Dimanche 26 mai


Dimanche 26 mai. Le jour des élections. Un maigre rayon de soleil sur le Cinquantenaire. Café la Terrasse. Une partie de l’équipe qui va courir les vingt kilomètres de Bruxelles en arborant un t-shirt en solidarité avec Ingrid est autour de nous dans le froid. Je revois Sébastien et je découvre son père Fabrice, celui des enfants d’Ingrid. Grande chaleur humaine. Une force de conviction. Une superbe solidarité. J’ai lu tout son chemin dans « la rage au cœur ». Je mets enfin des yeux et une voix sur un prénom. Il y a aussi Marc, Armand, Christiane et tous ceux qui ne se résignent pas à un peuple colombien qui ploie sous les assassinats, les enlèvements et la misère. Certains danseront au pied de la statue de Simon Bolivar. D’autres font circuler une pétition. Le soir, les séquences télévisées montreront un scrutin sous la surveillance des chars et de deux cents mille soldats et policiers. Le lendemain, la radio annoncera la victoire d’Uribe dès le premier tour avec 53 % des suffrages. Dès sa victoire, le partisan de la guerre totale adoucit son discours et parle de négociations avec l’aide de la communauté internationale. Le mandat présidentiel en Colombie est de quatre ans et non renouvelable. Uribe a tout un peuple dans ses mains. Tristesse. Ingrid n’a recueilli sur son nom qu’un demi pourcent des votants. Je n’ai pas encore les résultats de Lucho Garzon. Le combat pour une véritable alternative économique et sociale, pour le bien-être des colombiens, pour la réforme agraire et pour la paix balbutie. Les grands vents de l’espérance devront se lever un jour sur les Andes. Je veux y croire de tout mon être. Enfin, j’ai le score de Garzon : 6 %. Mais Uribe n’a été élu qu’avec plus de 5 millions de voix pour une population de plus de quarante millions de personnes. L’abstention est ravageuse. Signe ultime de désespoir ?

L’amphithéâtre des montagnes qui encerclent la capitale s’estompe. Les moteurs d’American Airlines ronronnent. Légère langueur. Ingrid est là, quelque part dans cet immense territoire. Nous pensons à notre retour en ces cieux européens démocratique. Témoigner. Demander une entrevue avec l’Ambassadeur d’Espagne et celui du Vénézuela. Peut-être que le Gouvernement de Hugo Chavez aura une légère incidence sur la politique des FARC. Mille images. Mille visages se brouillent devant mes yeux. Mes paupières se font trop lourdes. Je ressens au fond de moi une conviction de profonde espérance. Ici, comme chez nous, le combat pour la délivrance d’Ingrid doit absolument s’élargir et s’amplifier. Tant sa libération sera le début de celle de toute un peuple. Pour soutenir son regard. Celui de la dignité des Colombiens.

Jean CORNIL, Dimanche 2 juin 2002.


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