Ainsi la Turquie, la Colombie, Israël ou d’autres États, clients des États-Unis, ne figurent pas dans la liste parce que leurs actes terroristes sont accomplis grâce à l’aide nord-américaine. En ce qui concerne l’Union Européenne, je suppose qu’elle essaye probablement de favoriser une forme de négociation qui puisse soulager le conflit. C’est la voie de la raison. Mais si l’Union Européenne voulait être honnête avec cette liste de terroristes, elle devrait y inclure les États-Unis, le gouvernement colombien et la guérilla des Farc. P. Après l’échec du dialogue de paix, le pays peut-il espérer une solution militaire ? R. Je doute que ce soit le sentiment du peuple colombien. Peut-être qu’il accepterait le slogan, mais cela vaut la peine de se demander s’ils accepterait la réalité d'une solution militaire qui se traduirait par des assassinats, des déplacements forcés, et par la destruction des mouvements sociaux et des sociétés paysannes. C’est laisser le champ libre aux corporations étrangères et à quelques "élites colombiennes". Ça, c’est la solution militaire et je doute fort qu’elle soit acceptée par les Colombiens. Il y a des problèmes fondamentaux et structuraux qui sont à la source de la grande histoire du conflit colombien. Et tout le monde connaît ces problèmes : un pays riche, avec une très grande pauvreté, des classes fortunées sans responsabilité par rapport à la grande majorité de la population et un système politique qui exclut la possibilité d'options alternatives. Bien que l'implication internationale soit importante, la majeure partie des questions reste un problème interne. Et jusqu’à maintenant ces problèmes n'ont pas été traités de manière sérieuse et sans violence. La seule voie qui a du sens, c'est de réduire la violence par la négociation et en s'attaquant aux problèmes fondamentaux. Chomsky: un critique du Plan Colombie Ces dernières années, le philosophe et mathématicien Noam Chomsky est devenu un critique permanent des relations internationales entre la Colombie et les États-Unis, et particulièrement, du controversé "Plan Colombie". Selon Chomsky, la Colombie est aujourd’hui est un des principaux pays à recevoir de l’aide militaire et de l’assistance politique des États-Unis, mais paradoxalement, le pays a été stigmatisé par son record en violations des Droits de l’Homme. Le Professeur d'Université précise, en outre, que cette politique ambiguë des États-Unis en Colombie continue au moment où un nombre important d'activistes des Droits de l’Homme continuent à fuir le pays à cause des menaces de mort dont ils font l'objet Particulièrement, sur le Plan Colombie, Chomsky assure que ce plan fait partie de la politique militaire régionale des États-Unis, et que cela expose le pays à une crise tragique car à court terme il n’a pas les moyens de résoudre ses véritables dilemmes nationaux. Noam Chomsky avertit que, de plus, la guerre "contre les drogues" sert seulement des intérêts privés qui coïncident avec les principaux intérêts de la politique extérieure des États-Unis |