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Rapport de mission en Colombie Bruxelles le 4 juin 2002
Il a brossé aux différents sénateurs présents, un portrait dramatique de la situation des droits de l’homme en Colombie et des inégalités sociales criantes qui y existent. A cette rencontre était également présent Sébastien Delloye, le beau-fils d’Ingrid Betancourt ; celui-ci a lancé en Belgique une série d’actions de solidarité qui ont été relayées notamment par Armand Burguet via son site Internet www.betancourt.info . Après cette rencontre, Jean Cornil1 et moi avons décidé d’organiser un voyage de soutien à Ingrid Betancourt, candidate verte aux élections présidentielles qui se déroulaient le 27 mai. Le programme sur place a été organisé par la sœur d’Ingrid Betancourt et par le staff de sa campagne. Il était prévu que nous ne restions que quatre jours sur place. Les contacts ont donc été intenses. La situation est particulière, nous sommes dans les derniers jours d’une campagne électorale qui s’est déroulée dans la crainte d’un attentat ou d’une action armée. A Bogota l’armée est déployée, nous ne nous déplaçons qu’accompagnés d’une escorte : deux policiers à moto et 3 autres en camionnette. C’est le staff de campagne d’Ingrid qui a demandé notre protection, personne ici ne prend en effet de risques. Nous avons rencontré le Ministre de l’Intérieur, l’Ambassadeur français en Colombie, la mère et la sœur d’Ingrid Betancourt, Yolanda Pulecio, très connue en Colombie pour son engagement en faveur des enfants et en tant que députée et Astrid Betancourt. Elles déploient toute leur énergie pour que son cas ne tombe pas dans l’oubli et l’indifférence. Ce combat est aussi celui de son mari Juan Carlos Lecompte. Des entretiens il ressort que peu ou pas d’initiatives ont été entreprises par le Gouvernement pour accéder à la libération de la candidate présidentielle. Son action et le fait qu’elle ait critiqué très durement la corruption en Colombie ne lui ont pas valu beaucoup d’amis. Il ressort aussi qu’il sera nécessaire de reprendre les discussions avec les Farc pour aboutir à un accord humanitaire et que l’Union Européenne pourrait jouer un rôle de médiation. Luis Eduardo Garzon, candidat du pôle démocratique - rassemblement des parlementaires indépendants, des syndicats, des représentants des peuples indigènes, des mouvements des femmes - nous a exprimé sa solidarité avec Ingrid Betancourt. Lui-même représente un projet politique alternatif qui reprend la proposition de réforme politique indispensable pour lutter contre la corruption. Il a réalisé 6% des voix. Il est conscient de la nécessité que l’Europe soutienne un processus de négociation et de recherche de la paix en Colombie. Ce processus devra également porter sur la lutte contre les inégalités sociales très criantes en Colombie. Lui, tout comme le député communiste Wilson Borjas, craignent en permanence un attentat. Ce dernier subi encore les séquelles de l’attentat dont il a été précédemment victime. Il dénonce l’impunité dont bénéficie le commanditaire, proche de la police. Nous avons également rencontré Ana Teresa Bernal et Jorge Rojas, respectivement responsables d’une ONG qui se bat pour la paix, Redepaz et d’une autre, Codhes, qui travaille avec les personnes déplacées par la violence. Dans un pays marqué par la violence et les statistiques effrayantes ( 30.000 morts violentes par an, 2800 personnes séquestrées, 1 million à 1million et demi de déplacés ) ces militants nous expliquent tous leurs efforts pour faire connaître et s’exprimer la société civile, qui tente de sortir de la spirale de l’affrontement. J’ai rencontré également différents militants du parti vert, Oxigeno. La situation est un peu difficile pour eux, faire campagne sans candidate et convaincre que c’est un vote utile ce n’est pas chose aisée. De plus, l’ancien secrétaire général et la sénatrice qui a pris la suppléance d’Ingrid Betancourt au moment de l’annonce de la candidature présidentielle de celle-ci, sont passés chez Alvaro Uribe le futur président. Oxigeno a obtenu 53.000 voix, ce score leur permet de garder leur sigle. L’heure est maintenant à la réorganisation et il sont demandeurs de liens et de soutiens de la part des partis verts et de la fédération des partis verts. Conclusions : Rien ne laisse présager une libération rapide d’Ingrid Betancourt. La guérilla souhaite utiliser sa libération, comme celle des cinq autres parlementaires enlevés ainsi qu’un Gouverneur, un ex Gouverneur, et 12 députés de département, comme monnaie d’échange contre la libération des prisonniers de la guérilla. L’espoir pour Ingrid Betancourt reste en partie lié au soutien et à la mobilisation en Europe, chacun de nos interlocuteurs sur place nous l’a confirmé et notre visite, en qualité de sénateurs, fut grandement appréciée. Des sénateurs français vont également faire le voyage. Nous prévoyons de rencontrer l’Ambassadeur d’Espagne (présidence de l’Union) et l’Ambassadeur du Venezuela (dont le Président a l’oreille des Farc) pour redire notre solidarité et notre inquiétude. La situation de la Colombie, pays où les inégalités sociales sont énormes, en conflit armé avec la guérilla depuis 38 ans, confronté à l’existence de milices paramilitaires et au trafic des drogues, devrait faire bouger l’UE et la pousser à intervenir diplomatiquement. Il s’agit d’une urgence humanitaire. Le nouveau Président a demandé une médiation de l’ONU que la Belgique se doit de soutenir. En attendant les actions de solidarité se poursuivent via les communes, les comités de soutien et pourquoi pas la Fédération des partis verts.
Marie Nagy Chef de groupe ECOLO au Sénat 1 voir aussi le voir aussi le carnet de route de Jean Cornil
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