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Santa Fé de Bogota Santa Fé de Bogota, capitale de la Colombie. Une métropole de près de sept millions d’habitants à deux mille six-cents mètres d’altitude. Une alternance de nuages pluvieux et d’un soleil brûlant de montagne. Un air frais et pas un moustique. Une ville en damier, à l’américaine, dont chaque rue porte un numéro. Mais surtout une cité qui s’étend à l’infini dans un vaste altiplano, toute entourée de montagnes boisées. Un décor magnifique dans lequel on se repère en regard du Nord et du Sud. Les quartiers riches sont au Nord. L’insécurité y décroît progressivement. La deuxième ville la plus dangereuse du monde après Medellin, affirment certains. Trente mille morts, assassinés, l’année dernière, dans le pays. Pas de métro mais des espaces de libre circulation pour les bus. De très hauts buildings à côté de quartiers d’une pauvreté absolue qui grignotent la montagne. On nous dit que les FARC, disséminées dans tout le pays, contrôlent toutes ces montagnes autour de Bogota. Que le seul moyen sûr de déplacement est l’avion. Qu’elles veulent déstabiliser le processus électoral de dimanche. Que des attentats se préparent. Que depuis quelque temps tout est trop calme. « Mauvais présage » songe l’Ambassadeur de Belgique qui nous attend au restaurant de l’hôtel Tequendama, l’intercontinental luxueux et impersonnel. L’homme, chaleureux et attentif, possède une expérience riche et multiple. Tout de suite, je sens qu’il aime profondément ce pays. Transpirant et mal rasé, je l’écoute s’interroger sur les causes de la violence. Il me montre la déclaration du Gouvernement belge qui condamne l’enlèvement d’Ingrid. Il est temps de passer sous la douche. Le Ministre de l’Intérieur nous attend à 16 h. Je redescends une heure plus tard dans le grand hall. La peau en feu suite au rasoir manuel. Une chemise rose et un veston. La télévision française et une journaliste américaine nous filment. Poignée de mains vigoureuse avec un argentin, observateur des droits de l’homme. Je sympathise avec Juan-Carlos, le mari d’Ingrid. J’ai dans un recoin de ma mémoire la description de leur mariage, lui jaillissant de la mer à la polynésienne. Nous nous engouffrons tous dans les voitures vers le Ministère de l’Intérieur. Escorte à laquelle on ne s’habitue pas. Somptueuse corniche qui serpente sur les flancs de Bogota. Vue panoramique sur cet amphithéâtre urbain. A quelques pas, un quartier populaire en contrebas. Impensable d’y rentrer. Certains racontent que l’on tue d’abord et que l’on vole ensuite sur le cadavre. Les rues sont strictement délimitées. Celles, dangereuses, peuvent être à quelques mètres de celles où vous ne risquez rien. Etrange configuration de la violence. Des villes parallèles. Pour se promener, il vaut mieux connaître cette géographie de la délinquance. Et cela prend beaucoup de temps tant l’imbrication est complexe. Le Ministre, qui est vraisemblablement revenu à son cabinet en ce dimanche pour nous rencontrer, nous livre une analyse de la situation très pessimiste. Pour la paix. Pour la libération d’Ingrid. La stratégie militaire est inopérante. Personne ne pourra vaincre personne dans ce pays. La solution politique nécessite le soutien de la Communauté internationale pour amorcer à nouveau l’embryon d’un dialogue. L’action humanitaire s’impose d’urgence. Il cite pêle-mêle l’église catholique, la Croix Rouge, Hugo Chavez, les ambassadeurs facilitateurs. Bref, tout cela pour le prochain gouvernement. Celui de Pastrana fait ses valises. Goût amer devant cette impuissance ou cette absence de volonté politique. Une visite de courtoisie qui frise l’indifférence. Une forme de fatalisme insupportable face à ce gouffre sans fin de misères et de souffrances. Juan Carlos semble résigner devant l’inertie du gouvernement. Compter d’abord sur les militants, les sympathisants et cette solidarité internationale à laquelle très humblement nous contribuons. Re-voitures. Re-escorte. Le Palais de Justice. Le Capitole. Quelques pas dans le jardin de la résidence de l’Ambassadeur. Sur le haut de la montagne, tout près de nous, une superbe église. Magnifique promenade. Mais trop dangereuse. Il est à peu près sûr que les FARC contrôlent tous ces sentiers enchanteurs. |