Au coeur du débat...   

Questions posées par Juan Sin Fronteras dans la page "Questions et commentaires" : 

Dans ses interventions du 12 octobre 2007 (en réaction à mon intervention du 11), Juan aborde plusieurs sujets qui méritent manifestement une mise au point. Je reprends ici les trois points qui me semblent les plus importants : 

...défendre les droits humains en Colombie ne peut être une action neutre et apolitique

Exact. Nous sommes tout sauf neutres, et notre action est essentiellement politique, puisqu'elle veut entre autre exercer une pression sur les responsables politiques de Colombie et sur ceux d'autres pays. Mais nos comités ne sont pas impliqués dans le "jeu politique" (encore moins le jeu politicien) en Colombie - c'est un des points de notre charte - C'est au peuple colombien et à lui seul de décider qui doit le gouverner et quel parti doit être au pouvoir. Par contre, comme membres de la communauté internationale, nous avons le droit et le devoir d'exiger que le jeu politique soit exercé de manière démocratique et que les élus, quels qu'ils soient, respectent le Droit International Humanitaire qui a été ratifié par la Colombie. Notre position concernant la politique est essentiellement celle qu'ont prises d'autres organisations qui défendent elles aussi les Droits Humains, comme Amnesty International ou Human Rights Watch.

...dire que les comités, dont ce site est quand même la vitrine publique, et qui s’appelle Betancourt.info, ne se battent pas spécifiquement pour Ingrid, sinon tous les séquestrés, c’est un peu gros

C'est pourtant le cas, mais cela mérite évidemment plus d'explications. Personne ne niera le rôle central d'Ingrid dans la création de nos comités et dans les actions que nous continuons à mener - en collaboration étroite, d'ailleurs, avec la famille Betancourt. C'est parce qu'ils avaient lu le livre d'Ingrid et/ou qu'ils l'avaient vue et entendue à la TV que la plupart de nos comités se sont créés. C'est la personnalité d'Ingrid et les valeurs qu'elle défend qui continuent à nous inspirer. C'est son enlèvement qui nous a fait découvrir la situation tragique que vivent des milliers - des millions - de citoyens colombiens, et c'est avec elle que nous espérons continuer le combat pour la défense de toutes les victimes de la séquestration en Colombie, quand elle sera libérée.

Mais, justement, ce serait la négation des propres valeurs d'Ingrid que de se battre pour une seule personne, ou de choisir "sélectivement" les victimes avec lesquels nous nous sentons solidaires, et celles pour lesquelles nous n'avons pas le moindre intérêt.

Ingrid nous le rappelait elle-même dans la vidéo reçue en août 2003 (voir Le message d'Ingrid) : ce sont TOUS les séquestrés qu'il faut libérer - pas seulement elle ou quelques autres qualifiés d' "échangeables".

Nous ne nous battons pas pour une personne. Nous nous battons pour des principes. Les Droits Humains ne sont pas applicables sélectivement. Ils concernent TOUT LE MONDE. Et cela mène à la troisième question posée par Juan :

...Armand veut maintenir, par rapport à l’ensemble des séquestrés, une espèce d’équidistance entre les deux responsables FARCS et Ingrid. Cela me fait croire qu’Armand considère que les 2 responsables FARCS sont aussi des victimes de séquestres, en l’occurrence de la part du gouvernement Colombien. 

Si c’est ainsi, j’aimerais connaître les arguments qui soutiennent cette thèse. Pour moi ce sont des bourreaux, et non des victimes, même s’ils n’ont jamais eux-mêmes porté ou utilisé des armes, ou participé directement à la prise d’otages. Les comptables de la mafia sont des mafieux.

Il faut distinguer les personnes et les les principes. Ce serait indécent de mettre sur le même pied, sur le plan personnel, Ingrid et certains dirigeants des Farc. C'est donc totalement inexact de penser que je voudrais "maintenir, une espèce d’équidistance entre les deux responsables FARCS et Ingrid. Mais il nous faut oublier ici les personnes concernées, et considérer simplement leur situation par rapport au Droit.

Parmi les personnes séquestrées - civils, militaires, personnages politiques..., il y a probablement de tout. Des personnes comme Ingrid, mais aussi probablement des gens peu dignes d'estime. Personne ne sait si certains militaires n'ont pas été impliqués dans des actions contre des civils, ou certains politiciens impliqués dans des affaires de corruption. Parmi les guérilleros détenus par le gouvernement il y a probablement des pauvres hères qui ont rejoint la guérilla pour ne pas mourir de faim, et d'autres qui ont commis des crimes de guerre atroces - voire des crimes contre l'humanité.

Quelle que soit leur situation personnelle, le Droit International s'applique à tous sans distinction. En oubliant qui ils sont individuellement, mais en considérant simplement dans quelle situation ils se trouvent.

Pour les prisonniers en uniforme - des deux côtés - ils doivent pouvoir faire l'objet d'un échange de prisonniers en application des Conventions de Genève. Pour les civils détenus sans justification - des deux côtés - ils doivent être remis en liberté de manière inconditionnelle.

En parallèle avec cette application du DIH, c'est à la justice - nationale et internationale - à examiner le cas individuel de certains - en tout cas celui des dirigeants des farc, des dirigeants des milices paramilitaires qui soutiennent le gouvernement et peut-être de certains dirigeants de l'armée colombienne. Mais il ne faut pas mélanger les deux questions. 


Question posée par César Agusto dans la page "Questions et commentaires"

Vous faîtes pression sur le gouvernement colombien pour qu'il accepte l'échange humanitaire qui concerne 58 prisonniers, dont Ingrid Betancourt. C'est très bien. Mais j'aimerais savoir ce que vous faîtes pour les milliers d'autres ?

Comme vous semblez ne jamais avoir assisté à une de nos actions (en quel cas vous ne poseriez probablement pas cette question), je vous suggère de voir le site www.aeropostale-3000.org qui soutient une de nos campagnes principales, grâce à laquelle plus de 11.000 lettres ont été écrites à destination des 3000 otages de Colombie. Un nouvel envoi est planifié dans les prochaines semaines. Voir entre autres Des nouvelles du projet

Ce site, ainsi que Betancourt.info sont à ma connaissance les seuls endroits sur le web (en plus de "Las Voces del Secuestro") à afficher la liste de tous ces otages, et à en parler régulièrement. Les 3000 séquestrés sont systématiquement présents dans toutes les manifestations que nous organisons - souvent même nous affichons tous leurs noms sur des panneaux. Voyez aussi les photos d'une action menée par les comités belges et hollandais à Leuven en 2003, où nous avons écrit à la main (cela a pris plusieurs jours) les noms des 3000 séquestrés sur la facade d'un bâtiment au centre de la ville.

Notre campagne d'information vise à sensibiliser les élus européens au problème de TOUTES les victimes de la violence en Colombie - avec un focus spécial sur les 3000 séquestrés, mais également les 8000 "disparus", les trois millions de personnes déplacées, les journalistes, syndicalistes, défenseurs des droits humains menacés ou assassinés... Voir le site  expo - « Colombia - ¡ libertad para todos ! » de l'exposition itinérante que nous avons montée en octobre dans les locaux de la Commission Européenne à Bruxelles, et qui se déplace maintenant en France et à travers l'Europe.

Puis-je me permettre de vous poser à mon tour deux questions ?

Quelle autre association a fait plus que la fédération des Comités Ingrid Betancourt pour sensibiliser l'opinion internationale au problème de tous les séquestrés de Colombie, et des autres victimes de la violence dans ce pays ?

Et vous, personnellement, qu'avez-vous fait ? 


Article de François Hauter dans Le Figaro

De nombreuses réactions nous sont parvenues suite à l'article paru dans Le Figaro et au livre commis par Jacques Thomet, qui aura le triste privilège d'entrer dans l'histoire comme le premier "journaliste" qui aura utilisé sa plume pour calomnier et essayer de salir une personne encore détenue en otage, ainsi que sa famille.

Voir la lettre envoyée au Figaro par Thierry Consigny, responsable de la société de communication très connue en France «  Les ouvriers du Paradis » :


Nos actions pour Ingrid, Clara et les autres

Dites-moi, Astrid Betancourt 

"Ne pensez vous pas qu’en critiquant la politique du président Uribe,vous oubliez les 3000 autres séquestrés dont Clara Rojas,et surtout tous les efforts faits par ce Président au niveau général de son pays" ?

Une voix divergente

“Il n'y a pas de conflit armé en Colombie, mais simplement une guerre contre le terrorisme””.. 

Fallait-il médiatiser Ingrid Betancourt ?

"Plus on parlerait des otages à l'extérieur, plus on rendrait leur libération difficile, en faisant monter les enchères" ? 


La Colombie

Militarisme et mouvement social :

« Ici, il y a eu une guerre et ce sont les paramilitaires qui l’ont gagnée, eux qui sont non seulement les auxiliaires de l’État mais l’incarnation d’un projet de société qui suppose de faire table rase des conquêtes et avancées sociales de plus d’un siècle  »