JOSEPH FACAL dans "Canoë"
du 24 mars 2010
Orlando Zapata vient de mourir à l'âge de
42 ans, dans une prison cubaine, après une grève de la faim de 85 jours.
Détenu depuis avril 2003, il voulait une amélioration de ses conditions
de détention. Il avait été arrêté en compagnie de 75 autres
activistes qui croupissent toujours dans les geôles castristes.
Leur crime ? Ils réclamaient la
démocratie. Dans une logique totalitaire, critiquer le régime est un
geste de haute trahison, et demander la démocratie revient donc à
commettre un crime. Avant que ne meure Zapata, pas un chef d'État, pas un
gouvernement en Occident n'a posé le moindre geste significatif.
Zapata, voyez-vous, était un pauvre
maçon. Noir en plus. Tout le monde n'est pas Ingrid Betancourt. Dans le
cas de Zapata, Nicolas Sarkozy n'a pas trop ressenti le besoin de
s'exciter. Le gain politique était nul. La raison d'État est une
créature au sang froid. Un autre gréviste de la faim, Guillermo
Fariñas, vient de prendre la relève de Zapata. Lui non plus n'est pas
une star médiatique. On peut donc craindre le pire.
Ces dernières semaines, les mères, les
épouses, et les soeurs des autres détenus politiques ont marché
pacifiquement dans les rues de La Havane, un glaïeul à la main, pour
demander leur libération. On les appelle les Dames en blanc. Elles
reprennent la stratégie des célèbres «Folles de la Place de mai»,
comme la dictature argentine avait surnommé ces femmes qui, à Buenos
Aires, dans les années 1970, réclamaient qu'on fasse la lumière sur le
sort de ceux que les militaires faisaient "disparaître".
Courage
Immanquablement, à chaque marche des Dames
en blanc, le régime cubain mobilise ses fiers-à-bras, qui les entourent,
les insultent, les intimident, leur crachent dessus, les traitent de
«gusaneria» (vermine). Mais elles persistent. Une admirable leçon de
courage, le vrai. La brutalité en-vers elles est à la mesure de la
crainte qu'elles inspirent à un régime qui voit la sympathie
internationale qu'elles pourraient susciter.
Le régime ressort évidemment sa cassette
usée jusqu'à la corde : tous les opposants seraient des criminels de
droit commun, embrigadés par la CIA dans le grand complot impérialiste
orchestré depuis Washington. C'est impossible à croire dans leur cas.
Complaisance
Depuis plus d'un demi-siècle, les frères
Castro règnent, tels des tyrans médiévaux, sur la dernière dictature
absolue en Amérique. Le régime ne se maintient plus que par la
répression et le soutien de ceux qui jouissent de positions
privilégiées qu'ils perdraient assurément s'il s'effondrait.
Contourné par des tas de pays, l'embargo
américain n'est plus un prétexte que pour ceux qui veulent se laisser
aveugler. Les succès du régime en éducation de base et en santé
publique ne justifient plus cette complaisance qu'on n'applique pas à
d'autres dictatures.
Ne vous imaginez pas que cela ne vous
concerne pas. La seule activité économique légale qui fonctionne le
moindrement à Cuba est l'industrie touristique, entièrement donnée en
sous-traitance à des compagnies hôtelières étrangères. J'y ai souvent
été. Je n'y retournerai plus.
Tyranosaurus
Rex Canoë
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